FAYDIT de TERSSAC Pierre, Paul

 

Né le 21 juillet 1736 au château de Commanies à Montesquieu-Avantès, il est l’aîné des neuf fils de Jean-François Faydit de Terssac. Contrairement à ses plus jeunes frères, élevés à Saint-Girons, puis à Toulouse au collège de l’Esquile, il s’intéresse peu aux études. La chasse, le maniement des armes avaient pour lui plus d’attrait que les livres. A Commanies, il s’échappait, avec son frère cadet, des leçons de leur précepteur, pour aller tuer des oiseaux et chasser des cailles. A Toulouse, “la salle d’armes était l’occupation à laquelle il se livrait avec le plus de plaisir”.

 

Bien que les péripéties de sa vie soient propres à retenir l’attention, ce n’est pas à ce titre mais à celui de chroniqueur qu’il doit de figurer dans les mémoires. Ses récits concernant la période allant de 1736 à 1803, sont écrits dans un style simple. Roman d’Amat les trouve “sans charme”, Cau-Durban et Pasquier qui les ont publiés disent que l’écrivain avait  au contact de l’épée perdu un peu l’usage de la plume, faisant quelques retouches à des phrases obscures ou incorrectes, mais ils ajoutent : “c’est une série de confidences, simples, cordiales, faites avec cette langue de la sincérité et l’abandon qui évite les inutiles décors du style”. Cette sobriété est une des valeurs de ce texte. Terssac l’écrit en Espagne où il avait émigré “sans aucune note, dit-il, et seulement de mémoire”, ce qui paraît tenir du prodige vu la précision des détails : dates, heures, distances, etc... Il ajoute : “J’écris pour ma satisfaction  et dans la vue que quelqu’un de mes enfants me lira avec plaisir”.

 

Du plaisir, le lecteur d’aujourd’hui peut en éprouver en trouvant dans ces pages l’histoire vivante des conditions de vie à la fin de l’Ancien régime, dans l’armée, dans le noblesse rurale, chez l’évêque de Couserans, etc... D’autre part, ces “Mémoires” donnent des indications intéressantes sur divers aspects de la Révolution, la Grande peur, l’organisation et la désorganisation de l’armée des émigrés et autres faits.

 

La fin est quelque peu décevante, seuls sont indiqués avec précisions les étapes du retour en France, ce qui présente tout de même l’intérêt de connaître les conditions de voyage d’alors. Au fil des pages, se découvre un homme loyal, aimant son métier, le faisant avec conscience, modeste et même sévère pour lui-même, bienveillant dans ses jugements. Son père veuf s’étant remarié, il loue la bonté de sa belle-mère, il se montre, avec discrétion, amoureux de sa femme, il décrit avec émotion la mort édifiante de son frère le curé de Saint-Sulpice. Il se détache de la Révolution lorsqu’elle évolue dans un sens qu’il juge condamnable, ayant rejoint l’armée des princes, il est déçu par les intrigues qui s’y nouent et il gagne l’Espagne. Dans ces “Mémoires”, disent Cau-Durban et Pasquier : “le cœur parle le beau langage de la franchise”.

 

Son désir est d’être. A 19 ans, alors que la guerre de Sept ans se déclenche, il obtient avec joie le 15 décembre 1755, une lieutenance au régiment de Frainel. Il fait ses premières armes à Mahon - île de Minorque - où son corps est envoyé pour renforcer l’armée du maréchal de Richelieu qui ressort victorieuse de cette opération. Après une maladie de plusieurs mois, il est envoyé à l’armée de Hanovre. Il prend part à plusieurs batailles perdues par les français. Avec lucidité, il expose la cause de ces revers, dus à un manque d’organisation.

 

 

 

 

Au cours de la retraite, près des ponts de Rees, proches de Wesel, un fait met en lumière la noblesse de son caractère : un soldat, en dépit de la poursuite ennemie, ramasse le drapeau du régiment, tombé des mains de l’enseigne qui le portait et qui avait été tué, Terssac exigea qu’il lui fut donné afin d’être sûr qu’il soit remis à l’officier qui se devait de le porter, s’assurant toutefois que le soldat valeureux ne soit pas privé de la récompense due à son geste. Pour ce fait de bravoure celui-ci il fut fait sergent et reçut une gratification.

 

En 1761 Terssac est nommé capitaine. Après le traité de Paris, il séjourne quelques temps à Commanies, puis se déplace en divers endroits avec son régiment. A la fin de l’année 1775 , une terrible épizootie désole la Guyenne, son régiment fait partie de ceux chargés d’établir un cordon sanitaire, pour empêcher la propagation de l’épidémie. Sa mission achevée il est envoyé en Alsace jusqu’au mois d’octobre 1776.

 

Un congé lui permet de se marier. Il était temps, il a 43 ans. Il renoue avec la famille d’Esplas et se fiance avec la fille aînée qu’il avait déjà voulu épouser plusieurs années auparavant, mais la jeune fille n’avait pas alors répondu à son désir. Le mariage a lieu le 15 mai 1779, à deux heures du matin, à Toulouse, dans l’église de la Daurade.

 

Le 1° mai 1781, la France s’étant engagée dans la guerre d’Indépendance des colons américains, Terssac s’embarque pour les Antilles, avec une compagnie de son régiment. Entre autres batailles, il participe à celle de Chesapeake des 5 et 8 septembre. A la suite de la prise du fort de Brimston Hill, il est fait chevalier de l’ordre de Saint Louis. Le 12 août 1782, il prend part au combat naval où l’amiral de Grasse est vaincu et fait prisonnier.

 

Rentré en France, au mois d’octobre, il est promu major de son régiment. En 1784, il fait partie du conseil de guerre qui juge, à Lorient, l’amiral de Grasse. En juin 1786, il est chargé d’assurer la sécurité de Louis XVI, lors de sa visite à Cherbourg et en Normandie.

 

Il prend plusieurs congés au cours desquels il écrit et parle en observateur des évènements qui se produisent.

 

En septembre 1789, il se rend à Rouen pour rejoindre son corps d’armée qu’il trouve en complète désorganisation. Après avoir vainement essayé de rétablir la situation, il demande sa mise à la retraite, il a cinquante cinq ans : elle lui est accordée le 14 janvier 1792. Au mois d’avril, il décide, avec son beau-frère Mailholas de rejoindre les émigrés à Coblenz.

 

Il est versé comme simple soldat à la coalition du Languedoc et ne reçoit pas le grade promis. Licencié, il se trouve en Allemagne démuni de ressources, obligé d’emprunter pour subsister. En 1796, il parvient à rejoindre en Espagne sa femme et ses quatre enfants qui s’y trouvent depuis septembre 1793, ayant franchi la montagne couserannaise dans des conditions périlleuses.

 

Le 15 mai 1800 à Tarragone, il a la douleur de perdre sa fille Éléonore âgée de treize ans. Ses deux fils aînés s’engagent au service du roi d’Espagne. Suite à l’amnistie des émigrés il revient en France. Il arrive à Perpignan le 11 juin 1802, mais il ne fut rejoint, par sa famille, en Couserans, que le 2 décembre 1803.

 

 

 

 

Commanies et les terres avaient été vendus comme biens nationaux. Terssac s’établit avec les siens à Saint-Lizier qui devient le berceau familial.

 

Après des années mouvementées, il allait vivre, déchu de son titre, dans le calme de l’ancienne cité épiscopale. Sa robuste constitution avait eu raison des graves et multiples affections pulmonaires dont il avait souffert durant sa carrière militaire et en émigration : elle le conduisit à l’âge avancé, pour l’époque, de 84 ans.

 

Armoiries familales : (JOUGLA de MORENAS)

“Burelé d’argent et de sinople de dix pièces, chaque burèle d’argent chargée d’une étoile de gueules, au chef d’azur parti par un trait de sable à deux lions affrontés, couronnés de même”.

 

                                             

                                        Claude ALIQUOT d’après Simone HENRY

 

Sources :

FAYDIT de TERSSAC Pierre-Paul (comte), Mémoires, in :. Bulletin société ariégeoise des sciences, lettres et arts -  8° volume - n° 4 - 1901

DUCLOS (abbé), Histoire des Ariégeois,  T. IV, pp. 480 à 492

Biographies françaises - T. XIII - p. 892/893.