Arrien en Béthmale

 

 

 

 

 

Département de l'Ariège, Arrondissement de Saint-Girons, Canton de Castillon en Couserans

 

Altitude : 598 / 2085 m

Longitude : 1° 02’ 29’’ E

Latitude : 42° 53’ 47’’ N

(Carte: Conseil Général de l'Ariège)

 

- Démographie

- Approches historiques

- Patrimoine

- Pour en savoir plus...

 

Surface : 1439 ha

 

Arrien faisait partie de la commune de Bethmale jusqu’à la loi du 18 février 1931

 

Démographie :

1931 : 551

1946 : 358

1968 : 186

1982 : 89

1999 : 110

 

Approches historiques :

 

La découverte par l’abbé Cau-Durban d’une inscription funéraire du 1er siècle (aujourd’hui au musée Saint Raymond de Toulouse) démontre l’ancienneté d’Arrien.

Faisant partie de Bethmale, Arrien appartenait à la châtellenie de Castillon et avait un château dont il reste des vestiges (voir plus bas, l'étude inédite réalisée par Jérôme Ramond: le château de Bramevaque) .

 

Carte de Cassini (18° siècle)

 

Arrien participe à la « Guerre des Demoiselles »

 

La commune se trouve dans le périmètre du Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises

 

Pour ce qui est du religieux, Arrien dépend du doyenné du Couserans et du secteur paroissial de Castillon comprenant:

ALAS-BALAGUÈRES, ANTRAS, ARGEIN, ARRIEN-en-Bethmale, ARROUT, AUCAZEIN, AUDRESSEIN, AUGIREIN, AUGISTROU-ORGIBET, AYET, BALACET, BALAGUÉ-AGERT, BETHMALE, BONAC-IRAZEIN, CASTILLON-en-COUSERANS, CESCAU, ENGOMER, GALEY, ILLARTEIN, LES-BORDES-sur-LEZ-OURJOUT, SAINT-JEAN-du-CASTILLONNAIS, SAINT-LARY, SALSEIN, SENTEIN, SOR, UCHENTEIN, VILLENEUVE et PORTET-D'ASPET (Haute-Garonne).

 

 

 Municipales 2008:    120 Inscrits

 

 

 

Patrimoine :

 

Vestiges d’un donjon et d’un château (à 1 km au SO): le château de Bramevaque

 

 

LE CHÂTEAU DE BRAMEVAQUE

vallée de Bethmale, commune d’Arrien

 

Le château de Bramevaque est situé sur un promontoire de roches et de terres qui s'avance au carrefour des vallées de Bethmale et de Biros. S'il paraît de peu d'importance vu de loin, enfoui dans la végétation et à peine visible ; sa forte tour, aux murs épais et solidement maçonnés, haute d'une dizaine de mètres, entourée de plusieurs remparts et de précipices, construite dans une vaste place d'arme, ne laisse pas de surprendre et d'emporter l'imagination.

Jusqu'à peu de temps, où son itinéraire (GR 10 E) fut fléché par le syndicat des communes depuis le pont de Bordes-sur-Lez sur le Balamet et que ses abords furent défrichés, le Château était envahi par les buissons et les ronces, sa tour disparaissait dans les arbres et plus rien n'était visible des routes et des chemins. Les villageois eux-mêmes avaient un certain mal à s'en rappeler l'emplacement.

 

 

Le château :

 

Le château de Bramevaque est décrit par l'abbé Cau-Durban, curé de Bordes sur Lez et fameux archéologue-historien, dans un texte de 1887 sur "La Vallée de Bethmale":

"En face le village d'Arrien, sur une sorte de promontoire rocheux qui se détache des flancs de la Serre, se dessine la sombre silhouette du donjon de Bramevaque. C'est une tour carrée sans ouverture, à demi recouverte encore d'une voûte en maçonnerie. Ce donjon, isolé du mur d'enceinte, est bâti en appareil moyen assez grossièrement taillé. Il est défendu, sur les côtés accessibles du mamelon par un triple rempart, tandis qu'un simple mur de clôture domine le ravin, au pied duquel coule le ruisseau de la vallée.

La cour qui environne le donjon est carrée. Elle était occupée par de petits corps de logis liés aux murs d'enceinte. C'était là que devaient s'abriter les troupes et que l'on serrait les provisions alimentaires et les munitions de guerre." 

Nous avons mesuré la tour en 1989. Elle a des murs fortement maçonnés d’un mètre cinquante d'épaisseur et a la forme d'un carré de cinq mètres trente de large. Sa base est renforcée d'une fondation, haute d'un mètre environ, qui dépasse les murs de dix-huit centimètres. La tour, aveugle, se dresse à onze mètres et possède encore dans son sommet, à dix mètres, le départ à mi mur d'une voûte en berceau simple, qui était le plancher d'un autre étage ou d'une plate-forme. La tour entière, s'il en restait la sommité, serait plus haute qu'elle ne l'est maintenant.

L'accès originel devait se faire par des échelles, que l'on retirait ensuite dans la tour afin de se trouver bien à l'abri. Mais un trou a été fait, sans doute par les chercheurs du XIXième siècle, à un peu plus d'un mètre de haut dans le mur, afin d'accéder plus facilement à l'intérieur, et c'est ce que tout promeneur un peu dégourdi peut faire maintenant... à ses risques et périls !

Dans les murs intérieurs de la tour, des trous de boulins symétriquement disposés dans les murs opposés, dans lesquels on insérait des poutres de bois, sur des rangées s'élevant de deux mètres en deux mètres environ, montrent la présence de planchers, de mezzanines, voir d'un escalier. Ainsi cette tour apparaît bien plutôt comme une tour-réserve (de l’économie rurale) que comme une demeure seigneuriale.

La triple muraille, épaisse de un mètre cinquante elle aussi, ferme d'abord une "place d'arme" qui forme un triangle, dont les deux murs que l'on voit en arrivant de la Serre sont longs de trente trois mètres, celui de côté vingt sept mètres, et le dernier, qui surplombe la forte pente le long du Balamet, de dix sept mètres. Les murs sont hauts de cinq mètres vers le plat du monticule, là où il se rattache au massif de La Serre et sont arasés vers le précipice. Ils se prolongent vers La Core par une deuxième enceinte, longue de vingt-sept mètres, défendue par de moins hauts murs, où dans son bas, on distingue des restes de constructions. Elle se termine enfin, après une sorte de barbacane, par une troisième enceinte, dont les murs sont épais de quatre-vingts centimètres, et parfois hauts de quatre mètres. Dans son plus long parcours, face à la Serre, l'enceinte du Castel fait un peu moins d'une centaine de mètres de longueur, et descend légèrement de la tour vers La Core. 

Les descriptions d'Adolphe Garrigou du milieu du XIX ième, comme celles de l'abbé Cau-Durban, signalent aussi dans le Castel des "masures", c'est à dire, selon le dictionnaire de cette époque, des "habitations ruinées". Cau-Durban signale que la cour était (au passé) "occupée par de petits corps de logis liés aux murs d'enceinte". Les récits de famille et des villageois, souvenirs des années 30-40-50-60, font aussi part d'un habitat ruiné dans l'enceinte. Les restes de ces habitations intra-muros seraient ainsi à trouver dans les quelques tas de pierres plus importants que l'on trouve au pied des murs de la première enceinte, notamment sur le mur mitoyen avec la deuxième enceinte où l'un d'eux forme un pierrier long de onze mètres. Dans la muraille elle-même, on trouve des trous de boulins pour des constructions en bois et une avancée dans le bâti d'une vingtaine de centimètres à deux mètres environ du niveau du sol qui pouvait aussi servir à poser des poutres pour des appentis ( ?). Devant la tour, dans la muraille, nous avons aussi remarqué à un endroit une discontinuité dans la construction, qui peut signaler le départ d'un mur vers l'intérieur.

Pour les hypothèses sur la destination du Castel, l'abbé Cau-Durban n'y vit qu'une simple tour à signaux. Mais sans doute fut-il inspiré par Maurice Gourdon (célèbre promeneur de Luchon), qu'il emmena en visite au Castel, et qui commençait alors ses recherches sur les tours à signaux des vallées Luchonnaises, qui paraîtront dans la revue de Comminges des années 1906-1908. Ainsi l'abbé, qui n'était pas spécialiste du Moyen-Age et peu amateur des "ruines perdues dans les ronces", ainsi qu'il le dit dans le texte de 1887, n'alla t-il pas plus loin dans ses analyses et hypothèses, qui concernaient surtout à ces dates l'origine lointaine de nos sociétés : le néolithique et l'âge des métaux. Cette hypothèse a néanmoins été répétée telle quelle et sans plus d’analyse dans toutes les brochures touristiques.

Il faut dire que le plan de construction des châteaux du Comminges offre nombre de ressemblances avec celui de Bramevaque, notamment par exemple à Marignac dont la voûte en berceau est similaire, et à Lès, qui possède aussi des murailles. Ce château s’intègre dans l’ensemble des forteresses des Pyrénées centrales (Couserans, Comminges, Aran, Bigorre), qui présentent un type de plan comparable : une tour réduite et aveugle (plutôt qu’un grand donjon seigneurial), des enceintes concentriques qui se prolongent par la constitution d’un terroir, un multiplication de petits bâtiments intra et extra muros.

Plutôt que des constructions fortifiées affirmant les puissances comtales, certains chercheurs voient dans ces constructions l’effort des communautés villageoises pour s’adapter au contexte féodal guerrier des XIIe et XIIIe siècles. En effet, les historiens montrent que les communautés villageoises des Pyrénées centrales sont (au moins dès le VIIIe siècles mais sans doute avant) déjà très structurées économiquement (les villages casaliers) et politiquement (les conseils de villages et de vallées) et que les pouvoirs comtaux ne peuvent s’y établir comme ailleurs « en terrain conquis ». Maints exemples montrent - et même en pays de Foix semble t-il - que les grands seigneurs ont dû s’allier d’abord aux grandes familles rurales pyrénéennes, avant d’affirmer un quelconque pouvoir aristocratique, dynastique, étranger jusqu’alors aux moeurs pyrénéennes. La puissance de l’aristocratie féodale serait ainsi considérée- en Pyrénées - bien plutôt comme une auto-position qu’une réalité historique. Les recherches sur ce point - quand on veut bien oublier la stricte pyramide sociale seigneuriale très stratifiée que notre imaginaire présente au premier abord - sont sans doute les plus intéressantes pour comprendre la véritable identité pyrénéenne, non seulement pour ces époques mais sur la très longue durée (du Néolithique à nos jours)...      

 

Les fouilles archéologiques,  XIX° siècle :

 

 A ce que l'on sache, le Castel a été fouillé deux fois au XIX ième siècle, d'abord par un groupe de villageois, puis par l'abbé Cau-Durban.

Les premiers trouvèrent des armes et des monnaies, mais qui ont malheureusement toutes disparues. Ils auraient fini par disparaître définitivement s'il n'était resté les écrits, de l'abbé lui-même, qui en donne la liste, et les écrits de ses contemporains (doubles référents) qui décrivirent les objets moyenâgeux du musée du presbytère à Bordes sur Lez.

1)

Le premier texte mentionnant le Castel est issu de l'excursion castillonnaise que l'abbé fit faire à Maurice Gourdon le 25 octobre 1880, lequel en publia le récit intitulé : "Quelques jours dans le Couserans". En voici l'extrait, qui mentionne l'arrivée à Saint-Girons : "Monsieur l'abbé Cau-Durban, mon aimable guide, homme charmant et fort instruit, m'attendait à la gare avec sa voiture (à cheval)". 

C'est au cours de cette visite, qui comprenait toutes les antiquités et curiosités de la vallée du Lez, que l'on apprend :  " Une société d'explorateurs se forma dans le pays, il y a quelques années, dans le but de trouver un riche trésor caché, suivant la légende, dans les sous-sol du donjon. Mais de longues et pénibles recherches n'amenèrent que la découverte de quelques pointes de lances rouillées, des débris d'éperons, des épées et six ou huit sols tolza". Ces monnaies, frappées à Toulouse, confirment l'influence Languedocienne et Toulousaine en Pyrénées, mais, mal décrites et perdues, ne permettent pas une véritable datation. Elle sont trop courantes pendant tout le Moyen-Age. Nous avons aussi, avec les armes et le cheval monté, une indication de la nature militaire du château.

2)

Le deuxième texte est de l'abbé Cau-Durban lui-même. Il est extrait de l'ouvrage "la vallée de Bethmale" qui fut écrit suite à l'ascension du Mont Vallier en août 1885 par l'abbé. On y apprend, lors de ces trois jours mémorables, que l'abbé a "récemment découvert" à Bramevaque "une épée de fer, des boucles de cuivre, des éperons et un denier de Charles VI".

Par cette monnaie, on sait que le castel a pu être construit au moins avant la fin du quatorzième siècle, lorsque sévissaient les luttes méridionales entre seigneurs d'Armagnac, de Foix-Béarn et de Comminges, et que le roi Charles VI dut intervenir. En 1389, Gaston Fébus, qui le reçut à Mazères, étant sans descendance, conclut avec lui un contrat dans lequel il devait donner à sa mort ses terres de Foix-Béarn à la couronne de France. Mais Charles VI, après son retour dans son petit fief de Bourges qu'était devenu la terre royale de France, devint fou et le contrat fut annulé. Nous pouvons penser qu'un peu de ces épisodes ait eu lieu en Castillonnais et dans le Castel de Bramevaque. Les deniers royaux, monnaie d'argent d'une certaine valeur, ne se retrouvent pas souvent en Gascogne et Languedoc, qui battaient leurs propres monnaies à Morlaas et Toulouse (tolza).    

Enfin, la partie qui concerne le Moyen-Age du musée archéologique de l'abbé Cau-Durban est succinctement décrite par Félix Pasquier, archiviste départemental de l'Ariège. Il signale "des épées, des lances" et aussi que "la période du Moyen-Age n'a pas été oubliée et est représentée par quelques curieux spécimens de divers arts".

La tour a donc livré des lances, des épées, des éperons, des monnaies de Toulouse et de France, enfin des "boucles de cuivre", qui sont peut-être des boucles de ceinture et signaleraient une haute antiquité, peut-être wisigothe, mérovingienne, ou vasconne.

Les armes de guerre (lances et épées) et les éperons (monture à cheval) ne font certes pas partie de la panoplie du paysan traditionnel. Elles indiquent la nature défensive du Castel, dont nous pouvons penser qu’il abrita un temps une petite garnison.

 

Topologie et toponymie :

 

Si l'on vient en voiture ou à moto au Castel de Bramevaque, il faut savoir que la piste routière, qui vient de Tournac, traverse le Balamet et passe devant le Castel, a été tracée et construite dans les années soixante, sur un parcours presque neuf, afin d'accéder au canal et au déversoir de l'usine hydroélectrique de Bordes et, si l'on continue de monter, au relais de télévision de la Serre. La civilisation traverse ici les vieux chemins, restés intacts à droite et à gauche de la piste, mais dont les accès et continuations sont difficiles, qu'ils soient intacts et envahis par les ronces et broussailles ou devenus simples haie entre les prés.

A pied, l'un des chemins d'accès au castel (GR 10 E), en venant de Bordes, suit la rive gauche du Balamet, monte en crête, puis passe aux hameaux de Broucau, Bouche, Charcaubu, Crabalasse, puis aux estives de La Serre et du hameau de Loude, pour finir aux estives de Campuls et du lac d'Ayes. Nous signalons ici la vieille légende, bien douteuse, selon laquelle un monastère aurait été édifié à La Serre, irrigué par un canal venant de Campuls. Ce chemin traditionnel, ne mène pourtant pas au Castel directement.

Pour s'y rendre, il faut bifurquer à gauche au hameau de Broucau, et se diriger vers les granges de Castex. C'est là que se trouve l'allée de buis, pavée par endroit, et qui passe à côté d'une source aménagée dans la roche par une édification de pierres qui semble assez vieille, je veux dire non bétonnée.

C'est là aussi que le chemin se perdait (avant sa réhabilitation) jusqu'au Castel, parce que traversé par la piste routière. Cette partie du chemin n'était plus empruntée par l'économie traditionnelle et avait déjà disparu sur la carte IGN d'Arrien et de Bordes publiée en 1955. Celle que je consulte, dont les relevés aériens ont été complétés sur le terrain en 1950, ne mentionne qu’un petit cercle pour la tour. Cette disparition, ce déclassement, était l'une des raisons de la difficulté des gens de Bordes à retrouver l'endroit. Nous aimions pourtant à nous y perdre, enfants, et par cet antique chemin.

Après avoir traversé les enceintes, un deuxième chemin (GR 10 E – retour) descend plus directement à partir de la muraille inférieure du castel vers les granges de Castex et la rivière de Balamet, où se trouve un petit pont de bois, et où l'on peut rejoindre Tournac, Bordes, Arrien ou le Bout du village, quartier de Bordes qui se trouve sur la rive droite du Balamet. C'est ce chemin qui a été choisi par le syndicat des communes pour être fléché depuis le pont de Bordes, et qui est répertorié sur le guide des promenades familiales en Castillonnais.

Un troisième chemin, complètement embroussaillé, très antique parce que creusé par les générations dans la terre et parfois empierré au sol et renforcé par un talus de pierres, longe la muraille et descend vers les hameaux de Castex. Il se poursuit vers Tournac, et, après avoir traversé un riu ferrugineux au cours parfois souterrain, contourne la coume à l'horizontal pour rejoindre la piste routière actuelle.

Nous notons aussi que nombre des chemins alentours que l'on peut voir sur les cartes IGN et qui prennent les pentes tout droit, sont d'anciennes tires par lesquelles on descendait le bois. Elles furent tracées à partir de la fin du XVII ième siècle, ainsi que l'on peut le conclure en comparant les cadastres de 1686 et 1837, époque où les Bethmalais commencèrent d'exploiter les forêts de l'ombrée, ici celles de l'Escalères et plus haut de La Serre. Lesquelles ombrées, une fois défrichées,  servirent à la fin du XVIII ième siècle pour implanter la pomme de terre.

Aujourd'hui, à l'heure où l'élevage a partout en ces vallées de montagnes supplanté l'agriculture, tout cet espace ne sert plus que de prés à vaches. Mais dans ces terres très arrosées, aux canaux difficiles d'entretien, de grands et nombreux marécages se reforment et rendent les lieux forts lugubres. De plus, comme on n'y fait plus de fourrage et que les vaches sont gardées en hiver dans les grands hangars des villages, les granges inutilisées s'effondrent toutes peu à peu. Le dernier toit couvert de chaume vient de se ruiner définitivement. Alentours, quelques granges et étables sont restaurées « à l'ancienne » et sont entourées de ce gazon, de ces massifs floraux et clôtures, caractéristiques du goût moderne venu des villes. Vers le hameau de la Bouche, un centre de gîtes accueille les touristes dans une grande ferme restaurée, agrémentée d'une vaste piscine. 

Ainsi voyons nous ici coexister en un seul lieu toutes les formes sociales et économiques de l'histoire : seigneurie du Moyen-Age, paysans de l’économie agro-sylvo-pastorale, éleveurs de l’élevage intensif, hydro-électricité, touristes et promeneurs. Le paysage est fort confus et forme une bigarrure peu élégante, incompréhensible au premier abord. 

La toponymie des alentours immédiats du Castel ne fait aucun doute. Un ensemble de granges voisines est marqué "Castex" et le village le plus proche se nomme "Tournac", dont l'étymologie d'appartenance à la tour, du suffixe "ac", est peut-être d'origine ancienne, gallo-romaine. Le hameau de "La Bouche" signale le chemin de buis. Enfin "Broucau" est le nom de la sorcière, et "Bramevaque" le nom gascon de la colchique, qui possède des vertus constrictives mortelles pour un cardiaque et ferait bramer l'imprudent consommateur comme une vache, ce qui pourrait rajouter encore à toutes ces signes. "La sombre silhouette du donjon" a en effet définitivement une connotation péjorative, voir sulfureuse. Dans un court article de 1884, l'abbé Cau-Durban écrit :

« En face d'Arrien, sur un mamelon isolé, se dresse encore le donjon carré du vieux manoir de Bramevaque, tout hanté, la nuit, d'esprits malins qui gardent un trésor enchanté »

 

                 

 

 

 

 

Archives :

 

Aucun texte ancien ne concerne le castel de Bramevaque. Seul Tournac est mentionné, dans deux textes qui font partie de la série concernant le Castillonnais templier, et que l'abbé Cau-Durban ne connaissait pas. Ce sont des actes de donations, tous deux rédigés à Castillon. Dans le plus ancien (Baby 13),  daté entre 1176 et 1187, Bidias de Toranag lègue aux templiers, pour cent trente sous morlaas, les droits et les familles qu'il possède, en paréage avec At d'Aragon, dans le casal de Ioan et de son frère Amel de Semeac, le hameau de Samiac tout proche du castel. Dans le deuxième (Baby 29), daté de 1270, Bernard d'Orchein, procureur de la commanderie de Montsaunès, met Bonnefemme de Tournac et son héritier en possession de la moitié du casal de Boliarot, à Audressein.

Ces textes nous renseignent très peu en ce qui concerne le Castel de Bramevaque. Tout au plus peut-on dire que Tournac est une terre alleutière, libre de droit, puisque ses ayants-droits peuvent tester, et qu'elle est plutôt tournée vers la vallée du Lez et Castillon que vers celle de Bethmale. Si l'on considère en outre le cadre juridique typiquement gascon, où les femmes (quand elles sont aînées) peuvent être héritières et posséder des domaines ruraux, il est donc possible qu'une petite seigneurie rurale se soit développée à Bramevaque et Tournac.

 

 

Jérôme Ramond,  Octobre 2007

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

 

1686/1837 : cadastres de Bethmale, archives de Foix

Adolphe Garrigou : notes archéologiques, archives de Foix

1880, Maurice Gourdon : « Quelques jours dans le Couserans », archives de Foix

1886, Abbé Cau-Durban : « Excursion au Mont Vallier », archives de Foix

1887, Abbé Cau-Durban : « La vallée de Bethmale »

1949, Charles Higounet : « Le comté de Comminges, de ses origines à son annexion à la couronne ». La bible des Pyrénées centrales au Moyen-âge.

1976, François Baby : « Les templiers de Montsaunès dans le Castillonnais », textes, trad.

1992, Bénédicte et Jean-Jacques Fénié : « Toponymie gasconne ». Les suffixes en AC sont peu présents dans les montagnes et sont surtout associés aux terres et collines des piémonts.

1995, Robert Sablayrolles, Jean-Marie Escudié-Quillet, Catherine Maissant : « Carte archéologique de la Gaule, Ariège »

1995, Adelin Moulis : « Dicciunari Lengodoucian-Frances », p. 58 : « Bràmobàco – s.f. (botanique) colchique. – gratiole officinale », que l’on trouve en abondance dans les prés du Castex. Ce toponyme très rural est sans doute péri-contemporain et l’on devrait plutôt parler du « château de Tournac ».

 

 

 

 

Église St Michel du 19éme : bénitier en marbre du 18éme, chaire en bois peint et doré, lustre en bois doré, bas relief en bois sculpté et peint

Pic du Midi de Bordes (1785 m)

Plateau de Larrech

 

 

Pour en savoir plus…

 

« Les églises du Couserans au XVIIIéme siècle d’après les ordonnances de Monseigneur de Verceil », J. Boulhaut, BSA 1972

Eglise St Michel d’Arien : réparations, 1781 : ADA, G 13

F. Baby : « La guerre des Demoiselles en Ariège. 1829-1872», 1972

R. Dupont : « Les forêts du Saint-Gironnais avant la guerre des Demoiselles. 1829- 1831 », RGPSO, 1932

Dupont : « La guerre des Demoiselles dans les forêts de l’Ariège. 1829-1831 », Travaux du laboratoire forestier de Toulouse, 1933

Notes dans BSA 1926, P. 26

 Sur les demoiselles : BSA 1931, P. 253

« La guerre des Demoiselles dans les forêts de l’Ariège, 1829-1831 », R. Dupont, in « Travaux du laboratoire forestier de Toulouse », 1933

« Le procès des Demoiselles : Résistance à l’application du code forestier dans les montagnes de l’Ariège, 1828-1830 » par Dubédat : BSA 1900 P. 281

« Une page d’histoire du Saint-Gironnais : les Demoiselles », P. Sire, BSA 1926

 

Dossiers divers aux ADA : 2 O 128 (école, eau, …)

 

Sites Internet :

 http://perso.wanadoo.fr/archeo09/haut-couserans-antique/castillon/arrien.htm

http://portaildescommunes.cg09.fr

 

 

Registre paroissial le plus ancien : 1683

 

 

(Étude J.J. Pétris, avec la participation de Jérôme Ramond)