FAYDIT de TERSSAC Jean, Joseph
Né en 1739 au château de Commanies, actuellement en
ruines, à Montesquieu-Avantès il est le descendant d’une ancienne famille de la
noblesse quercynoise. Un Faydit participa à la sixième croisade. Au XV° siècle,
selon les uns, au XVI° selon les autres, une branche cadette de cette famille
s’établit en Couserans dans le Saint-Gironnais. Le père du futur abbé,
Jean-François Faydit de Terssac était baron de Lescure, seigneur de
Montesquieu-Avantès, Contrasy et Baliard, plus riche de titres que d’argent...
De son mariage avec Isabeau de Soueich de Baux, il eut neuf fils dont deux
moururent en bas âge. Des sept frères, Jean-Joseph était le quatrième.
Dés sa sixième année en 1745, il est confié ainsi que
ses deux frères aînés et son autre frère plus jeune, à une tante, sœur aînée de
son père, célibataire, habitant Saint-Girons. C’était une femme cultivée,
spirituelle, très pieuse et très instruite de la religion catholique, capable
de leur donner la meilleure éducation. Elle chargea de l’instruction de ses
neveux deux prêtres de la Doctrine chrétienne qui étaient, à ce moment là, tout
l’effectif de cette congrégation à Saint-Girons. Les jeunes frères Terssac
vécurent trois ans dans cette ville, sans avoir eu de vacances, sans être
revenus chez leurs parents, malgré la proximité de Commanies.
En 1748, à leur grande joie, ils retournent auprès de
leurs parents lesquels avaient requis un précepteur pour les instruire. Doué,
le jeune Jean-Joseph fait rapidement des progrès. Cette éducation dure jusqu’en 1753. A la suite de quoi, sous la
conduite de leur bonne tante de Saint-Girons, les quatre frères s’installent à
Toulouse pour des études plus sérieuses, qu’ils font dans d’excellentes
conditions : leur tante s’établissant avec eux dans une maison qu’elle loue, en
face du célèbre collège de Foix (portant le nom de son créateur le cardinal de
Foix). Jean-Joseph entre en rhétorique, avec son jeune frère, au collège de
l’Esquile, brillants élèves, l’un et l’autre se destinent à la prêtrise chacun
soutenant une thèse de philosophie, également remarquée.
En raison de leur jeune âge (17 et 16 ans ), ils
demeurent quelques mois à Commanies, avant d’entreprendre des études de
théologie. Celles-ci terminées et le temps nécessaire de séminaire accompli,
Jean-Joseph revient chez ses parents en attendant l’âge de l’ordination qui
aura lieu en 1763.
Trois
actions particulièrement mémorables ont marqué sa vie : son intervention auprès
de Voltaire mourant, l’organisation d’œuvres charitables, l’achèvement et une
partie de la décoration de l’église Saint Sulpice à Paris.
Il est admis, en 1765, dans
la communauté des prêtres de Saint-Sulpice, à Paris où il devint vicaire de
cette paroisse. Dés 1774 son action sociale se manifeste : il empêche que la
révolte, née de la cherté des grains, ne gagne son quartier. En mars 1777, il
est nommé curé de Saint-Sulpice par le cardinal de la Roch-Aymon.
Dans le même temps Voltaire
se trouvait dans la demeure du marquis de Villette, quai des Théatins,
actuellement, quai Voltaire, qui faisait partie de la paroisse de
Saint-Sulpice. Il y était tombé gravement malade, à la fin du mois de février
1778. Il avait fait appeler auprès de lui l’abbé Gauthier, aumônier des
incurables, auquel il déclara : “...si jamais j’avais scandalisé l’Église,
j’en demande pardon à Dieu et à elle ... Monsieur le curé de Saint-Sulpice ayant
bien voulu ajouter à ses bonnes oeuvres, celle de m’envoyer Monsieur l’abbé
Gauthier, prêtre... je meurs dans la sainte religion catholique où je suis
né...”. Le nouveau curé de Saint-Sulpice jugeant cette déclaration
insuffisante, voulut recevoir lui-même la déclaration de l’illustre mourant...
Voltaire refusa l’entrevue qui lui était proposée, disant, spirituel jusqu’au
bout, que le temps de Monsieur de Terssac était trop précieux, ce à quoi,
l’abbé répondit qu’il était un paroissien tout particulièrement digne de sa
sollicitude pastorale. Une amélioration se produisit dans l’état de santé de
Voltaire, justifiant le report de la visite.
Cependant une rechute eut
lieu qui s’avéra fatale. L’abbé Mignot fit appel au curé de Saint-Sulpice et à
l’abbé Gauthier, afin qu’ils se rendent au chevet du mourant. Ils l’exhortèrent
au repentir et comme il ne répondait pas, Terssac s’approcha du lit, en disant
avec douceur : “Monsieur de Voltaire vous êtes au dernier temps de votre
vie, reconnaissez-vous la divinité de Jésus-Christ ?” Voltaire, au
bout d’un moment, étendant la main en direction de Terssac, murmura : “Monsieur
le curé, laissez-moi mourir en paix” et il tourna la tête de l’autre côté.
Terssac se retira avec Gauthier, en lui disant : “Vous voyez bien qu’il n’a
pas sa tête”. Cependant, estimant que la réparation qu’il jugeait
nécessaire n’avait pas eu lieu, il refusa la sépulture chrétienne à l’illustre
écrivain. Une telle intransigeance provoqua contre lui des protestations, avec
campagne de libelles et de graves injures.
Si son action auprès de
Voltaire fut maladroite et négative, il réussit dans ses entreprises
charitables. Il crée une Administration générale des charités dans sa paroisse
“dont le but était de répartir les aumônes”, en encourageant les pauvres au
travail et en excluant des secours “les mendiants professionnels”. Il publie en
1777 un “Ordre d’administration, pour le soulagement des pauvres de la paroisse
Saint-Sulpice”, avec, en 1778, un “Supplément”, ainsi que ‘Le décompte des dépenses” de l’œuvre, pour chaque
année de 1777 à 1787.
Lorsque, en 1778, Madame
Necker, protestante, fonde l’hospice qui devait porter son nom, elle lui en
confie l’agencement, il s’occupe également à réorganiser la maison des
orphelins, fondée en 1648 par le curé Olier, l’un de ses prédécesseurs. Il
ouvre deux établissements capables de recevoir de deux à trois cents enfants
pauvres, garçons et filles, qui apprennent à filer le coton et la soie.
Ces fondations charitables
protégées par la comtesse de Provence intéressent au plus haut point Catherine
II, impératrice de Russie, qui demande à en connaître l’aménagement. En
témoignage de son admiration elle fait remettre à l’auteur une médaille d’or.
L’abbé Terssac s’occupe
également de l’embellissement de son église de Saint-Sulpice. La chapelle de la Vierge, la chaire, les orgues
et les cloches, les grandes portes ainsi que l’achèvement des tours de la
façade sont réalisés sous son impulsion. Mais ces travaux onéreux l’obligèrent
à s’endetter ce qui fut la cause de
soucis et même de procès.
Ses oeuvres charitables,
son zèle apostolique, son désintéressement, l’achèvement de l’église
Saint-Sulpice lui assurent une grande notoriété. Lorsque au mois de juin 1786,
à Caen, son frère aîné est présenté à
Louis XVI, qui revenait de Cherbourg où il était allé voir les travaux
entrepris pour la réalisation du port, celui-ci a cette exclamation : “Ah !
c’est le frère du curé de Saint-Sulpice !”, ajoutant, en se tournant
vers le colonel : “Est-il aussi bon major que son frère est bon curé
?”.
Des gravures le
représentant sont accompagnées de vers et d’allégories faisant état de sa
réputation. L’une, avec la Charité, porte : “Si mon burin toujours fidèle /
N’a pas rendu ses traits touchants / C’est que tous les cœurs bienfaisants / Se
sont emparés du modèle”. L’autre, avec les trois vertus théologales : “Sa
piété qu’il rend aimable / En fait un pasteur éclairé / Simple, modeste,
infatigable / Et grand par son humilité”. D’après un portrait, dans le
presbytère de Saint-Sulpice, il avait un front dégarni, un regard pénétrant,
scrutateur, les joues creusées par la mortification. Il portait les cheveux
assez longs, comme plus tard le curé d’Ars. Il paraît prématurément vieilli.
Tombé malade à Nevers, en
revenant de Vichy, il rentre à Paris, accompagné par son frère aîné et d’un
autre de ses frères. Il met avec eux de l’ordre dans ses affaires, faisant
brûler des lettres : “... ces papiers de correspondance, que j’ai eues avec
des personnes m’ayant donné leur confiance, m’ont causé la plus grande
inquiétude dans ma maladie. Actuellement, je mourrai content...”. Il
reçoit les derniers sacrements en pleine lucidité qu’il conserva jusqu’à la fin
malgré sa souffrance ; celle-ci lui fera dire à son frère aîné : “C’est une
grâce que le bon Dieu me fait, je lui ai toujours demandé de me faire beaucoup
souffrir avant de me sortir de ce monde”. Sentant la mort toute proche, il
pria ses frères de quitter la chambre pour leur épargner “la douleur de le
voir expirer”. Il meurt d’hydropisie le 14 avril 1788 à l’âge de 49 ans.
Pendant trois jours, son
corps fut exposé sur un lit de parade, et son cercueil conduit à travers les
rues de sa paroisse. Il repose à Paris dans le caveau des prêtres de
Saint-Sulpice.
Armoiries familales
: (JOUGLA de MORENAS)
“Burelé d’argent et de
sinople de dix pièces, chaque burèle d’argent chargée d’une étoile de gueules,
au chef d’azur parti par un trait de sable à deux lions affrontés, couronnés de
même”.
Claude ALIQUOT d’après Simone
HENRY
Sources :
FAYDIT de TERSSAC
Pierre-Paul (comte), Mémoires, in : Bulletin société ariégeoise des
sciences, lettres et arts - 8° volume -
n° 4 - 1901
DUCLOS (abbé), Histoire
des Ariégeois, T. IV - p. 480 à 492
Biographies françaises - T.
XIII - p. 892.