HEUILLET Gabriel, Joseph
Né à Sainte-Croix-Volvestre
le 12 septembre 1780, deux faits de guerre l’ont rendu célèbre. Le premier est
rapporté par l’abbé Duclos, le second par Manaud de Boisse : il aurait été le
tambour qui battit la charge au pont de Lodi, le 10 mai 1796 et c’est lui qui
aurait rapporté la fameuse réponse de Cambronne à Waterloo, le 18 juin 1815.
Voici, d’après les archives militaires de Vincennes, ce
qu’a été sa carrière militaire, assez fidèlement rapportée dans “Les fastes
de la gloire ou les braves recommandés à la postérité” . Il s’éleva au
grade d’officier par sa bravoure au cours des vingt campagnes auxquelles il
participa.
En 1794, il est simple
soldat, comme tambour. L’abbé Duclos s’efforce de montrer qu’il est à Lodi,
tenant cette affirmation du propre fils d’Heuillet, ce qui n’est pas impossible
mais ne se trouve pas mentionné dans ses états de services. Dans ‘L’Histoire
des Ariégeois”, sous le portrait d’Heuillet est placée une petite gravure
le représentant “battant la charge à Lodi, en 1796”.
En 1799, pendant la
campagne de Naples, il est caporal dans la 27° brigade d’infanterie légère ;
“Les Fastes de la gloire ...” rapportent qu’il monta le premier à
l’assaut d’un fort et qu’au cours d’une
sortie, sur la route de Capoue, il enleva un drapeau et sauva son commandant
blessé, encerclé par les ennemis.
Le 28 mars 1807, il est
lieutenant. Le 1° février 1808, une rente de 500 francs sur le Monte-Napoleone
du royaume d’Italie lui est allouée, pour “services rendus”.
Le 8 avril 1813, il est
nommé capitaine, commandant une compagnie du 2° régiment des chasseurs à pied
de la vieille garde. “Les Fastes de la gloire ...” rapportent qu’après
le combat de Bar-sur-Aube du 24 janvier 1814, ayant reçu l’ordre de ramener ses
150 hommes dans la ville, il mit en déroute plus de 5 000 autrichiens qui
voulaient lui barrer le passage, faisant une trentaine de prisonniers dont un
officier. A Montmirail, assailli de toutes parts, sa compagnie demeura inébranlable
et, à la fin de la journée, s’empara d’une grande partie de l’artillerie et des
bagages de l’ennemi.
Le 6 mars 1814, à la
bataille de Craonne, il est blessé d’un coup de feu au bras gauche. “Les fastes...”, mentionnent qu’étant
alors sous les ordres du général Cambronne il entraîna ses hommes à donner
l’assaut à la baïonnette ; blessé après avoir tué un officier russe, transporté
à l’ambulance, il y arriva en même temps que le général Cambronne lui-même
atteint de deux blessures. Ce dernier repoussa le médecin-major qui venait à
lui, en disant : “Je ne suis pas pressé, pansez d’abord le capitaine
Heuillet, il mérite d’être secouru avant moi”. Phrase qui est ainsi
commentée : “... dans la bouche de Cambronne, elle est le plus bel
éloge que l’on puisse faire d’un officier”.
Le 1° juillet 1814, il est
admis aux chasseurs royaux, il s’était donc rallié aux Bourbons. Mais, après le
retour de l’île d’Elbe, il rejoint Napoléon, puisque ses états de service
portent que le 18 juin 1815, il est blessé à Waterloo : “coup de feu à la jambe
gauche, coup de sabre à la main droite et fait prisonnier”. Après sa
libération, il se marie, le 9 juin 1817, avec Claire Domenc qui lui donne un
fils l’année suivante.
En dépit de sa
participation aux Cent jours, il ne figure pas au nombre des demi-soldes
puisque ses états de service nous apprennent que le 9 octobre 1832, il est à
l’armée du Nord, chargé de commander le quartier général à Anvers, et qu’en
1835, à cinquante cinq ans, il est admis à la retraite. Il en jouit pendant 27
ans à Saint-Girons où il s’est fixé. Sa tombe se trouve dans la partie ancienne
du cimetière de cette ville, à gauche dans l’allée de droite après une
contre-allée.
Sur son acte de décès du 31
janvier 1857 il est dit “commandeur de l’ordre impérial de la Légion
d’honneur”, titre qui figure aussi sur son caveau avec celui de chevalier de la
Réunion et de Saint Louis ; or, son livret d’officier mentionne seulement sa
promotion au grade de chevalier de la Légion d’honneur le 31 juillet 1805, son
élévation en qualité d’officier le 8 septembre 1813 et sa nomination de
chevalier de l’ordre de la Réunion le 2 août 1814... L’ Heuillet était passé
d’un régime à un autre sans dommages.
Simone HENRY
Sources :
Archives de l’armées de
Terre à Vincennes : dossier n° 3094/2° série (livret d’officier et de pension)
Société d’hommes de lettres
et de militaire,... Fastes de la gloire ou les braves recommandés à la
postérité. Monument élevé aux défenseurs de la Patrie, 1818-1823, 5 vol.,
Paris, Ladvocat et Raymond
SNA (en fait LHERITIER,
alias Imbert de LA PHALÉQUE), T.I, pp. 287-289 et T. IV, pp. 458-460
Manaud de Boisse, Promenade
à travers le Saint-Gironnais, p. 103
DUCLOS (abbé), Histoire des Ariégeois, T. III - pp. 179-183 et pp.
623-630.