Les guérilleros

 

 

                        Lors de la guerre d'Espagne, après la victoire de Franco (aidé par Mussolini et Hitler), des espagnols républicains se replient en France. On en trouve dans des camps (comme celui du Vernet- où fut internée une partie de l'état major des Brigades Internationales et de nombreux responsables de partis communistes étrangers) ou dans des "Compagnies de Travailleurs Etrangers" (CTE). N'oublions pas, qu'en France, les communistes sont pourchassés dés 1939.

                        La seconde guerre mondiale ayant éclaté, la zone pyrénéenne non occupée devient le refuge des anti - franquistes et antifascistes qui veulent reconquérir l'Espagne. Des communistes espagnols pourchassés du nord de la France s'y retrouvent aussi. Ensembles, ils vont oeuvrer contre le nazisme qui veut anéantir le "bolchevisme".

                         Les espagnols, travailleurs, disciplinés, ayant l'expérience en matières forestières et de carrières ou minières, oeuvreront par groupes - mais organisés - sur toute la zone pré-pyrénéene. Motivés, expérimentés, ils sont indissociables des événements vécus en Ariège durant l'année 44. Ils en seront souvent les moteurs et les points d'appui.

                        Dans le secteur qui nous intéresse nous en trouvons partout: à Celles, Freychenet, Montférrier, Saint-Paul, Nalzen... et surtout dans la région de Vira, Le Merviel, l'Herm... En général, leur activité de couverture est le charbon de bois.

                        Dés Novembre 42, le PC espagnol crée le 14eme Corps des Guérilleros (formé essentiellement de syndicalistes et de communistes). Il est formé de plusieurs brigades : la 1ére est celle des Pyrénées Orientales ; la 2éme, celle de la Haute Garonne ; la 3éme, celle de l’Ariège... La direction en est confiée au commandant Jésus RIOS[1]et s'installe à Dalou. Son chef est tué le 24 Mai, prés de l'Herm.

                        Le capitaine José CAMPAYO dirige, alors, la 3éme brigade Spéciale de l’Ariège jusqu’en 1943. Son P.C. est à Celles, sur la N117. En Octobre 43, CAMPAYO et Antoine MOLINA (de la 5éme brigade de l’Aude) sont condamnés par la justice spéciale de la cour de Toulouse.

                        Au printemps 44, les guérilleros, dont les maquis se multiplient dans le département, recomposent leur mouvement autour de José ALONSO dit "ROBERTO", José ESTEVEZ dit "MONTERO" et Angel MATEO. Trois bataillons sont créés. L'un s'établit dans le triangle Pamiers- Mirepoix- Lavelanet au Calzan et au Merviel notamment, commandé par Fernando VILLAJOS dit "TOSTADO". Un autre se trouvera prés de Montségur avec Alphonso GUTTIEREZ dit "ALBERTO". Le troisième à la Crouzette avec Alphonso SOTO dit "EL BARBERO".

 

                        Les motivations politiques et les relations antérieures unissent tout naturellement communistes français et Espagnols. Les premiers vont s'organiser et former les FTP (1ere Cie de Ariège). Quant aux seconds, ils apporteront leur expérience militaire (opérations de guérilla, maniement des armes et explosifs) que n'ont pas - en général - les premiers.

                        La communion de pensée rapproche ces deux organisations: elles s'appuient les unes sur les autres et programment des opérations communes pour devenir l'élément essentiel de la résistance armée en Ariège.

                        A noter que les espagnols sont souvent utilisés comme passeurs. Le premier d'entre eux a avoir été dénoncé à la Gestapo et abattu, le 20 mai 43, en Ariège, est Miguel LUENGO GUILLEN, enterré au cimetière de Saint-Paul (premier fusillé de l’Ariège) .

                        Cependant, l’Histoire de la Libération de l’Ariège, ne peut, en aucun cas, ignorer l’apport des guérilleros espagnols : Ils se confondent avec elle... Et la Libération de l’Ariège aurait été toute autre, sans eux...

 

(Extrait du livre : « Le Maquis de Roquefixade », J.J. Pétris)


 

 


 

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[1] Officier supérieur de l’armée républicaine au cours de la guerre d’Espagne où il servit à l’E.M. du 14° Corps d’Armée. Blessé de 32 balles dans le corps, il meurt à l’hôpital de Foix.