Miglos

 

 

Miglos

 

 

Département de l'Ariège, Arrondissement de Foix, Canton de Tarascon sur Ariège

 

 

Altitude : 600 / 1903 m

Longitude : 1° 35’ 58’’ E

Latitude : 42° 47’ 30’’ N

 

(Carte: Conseil Général de l'Ariège)

 

- Démographie

- Approches historiques

- Patrimoine

- Pour en savoir plus...

- Célébrités

- Sites Internet

 

 

Surface : 1876 ha

 

Démographie :

1806 : 1215

1851 : 1305

1856 : 1037

1901 : 769

1921 : 543

1946 : 266

1968 : 105

1982 : 94

1999 : 80

 

« Merglos » (1080, 1108…) ; « Mereglos » (1213) ; « Melgloso » (1243) ;

 « Milglosio » (1244) ; « Melglos » (1246)

Étymologie : de l’hébreu « Migdol » : Tour, Forteresse

 

Nom des habitants: Miglosiens et Miglosiennes

 

 

(Photo: Laurent Crassous)

 

 

Approches historiques :

 

La commune comprend cinq villages : Arquizat, Norrat, Norgeat, Axiat et Baychon

Selon les Chroniques romanes de Pasquier et Courteault, le territoire est enclavé dans la châtellenie de Quiè et formait une baronnie indépendante, relevant directement du comte de Foix, sans être soumise à la juridiction d’un châtelain

 

 

1070 : donation à l’abbaye St Sernin par Pons Adémar de l’église de Merglos, confirmé en l’an 1097 par le pape Urbain II qui lance une bulle d’excommunication contre les usurpateurs de Saint Sernin, comme à Miglos (cartulaire de Saint Sernin, n° 282, ADHG)

1108 : hommage par Azémar de Malaps (Bompas) et Guillaume de Roquemaure sur les biens qu’ils y possèdent

1ére mention du château, dans l’hommage de Pierre de Miglos, le 14 janvier 1160

1213 : Mention du château de Miglos faisant partie des fortifications du comte de Foix sous la suzeraineté du roi d’Aragon, lors de l’inventaire des places fortes remises au roi de France.

1272 : rappel que la vallée et le château de Miglos font partie du comté de Foix.

 

Présence de cathares à Miglos : La famille de Miglos est dépossédée. Ainsi, en 1311, le comte de Foix, Gaston 1er, fait don de la baronnie à la famille d’Alion en échange du château de So et du Donezan. Le château existant étant en ruines, il est reconstruit en 1320 et permettait de surveiller les troupes venant d’Espagne

 

1332 : Les habitants de Miglos prêtent hommage à Jean de Son, fils de Bernard de Son qui venait de lui donner la seigneurie de Miglos

1342 : la seigneurie appartient à un membre de la famille Foix-Rabat (Jourdain de Rabat) ; sans fils, elle passe à la famille des seigneurs d’Arnave par le mariage de sa fille, Brunissende avec Guillaume Bernard d’Arnave (elle possédait le château en 1378). Puis à la famille de Béon

Moulins mentionnés en 1385

Lors du dénombrement du Comté de Foix, en 1390, Milglos comporte 28 feux (à signaler l’existence de 3 des 59 moulins du Pays de Foix appartenant à Guilhem Ysarn, seigneur de Miglos, en sa partie en 1372

Norrat (, hameau de Miglos, figure dans le « Rôle des feux du comté de Foix » en 1390;  39 feux en 1390 (n’étaient pas vassaux directs du comte de Foix mais d’un gentilhomme)

Au 14éme siècle, des biens temporels sont toujours à des chanoines réguliers de Saint Sernin de Toulouse

1494 : Bertrand de Miglos accompagne le roi Charles VIII dans sa guerre en Italie (HGL)

 

Lors des guerres de religion, les habitants de cette vallée participent en 1569 à la reprise d Tarascon par les catholiques (Delescaze)

 

Le 17 février 1574, Le fils de Samsom de Montaut (seigneur de Labat, près de Saint-Paul de Jarrat), François, épouse Marguerite de Miglos qui reçut la seigneurie de Labat.

C’est ainsi, qu’en 1628, le baron François de Miglos donne sa baronnie à son petit neveu Louis de Montaut-Labat

 

Inondations provocant un glissement de terrain en 1750 faisant 14 morts

1769 : La justice seigneuriale de Miglos a son siège à Arquizat, chef-lieu de la baronnie et de la vallée de Miglos pour Arquizat (215 hab), Nourgeat (281 hab), Nourrat (138 hab), Axiat (112 hab) et Baychou (27 hab)

« Il n’y a point de notaire dans la baronnie : on se sert des notaires voisins, car les habitants ne sont pas même en état de donner de quoi vivre à un notaire » (Rapport sur la justice seigneuriale en 1769)

Le corps de ville comprend 3 consuls et douze conseillers politiques

 

Carte de Cassini (18° siècle)

 

A la Révolution, selon la tradition, le château aurait été incendié (J.Louis de Montaut, qui émigre n’y habite plus depuis longtemps, puisque déjà ruiné)

C'est par une des filles  de Jean-Louis de Montaut, baron de Miglos, seigneur de Junac, Sieuras, Gestiès et Lercoul, Jeanne-Françoise, que la famille s'allia aux Vendemois par son mariage avec Jean-Louis.

 

23 août 1830 : Au cours de l’épisode des « Demoiselles », la demeure de J.L. Hyacinthe de Vendômois est pillée : obligé de remettre ses titres de propriétés sur les forêts, il la vend aux habitants et quitte Miglos.

1854 : Le choléra fait 250 morts sur une population de 1313 habitants

Ancienne mine de fer de Norrat

 

En 1896, Miglos comporte 199 maisons, 199 ménages pour 821 habitants (Norrat en 1896 : 28 maisons, 28 ménages pour 136 habitants). Cinq instituteurs et un curé y exercent.

 

La commune se trouve dans le périmètre du Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises

 

Pour ce qui est du religieux, Miglos dépend du doyenné de Haute Ariège et du secteur paroissial de Tarascon comprenant: Alliat, Arignac, Arnave, Banat, Bompas, Capoulet, Cazenave, Génat, Gestiès, Gourbit, Illier et Lamarade, Lapège, Lercoul, Mercus-Amplaing, Miglos-Norgeat, Niaux, Ornolac-Ussat, Quié, Rabat les trois seigneurs, Siguer, Surba, Vicdessos (Auzat, Goulier, Orus, Sem, Suc et Sentenac)

 

Municipales 2008:   164 inscrits

 

 

Patrimoine :

 

- Ruines du château : existait au 12éme ; restauré en 1320, il communiquait par signaux avec le château de Montréal de Sos (Olbier) ainsi qu’avec ceux de Roquemaure (Génat) et Quié par l’intermédiaire du fort de Castelmerle, fiché sur le chaînon calcaire qui sépare Niaux de Baychon. Les vestiges actuels datent du 14éme.

Pierre de Miglos en rend hommage le 14 janvier 1160 ; cité en 1272

Dépossédé par de Son (soutien aux cathares), restauré par Bernard de Son en 1320 ; Après : de Rabat, Arnave, Louvié, Béon, Goth et Montaut

 

Le château de Miglos avant 1905 avec sa tour crénelée (Arch. Annie Cazenave)

Louis Gaussen « En Ariège » (1905), p. 166: « Les tours crénelées…. Le donjon n’a point de voûtes ni d’escalier… Une tour crénelée, à l’angle Sud-Ouest, contient, au rez-de-chaussée, une salle voûtée. Les meurtrières obliques de la muraille orientale sont percées de façon à permettre de lancer les traits sur les directions diverses du sentier qui conduit au château. Le mur plus mince d’une cheminée, au Nord, est renforcé par un contrefort. Le côté Sud, le seul qui fut accessible, était défendu par une barbacane »

 

 

Sur le château: texte de Gérard Lafuente: "Le CHATEAU féodal de Miglos"

                            

(Cartes postales: collection Gérard Lafuente)

 

Compléments: site de l'Association  "Les Amis du château de Miglos": http://aac.miglos.free.fr

 

                                                                                          

Description du château de Miglos : « Monographies villageoises en Sabartès », Florence Guillot, 1999 (P. 281à 284)

 

 

NB : Il n'existe pas de château Renauld (comme dit dans les cartes : correction à venir dans IGN)

 

 

 

- Église St Hilaire d’Arquizat (église paroissiale) : 14éme, construite sur les ruines d’une église appartenant à Saint Sernin de Toulouse, prieuré en 1299, mentionnée dans une bulle de 1097 (MH ; retable du 17éme)

 

                                            

 

- Stèle du Roc de Miglos dédiée aux passeurs de la guerre 39-45 (inaugurée en 1999)

- Église de Norgeat : 19éme (Voir "L'église de Norgeat" par Gérard Lafuente)

(Collection Gérard Lafuente)

 

- Spoulga de Baychon  (Voir: "La grotte fortifiée de Baychon", par Gérard Lafuente); Description et plan : « Monographies villageoises en Sabartès », Florence Guillot, 1999

- Filature de laines et moulin à farine

- Forges de Niaux

(Collection Gérard Lafuente)

 

- Sur l’estive : site de la Unarde

 

La légende attribue une bataille de Charlemagne au « cimetière de la Hunarde », à 2200 m d’altitude, sur la commune d'Aston, à la limite de la commune de Siguer (limite du territoire de Miglos au 14éme) 

 

Le « cimetière de la Unarde » (Ces quelques notes sont issues d’une conférence du travail d’archéologie réalisé par Marc Comelongue) :

Le premier qui rend le site célèbre est A. Garrigou, en 1849 : alors qu’il travaille sur ND de Sabart, il adopte le principe d’une bataille de Charlemagne et trouve quelques vestiges à la Unarde… Barrière-Flavy, archéologue de Toulouse, se rend sur les lieux en 1893 et trouve 2 armes qu’il n’hésite pas à appeler « armes franques » ; enfin, Mandement qui écrit dans la Dépêche continue sur ce mythe ...

Mais antérieurement ?... Les textes (cartulaires, etc…) ne mentionnent rien se rapportant à Charlemagne : seul un texte parle d’un conflit entre Château-Verdun et Miglos (entre 1302 et 1305) au lieu-dit « la Gournarde » (qui selon des racines latines voudrait dire « mares difficiles d’accès »).

 

Mais, une note manuscrite sur le cadastre de 1824 signale : « le cimetière où fut livré la bataille entre français et espagnols »…

Quant aux armes retrouvées, leur étude n’a pas apporté un éclairage franc… ; s’il a été retrouvé quelques boucles du 13ème siècle, ou des morceaux de fer à cheval, rien ne permet d’attribuer le site de la Unarde à un fait relevant du temps de Charlemagne…

 

 

 

 

Pour en savoir plus…

 

Archives:

« Cartulaire de Miglos » : ADA E 87, et 1 J 4

Titres de propriétés des seigneurs de Miglos (Fonds Tersac), 1347-1576 : ADA E 206:

Pillages commis au château de Miglos (1830): ADA 3 U 65

Mines de fer de Miglos : fondation de l’exploitation en 1834 : ADA, 28 J 32 (2)

Procès entre le clergé du diocèse de Pamiers et le chapitre Saint-Sernin de Toulouse (1515-1705) : ADA, G 188

Dénombrement de Miglos, 1672 : ADA, 1 J 4

Sur la baronnie et le domaine: ADA 40 J 28 à 35

Plans divers et dossiers: ADA 2 O 980 à 985 (école, eau, octroi…)

 

Visite de l’église: ADA, G 58

Autre visite, le 26 mai 1669 : ADA, G 58

Procès verbal de visite du 6 août 1670 : ADA, G 233, n° 15

Visite du 30 juin 1696 : ADA, G 59

 

Dans les BSA:

« Nomination des marguilliers à Miglos d’après les usages anciens », Sabas Maury, BSA 1897

Sur le Cartulaire de Miglos : BSA 1901

 

Bibliographie:

 « Miglos, une baronnie du haut comté de Foix sous l’Ancien Régime (1599-1789) », Lafuente Stéphane, mémoire de maîtrise, Tse, 1995

« Miglos a las aurieros del tems bieh », Louis Pujol, 1970 (occitan)

« La baronnie de Miglos », C. Barrière-Flavy, 1894

« Monographies villageoises en Sabartès », Florence Guillot, 1999

 

« Quelques châteaux du pays de Foix », de Lahondès

« Historique forestier et dynamique des peuplements dans la vallée de Miglos », N. Dupui, Mémoire de maîtrise, Toulouse le Mirail, 1989

« Le château féodal de Miglos », G. Lafuente, Bul. Du Spéléo Club du Sabathès, 1985

« L’église romane d’Arquizat (Miglos) », G. Lafuente, Bul. Du Spéléo Club du Sabarthès, 1992

 

« Tarascon et son canton : d’un siècle à l’autre », Roger Latour, 2002

« De Tarascon à Vicdessos : d’un siècle à l’autre », Roger Latour, 2004

« L’Ariège et ses châteaux féodaux », A. Moulis

 

Carte de la seigneurie de Miglos, 14 éme : « Baronnie de Miglos », P. XI

 

 

 

 

Célébrités :

 

- Sernin Marie de Saint André : poète religieux né à Miglos le 20 juin 1831, de son vrai nom Moura Sernin Marie 

 

- Garrigou prétend qu’Arnaud d’Esquerrier était de Miglos (historiographe des comtes de Foix qui classe les archives du château de Foix à partir du 6 avril 1445)

 

- Abbé Sabas Maury, dernier curé de Miglos, Chanoine de Varilhes 1863-1923. (Voir http://www.amiglos.fr/accueil-mauve.htm  ) : créateur de « Ariéjo moun païs » :

Arièjo! Arièjo ô moun païs

Arièjo! Arièjo ô moun païs
O terro tant aïmado
Maïre tant adourado
De prés, dé leign, toutjoun,
Toun noum mé réjouis,
Arièjo, ô moun païs !

Aïmi d'amour tas mountagnos superbos;
L'hiber ious mét un blanc habilloment.
Mè dins l'estiu démest las nautos herbos,
Les agnélous réguinnon foilloment.

Aïmi tabé tas planos ta poulidos,
Riché tapis dé bignos è dé blats,
Tous rius d'argent è tas prados flouridos,
E tous planels dé bosques courounats,

Per l'auselou, fasco souleil o pléjo,
Lé pu bel nids sira toutjoun le siu:
Soun Arièjoués ! Dichats-mé moun Arièjo:
Cap dé païs n'és poulit coumo l'miu.

O moun païs, tant dous à ma mémorio,
Toun noum aïmat es grabat dins moun cor.
Oun soun nescut, Diu belgo qué mé morio,
Jou l'miu cel blu, jou l'miu bel souleil d'or !

 

 

Traduction:

 

Ariège, Ariège, Ô mon pays,

Ô terre tant aimée,

Mère tant adorée,

De près, de loin, toujours

Ton nom me réjouit,

Ariège, Ô mon pays.

 

J'aime d'amour tes montagnes superbes,

L'hiver y met un blanc vêtement,

Mais en été, parmi les hautes herbes,

Les agnelets y gambadent follement.

 

J'aime aussi tes belles campagnes,

Où tout prospère, et la vigne et les blés,

Tes ruisseaux d'argent et tes prairies en fleur,

Et tes plateaux que couronnent les bois.

 

Pour l'oisillon, par le soleil ou par la pluie,

Le plus beau nid sera toujours le sien.

Je suis Ariégeois! Laissez-moi mon Ariège,

Aucun pays n'est aussi beau que le mien.

 

Ô mon pays, si doux à ma mémoire,

Ton nom aimé est gravé dans mon coeur.

Où je suis né, Dieu veuille que je meure,

Sous mon ciel bleu dont j'aime le soleil d'or.

 

 

- Gabarre Paulette: née le 22 mars 1935 à Verdun sur Meuse (mais ses parents sont originaires de Miglos): poétesse, félibre

 

 

 

Sites Internet :

 

 

http://www.norgeat.fr/ (Site de Gérard Lafuente "Norgeat-Miglos d'hier et d'aujourd'hui")

http://amiglos.fr  (site très complet)

http://.aac.miglos.free.fr

http://www.ariegenews.com/news/news-2-3-1334.html ("Les secrets de Miglos dévoilés lors des journées du patrimoine" par Laurence Cabrol)

www.castlemaniac.com/chateaux-forts/miglos/miglos.php  

 http://portaildescommunes.cg09.fr

 

Notaire (1er registre conservé), ADA 5 E : 1787

 

Terrier : Fragments de terriers de Miglos, XVIII° (ADA 64 E sup. CC1)

 

Registre de catholicité  le plus ancien : 1750

 

(Étude : J.J. Pétris; Merci à Mr Lafuente des Amis du château de Miglos pour sa collaboration)

 

 

 

 

 

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L'église romane d'ARQUIZAT‑MIGLOS

Par Gérard Lafuente

 

 

La vallée de MIGLOS, dans le Vicdessos, est surtout connue par son château féodal, dont on peut toujours admirer les imposantes ruines.

 

Cependant, c'est curieusement l'église romane d'ARQUIZAT (dédiée à Saint Hilaire, évêque de Poitiers vers 350), qui constitue le premier jalon attesté de son histoire, dès la fin du XIe siècle.

 

Les caractéristiques architecturales de cette bâtisse dénotent une construction de la fin du Xe ou du début du XIe  sièc1e. Le c1ocher, de forme carrée, p1acé au mi1ieu de la façade latérale, s'apparente aux clochers andorrans de la même époque, ainsi qu'à ceux d'Unac et Mérens. L'aménagement intérieur ressemble étrangement à celui de l'église de Mercus, qui date de cette même époque.

 

Nombre d'oratoires, chapelles et églises ont été érigés à l'approche de l'an 1000, pour conjurer les maléfices que l'on pensait inévitables lors du changement de millénaire. C'est très certainement à ce phénomène que l'on peut attribuer la construction de l'église d'Arquizat.

 

Cet édifice mesure approximativement 25 m de long et 14 m dans sa plus grande largeur ; l'épaisseur des murs est de 1,20 m. La hauteur de voûte est de l'ordre de 8,50 m et le clocher culmine à 30 m (dont 7 m de flèche).

 

Une description détaillée (la première à ma connaissance) en a été faite en 1886, par Jules De LAHONDES. Depuis cette époque, le sanctuaire n'a pas subi de transformation notable, si ce n'est quelques aménagements d'ordre esthétique (mise à nu des pierres de la bâtisse, après enlèvement d'un vieux crépi ... )

 

Suivons donc 1es exp1ications de cet auteur, un spécia1iste en la matière : "L'église de Miglos présente trois absides voûtées en quart de cercle, celle du milieu plus profonde, précédées d'une travée formant une sorte de transept mais sans saillie, voûtée en berceau et construite, de même que les absides, au XIIe siècle ; trois nefs voûtées en berceau cintré au commencement du XIVe siècle, avec des arcs doubleaux saillants, le tout sans sculptures ni la moindre moulure. Le clocher étroit, carré de la base au faîte, sans ressauts ni ornementation, éclairé seulement au sommet par de petites fenêtres géminées, s'élève au-dessus de la première travée de la petite nef méridionale, occupée tout entière par son étage du rez-de-chaussée auquel on accède par quelques marches. Il pouvait être utilisé pour la défense et servir de tour de guette. La nef méridionale ne fut pas prolongée jusqu'à la façade ; une croix occupe aujourd'hui l'angle rentrant. Cette disposition, ainsi que l'absence de portail, s'expliquent par la construction d'anciennes dépendances qui ont disparu...

 

Elle est donc bien vieille notre église ! ... et c'est à travers elle que l'on trouve la première mention de MIGLOS (Merglos) en 1097.

 

A cette date, elle est citée dans une bulle du pape Urbain II, qui excommuniait les usurpateurs de biens appartenant à l'abbaye Saint Sernin (ou Saturnin) de Toulouse. La sanction infligée par l'Église porta ses fruits, puisque dans les deux décennies qui suivirent plusieurs détenteurs illégitimes abandonnèrent leurs droits sur le dîmaire de Miglos. Ainsi, Pons Adémar, avec le consentement de ses frères Olivier et Bertrand, vers 1105 ; Willem Aton de Miglos, vers 1108; Willem Pierre de Roquemaure (Génat), en 1117 ; Azémar de Mal‑Pas (aujourd'hui Bompas) et ses frères Raymond, Pierre et Bernard, vers 1118. Les privilèges de Saint Sernin seront confirmés à nouveau par les papes Gélase II (2 janvier 1119),  Innocent II (21 mars 1141), Alexandre III (11 mai 1169 et 30 mars 1175). Ces différentes bulles mentionnent l'église de Miglos.

 

En septembre 1246, un inventaire des biens meubles et immeubles des prieurés et succursales sous obédience de l'abbaye toulousaine, dressé par l'évêque Bernard de Gentiac, reprend l'église de Miglos, qui possédait, outre des ornements de soie et divers objets de culte, un jardin et une vigne. Ce sanctuaire avait déjà trois absides.

 

Compte tenu de l'importance qu'elle devait avoir dans la contrée, l'église Saint Hilaire d'Arquizat, jusqu'alors rattachée à Vicdessos, est érigée en prieuré, avec pour succursales Mercus et Arignac, le 10 des kalendes de mai 1299 (22 avril), par l'abbé de Saint Sernin, Sanche de Aïssada.

 

Le premier prieur fut le chanoine Bérenguier de Montvieux qui, en 1301, signe avec la Fabrique une convention relative à l'attribution et l'emploi des dîmes, ainsi qu'à la nomination des fabriciens.

 

Au tout début du XIVe siècle également, l'église a été agrandie et transformée. Une charte du 3 août 1309 (conservée aux Archives Départementales de l'Ariège, Série E) porte le détail des travaux qui seront réalisés. Le contrat a été passé entre deux fabriciens, au nom des habitants de la paroisse, et Arnaud de Savignac, maçon de Tarascon. Le chapelain était alors Roger d'Alzonne. La Fabrique s'engageait à transporter jusqu'à l'église le bois, la chaux et l'ardoise. Pierre de Miglos, damoiseau, se portait caution de l'entrepreneur, qui devait recevoir pour son paiement, la jouissance, pendant 32 ans, de deux prairies arrosables, représentant un revenu annuel de 50 sous toulsas (toulousains). L'argent était rare en ces temps‑là...

 

En avril 1321, un accord interviendra entre le prieur Guilhem de Serras et les consuls de la vallée, pour régler un nouveau différend relatif à la perception de la dîme, qui devra être payée aussi bien par les nob1es que par 1es manants (redevances portant sur 1e bétai1, animaux de basse-cour, céréales, vendanges, foin, légumes et fromages).

 

Le 26 juin 1326, à la suite du décès du recteur de Miglos, Bernard Munier, son remplaçant est présenté au vicaire général de l'évêché de Pamiers par le chanoine de Saint Sernin, comme le voulait la coutume.

 

A son arrivée à la cure d'Arquizat, le 18 juin 1328, le vicaire perpétuel, Bertrand (ou Bernard) Martin, adresse au chapitre de Saint Sernin un état des biens mobiliers qu'il y a trouvés. A cette date, le prieur est Pierre de Maserato. Le même Martin est cité comme témoin de l'hommage rendu au seigneur Jean de Son, le 5 avril 1333, par la communauté de Miglos assemblée dans l'église paroissiale.

 

Faute de documents portant sur la vie ecclésiastique à Miglos, aux XVe et XVIe siècles, nous n'en connaissons que de rares détails.

 

Le 3 octobre 1454, Manaud de Couvre, nouveau seigneur de Miglos (par son mariage avec Catherine de Béon, héritière de cette baronnie) reçoit l'hommage de ses vassaux assemblés sur la place publique d'Arquizat. Parmi les témoins, on relève le nom de Bernard Dupuy, curé du lieu.

 

Une visite de l'église est effectuée par Jean de Regert, délégué de l'évêque de Pamiers, Jean de Barbanson, le 7 octobre 1551. Nous ignorons la teneur du rapport établi à cette occasion.

 

Concernant la période des Guerres de Religion, on sait seulement que les habitants de Miglos se sont joints à l'armée catholique du capitaine Traversier, qui a libéré Tarascon des huguenots le 9 juin 1569.

 

Le 9 octobre 1636, l'évêque de Pamiers, Henry de Sponde se rend à Miglos, mais ses écrits en la matière ne nous sont pas parvenus.

 

La date de la suppression du prieuré de Miglos (et son nouveau rattachement à Vicdessos) n'est pas connue non plus. Elle se situe cependant dans le début de la seconde moitié du XVIIe siècle. En effet, un acte notarié, délivré par le sénéchal de Foix le 23  mai 1653, cite le prieuré de Miglos (qui avait un revenu annuel de 700 livres), mais celui-ci n'existe plus en 1669.

 

L'évêque François Estienne de Caulet visite la paroisse le 26 mai 1669. Concernant l'église, il ordonne : "On blanchira le chœur, on vitrera la fenestre qui est du costé de l'épistre, on achètera un devant d'autel de quelque belle étoffe de plusieurs couleurs, un évangile de Saint Jean, une aube... On faira blanchir la nef et boucher les trous d'icelle ; on faira faire un confessionnal... Le peuple faira une porte au cimetière, du costé de la place, en sorte qu'on ne s'en puisse servir comme d'un lieu de passage... Le tout dans le délay de six mois, à peine d'interdit de l'église".

 

L'évêque ordonne aussi la nomination d'un vicaire pour seconder le curé. Sa rétribution sera assurée par le chapitre de Saint Sernin, qui devra verser, pour ce faire, la somme de 60 sous par an.

 

Le 6 août de l'année suivante, le commissaire délégué Pierre d'Auterive mentionne également (dans son rapport à l'évêque précité) la nécessité d'adjoindre un vicaire au desservant de la paroisse, "comme c'était le cas autrefois". Ceci sera réalisé un peu plus tard, puisque nous relevons le nom du vicaire Bortieses, en 1678.

 

De Caulet adressera deux mandements identiques aux paroissiens de Miglos, les 17 octobre 1672 et 26 janvier 1677. "Ayant appris que les habitants, sous prétexte que nous aurions toléré autrefois que ceux des villages ou hameaux éloignez allassent prendre quelque chose au cabaret après avoir ouï la messe, afin de pouvoir attendre les vespres, bien loin de garder cette modération font des excès notables et scandaleux". En conséquence, il "défend aux hostes du lieu de recevoir aucun domicilier de ladite paroisse, pour boire, manger ou jouer, en quelque temps que ce soit".

 

En 1675, sous le règne de Louis XIV, les habitants de Miglos refusèrent de payer "le quartier d'hiver et le don gratuit, impositions extraordinaires inusitées dans la province". Une transaction interviendra par la suite et sera signée le 1er octobre 1678, à Foix, par les délégués de cette communauté : le syndic Arnaud Gouzi et le curé François Saleys.

 

Peu connus de mes contemporains sont les événements qui se sont déroulés à Miglos pendant le "schisme de la Régale", ayant opposé Louis XIV au pape Innocent XI (mort en 1689). La Régale était le droit qu'avaient les rois de France de disposer des revenus des évêchés vacants et d'y faire les nominations ecclésiastiques. En 1680, à la mort de l'évêque de Pamiers (De Caulet), Louis XIV entend bénéficier des privilèges en question, pour ce diocèse également. Une période de troubles va s'instaurer, qui ne prendra fin qu'en 1693, lors de la nomination, à la tête de l'évêché ariégeois, de Jean Baptiste de Verthamon, ayant le double agrément du roi et du nouveau pape Alexandre VIII.

 

En 1682, le Parlement de Toulouse oblige tous les prêtres du diocèse de Pamiers à reconnaître M. Dandaure, vicaire général régaliste. Malgré les risques encourus, de nombreux prêtres préféreront obéir à Jean Cercle, vicaire capitulaire de Pamiers, confirmé par le pape. Le curé de Miglos, Puysségur (ou Poysségur) et son vicaire, Mignonac, font partie de ces derniers. Ces deux ecclésiastiques, et Puysségur plus particulièrement, auront à subir pressions, outrages et violences, qui n'entameront cependant jamais leur fidélité au représentant de Rome.

 

Un prêtre régaliste, 1e sieur Ramon, fut nommé à Mig1os et chargé de réduire les deux récalcitrants par tous les moyens. C'est ainsi qu'en septembre 1685, après plusieurs échecs, ledit Ramon (accompagné du baron de Miglos, Louis Alexandre de Montaut, de ses frères et de quelques habitants du 1ieu) fit murer, "à 1a pierre et à 1a chaux", 1a porte de l'église et la fenêtre de la sacristie où s'étaient réfugiés les deux prêtres. On avait pris soin, auparavant, de vider l'eau des vases de fleurs et du bénitier, afin qu'ils n'aient même plus de quoi boire. Des hommes armés furent chargés de garder l'église jour et nuit, pour empêcher toute aide extérieure. Le curé de Niaux, Henri des Innocens, qui était leur ami (et lui‑même anti‑régaliste) put leur faire parvenir un peu de nourriture, le troisième jour de leur séquestration, grâce à l'intervention du baron de Miglos.

 

Au bout d'une semaine, les sbires du sieur Dandaure vinrent démolir le mur qui fermait l'entrée de l'église et emmenèrent le curé Puysségur à Pamiers, où il fut incarcéré pendant deux mois, dans la prison de l'évêché. Refusant toujours de se soumettre aux régalistes, il allait être transféré à la prison de l'Ecarlatte à Toulouse, lorsqu'il réussit à s'évader grâce à une complicité extérieure. Ce prêtre regagna aussitôt sa paroisse, où on le voit officier dès le dimanche suivant. Il ne pourra cependant pas terminer le prône, car sept ou huit prêtres dandauristes font irruption dans l'église et tentent de s'emparer de lui. Il s'échappera par la fenêtre de la sacristie et ira se réfugier chez le curé de Niaux, où viendra le rejoindre son vicaire. Toutefois, par suite de son grand âge et des privations subies pendant sa détention, M. Puysségur tombe gravement malade et décède le 28 février 1686.

 

En 1696, l'évêque Jean Baptiste de Verthamon note sur le rapport de visite à Miglos : "Les tribunes doivent être arrangées; le curé est un homme sage, attaché à son devoir et aimé de son peuple".

 

A partir du début du XVIIIe siècle, les paroissiens de Miglos vont s'opposer à leurs curés successifs, au sujet de la dîme du foin. Ce problème ne trouvera son épilogue qu'en 1769.

 

En 1711, le chapitre de Saint Sernin remet à l'église d'Arquizat divers ornements, ainsi qu'un tableau pour le maître autel, représentant le Christ, la Vierge et Saint Hilaire, patron de la paroisse (ce tableau a disparu).

 

Actuellement, on parle beaucoup de l'aide aux personnes nécessiteuses : "les nouveaux pauvres" de Coluche et l'abbé Pierre. Plus de deux siècles auparavant, le curé de Miglos, Jean Mottes (qui y officia de 1713 jusqu'à sa mort survenue en 1746) institua "l’Assistance publique" en faveur des pauvres de cette paroisse. Sa fortune, entièrement constituée de capitaux, s'élevait à 15 736 livres, somme rondelette pour l'époque. Dans son testament (dont la teneur a été révélée le 23 septembre 1746 devant le conseil politique du lieu, par maître Jean Baptiste Boyer, notaire de Tarascon), il instituait comme administrateur de ses biens son successeur, qui était chargé d'informer annuellement les Marguilliers de l'usage qui en avait été fait.

 

Le 29 septembre 1746, Dominique Vergnies prend officiellement ses fonctions à la tête de la cure d'Arquizat (il y restera jusqu'en 1791). Selon les procès‑verbaux de visites établis dans les années 1750 par deux chanoines de Saint Sernin, le curé bénéficiait du tiers des fruits décimaux et de 110 livres par an ; il avait un vicaire pour le seconder.

 

Le 30 août 1762, une importante coulée de boue (provenant du vallon de Norrat), consécutive à un violent orage, emporta huit maisons et granges, une partie de l'église et fit 10 victimes. Une catastrophe similaire, survenue le 3 juillet 1750, avait détruit 11 maisons et granges et tué 14 personnes. A la suite de quoi, pour la sauvegarde de la population, des dispositions avaient été prises puisqu'en 1787 il était rappe1é au cari11onneur l'obligation de sonner les cloches, selon la coutume, lorsqu'un orage menaçait d'éclater sur la paroisse. A noter qu'au début du siècle actuel, une messe anniversaire était encore célébrée chaque année, à la mémoire des victimes de ces deux catastrophes.

 

Revenons au curé de Vergnies, un plaideur par excellence. Son ministère sera ponctué par de nombreux procès qu'il intente à ses paroissiens, ainsi qu'au baron Pierre de Montaut, pour des motifs les plus divers, et en particulier la redevance des dîmes.

 

Le conseil politique de la communauté déchargera Vergnies de ses attributions d'administrateur du legs de Jean Mottes, en février 1789, car il négligeait depuis longtemps d'en rendre compte, comme exigé par le testateur. Peu après, d'ailleurs, les biens en question seront confisqués au profit de la République.

 

Toujours en 1789, ce curé aura également des démêlés avec son vicaire, Lacaze. Un scandale éclatera même entre ces deux prêtres, en plein office religieux. L'évêque sera saisi, et si Lacaze ne fut pas désavoué par sa hiérarchie, il fut affecté à une autre paroisse et remplacé par Laville. Le successeur de celui-ci, Pagès (1790/1791), sera le dernier vicaire de Miglos. A noter que de 1754 à 1791, douze vicaires s'y sont relayés sans interruption. Après la Révolution, le curé se retrouvera à nouveau seul pour s'occuper de la paroisse.

 

Le dimanche 13 mars 1791, à 1’issue de 1a messe, le curé Vergnies prêta serment ("la main levée sur l'autel") à la Constitution, en présence du conseil politique et de la quasi totalité des paroissiens.

 

En 1793 et 1794, en pleine période révolutionnaire, les églises du district de Tarascon (comme partout ailleurs) seront dépouillées, alors qu’est inauguré « 1e cu1te de 1a Raison ». (A noter que 1es ég1ises seront rendues au culte le 7 Thermidor An XI : 26 juillet 1803). Selon les ordres du procureur de ce district, "les vases d'or et d'argent servant au culte catholique, et les croix, statues et autres objets de mêmes métaux seront envoyés à la Monnaie, pour les convertir en numéraire et servir à procurer des subsistances aux défenseurs de nos droits".

 

Un état du 6 Thermidor An Il (24 juillet 1794) reprend le poids des objets du culte saisis dans les églises. Ainsi, on relève pour Miglos : "Argenterie ‑ 99 onces ; galons d'or ‑ 20,5 onces ; galons d'argent ‑ 17,5 onces". (1 once = 31 grammes environ). Peu avant, les terres de la cure (deux champs et un pré) et de la Fabrique (trois champs et un pré) avaient été vendues au profit de la Nation et, le 30 Ventôse An II (20 mars 1794) le curé Jean Baptiste Dégueilh (successeur de Vergnies et également assermenté) doit présenter les vases sacrés de l'église aux officiers municipaux de la commune, pour inventaire.

 

En ce qui concerne les cloches, une seule était tolérée alors dans chaque municipalité, "pour sonner dans les cas d'alarme". (L'usage du tambour avait été instauré pour annoncer les fêtes civiques). Les autres devaient être fondues. Il apparaît qu'à Miglos on a "offert" toutes les cloches à la Nation, puisque les deux qui se trouvent actuellement à l'église d'Arquizat ne datent que de 1845 et 1874. La fin du paiement de la plus ancienne est intervenu seulement le 1er mars 1851, grâce à un emprunt de 200 francs, contracté par la Fabrique auprès d'un habitant de Tarascon.

 

Le 25 septembre 1793, le Directoire du District de Tarascon publiait l'arrêté suivant "Toutes les croix des cimetières seront coupées et les croix en fer seront converties en piques, pour être offertes à la Nation". Il ne pourra être appliqué à Miglos. En effet, Jacques Gardes, dont l'épouse était morte six mois auparavant, va ameuter (avec l'aide de ses quatre fils) la population de la commune. Les hommes, armés de haches, vont se placer en faction devant le cimetière ; ils mettront en fuite le commissaire du district chargé de cette besogne, qui était pourtant escorté de quinze gardes nationaux. Les croix de ce cimetière auront ainsi été préservées.

 

En 1849, le hameau de Norgeat est érigé en paroisse. Une église (également dédiée à Saint Hilaire) vient d'y être construite et un cimetière aménagé. Cette cure sera supprimée en 1901.

 

Début septembre 1854, l’épidémie de choléra qui ravage l'Ariège atteint Miglos, où elle fera 234 morts (sur une population de 1305 habitants). L'autorisation de transfert du cimetière d'Arquizat (trop exigu) est demandée avec insistance au préfet, par le curé Pierre Maurice Maury. Des correspondances émanant de ce prêtre, on peut extraire quelques renseignements significatifs . "Le cimetière, situé autour de l'église, est bien trop petit ; il est placé sur un terrain calcaire et les fosses sont peu creusées" (5 septembre). "La mortalité continue à sévir et nous ne pouvons plus procéder aux sépultures dans notre cimetière ; aujourd'hui on a fait trois fosses communes sur la place publique, qui est sous les croisées de mon presbytère" (12 septembre). Egalement édifiant, un rapport de la gendarmerie de Vicdessos, en date du 17 septembre, adressé au Commandant d'Escadron de l'Ariège : "Il y a aujourd'hui 13 cadavres à enterrer du choléra... Les fosses ne se font qu’ à 1,25 m au lieu de 2,25 m... Aucun médecin ne visite la commune ; le maire est malade, le garde‑champêtre et le fossoyeur le sont aussi... ». En fait, le cimetière d'Arquizat sera transféré à Las Salinos (son emplacement actuel) l'année suivante.

 

Au cours du XIXe siècle, quatorze prêtres vont se succéder à la cure d'Arquizat. Le dernier d'entre eux, Sabas Maury (1890/1906) refusera de prêter son concours au percepteur de Tarascon venu dresser "l'inventaire des biens de la Fabrique d'Arquizet", le 27 février 1906 (conformément à la loi relative à la Séparation de l'Église et de l'État). C'est à Camille Toussaint, président du bureau des Marguilliers, que reviendra ce triste privilège. L'estimation globale, faite par l'agent de l'Administration, s'élevait à la somme de 12 664 francs, à savoir : 5 664 francs au titre de biens mobiliers, 6 000 francs représentant la valeur du presbytère avec son jardin et 1 000 francs pour le sol qui supporte l'église. C'est ce même prêtre qui, en 1892, fit construire une seconde sacristie jouxtant celle, trop exiguë, qui existait déjà et à laquelle on accédait depuis la chapelle Saint Blaise (ancienne chapelle seigneuriale), située dans l'absidiole de droite. A noter que Sabas Maury est l'auteur de l'hymne à l’Ariège bien connu de nos anciens : « Arièjo o moun païs »(composé à Miglos).

 

Il a souvent été question, dans ce texte, de la Fabrique et des Marguilliers. La Fabrique était le conseil qui administrait les biens de l'église. Le curé et son vicaire en étaient bien sûr membres de droit. Ils étaient secondés par les Marguilliers (ou Fabriciens, suivant l'époque ou la région), renouvelés en principe chaque année. Ces paroissiens "prêtaient serment, devant la croix, de fidélité et de zèle pour le service du Temple Saint". A Miglos, au XVIIIe siècle, les Marguilliers étaient élus lors de la messe du Jour de l'An, fête de la Circoncision. Au XIXe siècle, cette cérémonie se déroulait le jour de Quasimodo (en avril). On désignait ainsi 5 ou 6 Marguilliers.

 

La petite église d'Arquizat n'a plus de desservant en titre depuis le 14 novembre 1961, date du décès de Joseph Teulière, dernier curé de Miglos. Celui‑ci y avait officié pendant un demi-siècle (1911/1961); il repose dans le cimetière, à quelque distance du château féodal.

 

Le 13 janvier 1969, est officiellement créée (à l'initiative de Mme Boulanger, en particulier) "l'Association pour la Rénovation de l'Eglise de Miglos‑Arquizat" (loi de 1901). Cette organisation a obtenu l'inscription de l’édifice à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques, le 27 décembre 1973. Depuis lors, des travaux ont été réalisés sous l'égide des Bâtiments de France, afin de restituer à ce monument son caractère roman d'origine. Cette tâche est quasiment terminée à ce jour.

 

C'est en 1967 que le presbytère, contigu à l'église, a été racheté à la commune (maire : Jean Fauré Braguilh) par la famille Pierre Boulanger, d'Arquizat.

 

Le sanctuaire d'Arquizat était jadis le lieu de rencontre dominical de tous les habitants des hameaux de la vallée de Miglos. On y venait écouter la messe, les vêpres et la bonne parole du curé, avant d'aller débattre des divers problèmes du moment sur la place de l'église ou à l'auberge du coin. En ces temps‑là, la foi n'était pas un vain mot, et l'on n’hésitait pas à solliciter l'Eternel pour tout ou n'importe quoi. Ainsi, le 2 août 1864, a eu lieu "une messe chantée pour demander à Dieu la pluie". Le célébrant, Jacques Célestin Daran, a reçu 3 francs d'honoraires ; gageons qu'il a bien accompli son travail puisque, curieusement, cette requête a été exaucée au-delà de toute espérance. En effet, "un violent orage, survenu le 6 août à 6 heures du soir, a occasionné de nombreux dégâts dans la commune (où seul le hameau de Norgeat a été épargné) et en particulier à l'église et au presbytère d'Arquizat", tant et si bien que le préfet octroyait à la Fabrique une subvention de 150 francs, pour les réparations à effectuer à ces édifices. Un sujet à méditer : une vieille recette météorologique oubliée...

 

Afin que ne soit pas oublié non plus le riche passé de l'église Saint Hilaire d'Arquizat, il m'a paru nécessaire d'en retracer sa longue histoire. Et, à défaut de la considération de mes semblables, cette démarche m'apportera, je n'en doute pas, une indulgence plénière...

 

Gérard LAFUENTE ‑ Juin 1986 ‑

 

 

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 LE  CHATEAU  FEODAL DE  MIGLOS   

Par Gérard Lafuente

 

 

 

 

 

 

Eté 1835, 1'écrivain ang1ais James ERSKINE MURRAY visite les Pyrénées. Il relatera ses souvenirs de voyage dans un ouvrage intitulé "A summer in the Pyrénées" (Un été dans les Pyrénées), publié à Londres en 1837.

 

L'auteur a particulièrement été enthousiasmé par son excursion dans la vallée du Vicdessos. Concernant MIGLOS, nous relevons ce qui suit : « ... La vue de certains des vieux châteaux de cette va11ée me procura un grand plaisir. Ceux qui ont admiré les ruines sombres et la magnifique situation du château de Campbell, dans la vallée du Devon, et ont eu la chance de visiter la vallée du Vicdessos, trouveront, dans les ruines du château de Miglos, une ressemblance frappante. La colline, la forêt, le ravin et même la structure des ruines sont en tous points identiques. Maintes fois je suis revenu sur mes pas, afin de jeter un autre regard à ce site... ».

 

De nos jours, ces mêmes vestiges (certes beaucoup plus délabrés), à la fois imposants et pathétiques, couronnant un éperon calcaire qui se dresse dans la vallée entre Niaux et Capoulet, sur la rive droite de la rivière, accrochent toujours le regard. Mais, de nos jours, à l'instar de j. ERSKINE MURRAY, prend-on encore le temps de se retourner sur ces vieilles murailles et de s'interroger sur leur passé si richement chargé d'histoire ?

 

Les bâtisseurs du château, ces rudes manants de la vallée de Miglos, n'ont pourtant pas dû ménager efforts et souffrances, pour nous laisser ce merveilleux témoignage de leur génie créateur qui a pu, jusqu'ici, défier les vents de l'oubli.

 

Hélas ! Nos pères n'ont pas su tout mettre en oeuvre pour empêcher le délabrement du vieux château féodal (le "castelhas"). C'est très dommageable pour les générations futures... Ne trouveront‑elles plus qu'un amas de pierres, envahi par les ronces, arbustes et autres mauvaises herbes, là où se dressait jadis une altière forteresse ?

 

Placé à un point stratégique de la vallée du Vicdessos, ce fort défendait, au Moyen‑Age, outre l'accès au territoire de Miglos, une grande partie de la contrée.

 

Le château, construit au sommet d'un promontoire qui culmine à 750 m d'altitude, n'était accessible que du côté du chemin reliant Arquizat à Baychon. L'enceinte fortifiée qui ceinturait ladite plate-forme, bâtie en blocage, est de forme ellipsoïdale et protégeait la bâtisse proprement dite. Ce qu'il en reste, bien qu'insignifiant, permet cependant d'en reconstituer le tracé initial. L'entrée se situait plein sud.

 

Le château, demeure seigneuriale, de forme sensiblement carrée (24 m de côté en moyenne) avait une superficie de 600 m2 environ. Il en subsiste d'imposants vestiges, tels :

 

‑ le donjon carré, à l'est, qui n'avait point de voûte ni d'escalier ; il atteignait la respectable hauteur de 20 m et devait avoir une fonction purement militaire (tour de guet et défense de l'entrée du château); il ne pouvait servir de logement. Dans la partie supérieure, on remarque encore une fenêtre ogivale trilobée.

 

‑ Une grande salle de 15 m de long, avec un mur percé de cinq meurtrières obliques, orientées sur l'axe Arquizat‑Baychon, côté levant.

 

‑ Une autre salle, pourvue d'une large cheminée au niveau de laquelle le mur extérieur est flanqué de deux contreforts.

 

‑ Une tour carrée, côté ouest, qui surmonte une pièce au plafond voûté et n'ayant d'autre ouverture que la porte (si l'on excepte un petit judas, pratiqué en haut du mur opposé à l'entrée) ; cette tour s'élevait à 15 m environ. Tout comme le donjon, le sommet était couronné de créneaux droits sans mâchicoulis.

 

‑ La cour intérieure, séparant l'habitation seigneuriale des dépendances, élevées au sud et sud‑ouest, dont il ne reste que des décombres dissimulés par la végétation.

 

Au premier examen, de par ses structures architecturales, la forteresse peut être datée du XIVe siècle. Cependant, la présence d'une construction plus ancienne est attestée dès le début du XIIIe siècle. En effet, en janvier 1213, le château de Miglos fait partie des places-fortes données en garantie au roi Pierre d'Aragon, par le Comte de Foix Raymond‑Roger, pour preuve de sa soumission à l'Église catholique, dont les évêques sont réunis en concile à Lavaur.

 

Ce château est également nommé dans l'enquête sur la délimitation du comté de Foix, réalisée le 7 juillet 1272 : " ... item vallis de Miglos cum castro de Miglos...".

 

En ce qui concerne le peuplement de la vallée de Miglos, il doit être considéré comme très ancien, si l'on tient compte que l'église Saint Hilaire de Miglos est déjà citée en 1097, dans une bulle du pape Urbain II confirmant les privilèges de l'abbaye Saint Sernin de Toulouse.

 

Par ailleurs, la dispersion de l'habitat de ce territoire (cinq hameaux) semble également ancrée dans un passé fort éloigné. Ainsi, dans les interrogatoires de l'inquisiteur Jacques Fournier (futur pape Benoît XII), menés de 1318 à 1325, on relève les noms de Norgeat, Norrat et Axiat (Arquizat étant assimilé à Miglos) associés aux pérégrinations des "bonshommes" cathares se rendant à Larnat et qui comptaient des sympathisants actifs à Norrat et Axiat, plus particulièrement.

 

Ne refermons pas cette parenthèse, sur l'époque Cathare, avant de signa1er que le p1us illustre des habitants de 1a vallée, Arnaud de Miglos, seigneur du lieu, a été convaincu d'hérésie (tout comme sa fille Brunissende) après la chute de Montségur. Dans sa confession aux Inquisiteurs, le 24 mai 1244 (confirmée le 12 mars 1247) i1 déclare, entre autres, avoir cru en la parole des "Parfaits", dont certains étaient venus dans son château de Mig1os, où i1 les avait "adorés". Egalement, il dit avoir fait parvenir à Pierre Roger de Mirepoix, qui défendait Montségur assiégé, douze cordes pour une pierrière, deux frondes pour une baliste et une arbalète. Tout ceci lui a valu d'être enfermé dans les cachots ("le mur") de la cité de Carcassonne. Il sera rendu à la liberté, sur ordre donné par le pape Innocent IV le 24 décembre 1248.

 

Le château de Miglos devait s'intégrer à un dispositif important de défense de cette zone du Haut Comté de Foix.  Il était en liaison, par signaux, avec le château de Montréal de Sos (Olbier). Côté Tarascon, il communiquait avec les châteaux de Quié et Génat, par l'intermédiaire du fort de Castel Merle, qui était situé sur le haut du chaînon calcaire qui sépare Niaux de Baychon. Castel Merle a complètement disparu. Quelques vestiges subsistaient encore au début de ce siècle. Sur une falaise de cette même barrière rocheuse, on peut encore voir la "Caougno paredado" (la grotte fortifiée de Baychon) dont la construction remonte également à une époque très ancienne, et qui pouvait, tout comme Castel Merle, appartenir au système défensif du château de Miglos.

 

Au tout début du XIVe siècle, la famille De Miglos possédait le fief du même nom, qu'elle tenait du comte de Foix depuis 150 ans environ. A noter que le premier porteur de ce patronyme semble avoir été Brunet. Il était très certainement fils de Wilhem Aton, qui, vers 1108, restitue au chapitre de St Sernin de Toulouse tous ses droits sur l'église de Miglos, qu'il avait usurpés.

 

Pour un motif ignoré (peut-être son appartenance à l'Hérésie cathare, qui avait réapparu avec vigueur dans nos contrées, après 1300) la famille De Miglos va être dépossédée de sa seigneurie, au profit de celle de Son (ou d'Usson). La donation de la vallée et du château de Miglos, faite à Bernard de Son par le Comte de Foix Gaston ler, est scellée par acte du 21 février 1311.

 

Après cette date, les De Miglos conserveront néanmoins quelques biens sur leur ancien fief. Par la suite, on retrouvera cette illustre famille à la tête des seigneuries de Junac, Luzenac et Château‑Verdun. Bernard de Son restaurera le château de Miglos en 1320. Un important litige l'opposera d'ailleurs à 26 habitants de la val1ée, qui refusaient d'effectuer les corvées nécessaires à une telle entreprise.

 

En 1331, Jean de Son succèdera à son père, Bernard. Puis, la terre de Miglos changera plusieurs fois de mains, au cours des siècles. Elle appartiendra successivement aux familles de Rabat (Jourdain, 1343), d'Arnave (Guilhem‑Bernard, 1380), du Léon (Guilhem‑Arnaud, vers 1400), de Louvie (Manaud, vers 1450), de Béon (Pierre, 1510), de Goth (Bernard, 1575), de Montaut (François, 1610 ; fondateur de la branche De Montaut‑Miglos).

 

Arrive 1789. Jean‑Louis de Montaut est alors baron de Miglos. Et l'on reparle du château féodal, qui sera brûlé (vraisemblablement fin août 1792) à la suite des divers événements engendrés par la Révolution. Geste symbolique en fait : la bâtisse tombe en ruines et la famille du seigneur est installée, depuis de très nombreuses années, dans une vaste demeure sise à l'entrée du village d'Arquizat (en venant de Capoulet) également appelée "le château" et transformée en ferme, par la suite. Preuve en est, les levés destinés à la réalisation de la carte de CASSINI, établis pour notre région par le géomètre LENGELEE, en 1775, sur lesquels on peut noter, pour la paroisse de Miglos : "un château" et "un château ruiné". A noter que sur certains documents actuels, le château féodal est dénommé "château Renaud". Cette appe11ation a toujours été inconnue des habitants de Miglos. Selon J. FERLUS, il s'agirait d'une erreur d'interprétation des officiers qui dressèrent la première carte d'Etat-major. La dénomination "castel de n'haut" (château d'en haut), attribuée au vieux château, a été francisée et est ainsi devenue "château Renaud". Plus prosaïquement, et au moins depuis la Révolution, les Miglosiens appellent "Castelhas" le château féodal et "Castelh" la ferme‑château.

 

Sur la carte du Comté de Foix et Couserans, dressée par LA BLOTT1ERE en 1719, seul figure 1e château féoda1. Est‑ce à dire que la ferme‑château a été construite entre ces deux périodes ? Selon C. BARRIERE‑FLAVY, qui avait visité cette demeure vers 1890, "l'aménagement et la décoration des pièces intérieures annoncent, tantôt l'époque de Louis XIV, tantôt celle de Louis XV. Il semble donc que l'on puisse faire coïncider cette construction avec l'implantation de la famille De Montaut sur la terre de Miglos. A noter que le "Castelh" avait également sa petite chapelle (construite en 1778 et dédiée à St Pierre). Quelques vestiges subsistent encore, et notamment un intéressant bas-relief en plâtre (dimensions approximatives : 2,50 m x 1,50 m), représentant les emblèmes de la papauté (clés croisées sous la tiare) surmontés d'un soleil et encadrés par deux anges, assis sur un motif de feuillage stylisé, le tout inscrit sous un grand arc symbolisant la voûte céleste. Marie‑Anne de Montaut‑Miglos, sœur du baron Jean‑Louis et ancienne abbesse de Prouille, avait hérité de son père, Pierre, ladite chapelle, en même temps qu'une partie de la ferme‑château (Acte du 19 Floréal An IV, retenu par Me Jean‑Baptiste Teulière, notaire public de Miglos, demeurant aux Passes de Junac).

 

La tourmente révolutionnaire passée, et à la mort du baron Jean‑Louis de Montaut, le dernier seigneur de Miglos (décédé à Foix le 7 Floréal An III dans la maison du citoyen Calvet, place du Mercadal, et non sur l'échafaud à Paris, comme cela a trop souvent été dit) c'est l'une de ses filles, Jeanne‑Françoise, et son époux le baron Jean‑Louis‑Hyacinthe de Vendomois, qui hériteront des biens des De Montaut (ou plus exactement qui rachèteront la part des autres ayants droit). Ils habiteront la ferme‑château, d'où ils seront chassés lors de la révolution de 1830.

 

Jean‑Louis‑Hyacinthe de Vendomois, qui était maire de la commune depuis 1822, sera contraint de se démettre de ses fonctions "le dimanche 15 août 1830 au sortir des vêpres". Joseph Fauré Tailleuret, proclamé par la foule, lui succédera. Quant à M. de Vendomois, il sera retenu pendant trois jours dans le presbytère, où il s'était réfugié (curé Jean‑Paul Augé) pour échapper à la population, qui exigeait la restitution de divers titres relatifs aux droits de la communauté sur les montagnes de Siguer, Miglos et Gudanes. Son épouse était allée se cacher à Capoulet. Selon la tradition orale, une mésaventure similaire était arrivée, lors de la révolution de 1789, au baron Jean‑Louis de Montaut, qui se serait réfugié dans le clocher de l'église.

 

Quelques jours plus tard, dans la nuit du 24 au 25 août 1830, la demeure des Vendomois sera entièrement pillée. Elle ne sera cependant pas incendiée, comme certains l'ont écrit. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les dépositions, faites devant la Justice, du baron et de son épouse, ainsi que le rapport de l'expert, désigné par le Tribunal de Foix pour dresser un descriptif des dégâts commis (documents conservés aux Archives Départementales de l'Ariège). La mise à sac de cette demeure seigneuriale est à placer dans le contexte de la "Guerre des Demoiselles", qui sévissait alors dans notre région.

 

Hélas ! Nous n'avons, pas la chance de posséder un tel luxe de renseignements concernant les événements survenus à Miglos lors de la première révolution. La plupart des écrits de l'époque ont disparu, comme d'ailleurs d'inestimables titres et papiers anciens. Beaucoup ont alimenté un immense feu de joie, allumé sur la place d'Arquizat par les habitants de Miglos. Ainsi le confirme cette délibération municipale : "Ce jourd'hui seizième Nivôse de l'An II de l'ère républicaine, en l'exécution de la loi qui porte que tous les titres et papiers des ci-devant seigneurs devaient être brûlés, c'est pourquoi nous maire et officiers municipaux nous les avons brûlés ledit jour que dessus à l'issue des vêpres, en présence de tous les citoyens de la commune, avons fait brûler tous les papiers, titres, reconnaissances que nous avons trouvés dans la maison du ci-devant seigneur"...

 

Après 1830, l'époque des "ci-devant" est révolue à Miglos. Le baron de Vendomois et son épouse l'ont bien compris, qui, après avoir vendu la sapinière de Norgeat et la forêt de Naillan aux habitants de la commune (actes retenus le 23 novembre 1833, par Me Vic Jean‑Baptiste, notaire à Tarascon) vont céder la totalité de leurs autres biens à Marie Sans, veuve Jean Bacou, et son fils Jacques Bacou, pour la somme de 44.000 francs (acte du 2 septembre 1834, de Me Vic). Cette vente porte notamment sur : "un château servant de maison d'habitation, logement pour les métayers, basse-cour, grange, sol, jardins, pigeonniers, terrasses et autres terres, le tout attenant ; des masures d'un vieux château avec les terres et les rochers attenants ; cinq moulins fariniers (d'En Bas, du Milieu, d'Amont, de la Commune, de Ladaine) à plusieurs meules".

 

Actuellement, la ferme‑château, appartient à M. Vanegdom Richard et Mme Fettweis Gabrielle, ressortissants belges, qui l'ont achetée à Pierre Pujol (famille Pujol Janiret du hameau de Norgeat) ‑ acte de vente du 26 janvier 1987, de Me Bernard Teisseire, notaire à Foix ‑ Le "Domaine du Castelh" (à l'exception des deux parcelles portant les ruines féodales) avait été acquis par Pierre Pujol, auprès de la SAFER, le 29 septembre 1979 (acte dressé par le même notaire).

 

En 1976, la SAFER avait racheté l'ensemble des biens précités aux sœurs Gouzy (Mathilde et Pierrette), qui les tenaient, par le jeu des successions, de leur grand-père maternel, Constantin Montaud (sans aucun lien de parenté avec la famille noble De Montaut‑Miglos, dont le dernier représentant mâle, Dominique, fils de Jean‑Louis et de Jeanne‑Marie‑Françoise De Combettes‑Caumont, qui était célibataire, s'est éteint à Tarascon‑sur‑Ariège le 30 mai 1852), ce dernier les ayant acquis auprès des descendants Bacou, en 1898.

 

A noter que le château féodal est propriété du département de l'Ariège depuis le 28 septembre 1984 (rétrocession de la SAFER). Ces vestiges ont été classés parmi les Monuments historiques, par arrêté du Ministre de la Culture et de la Communication, en date du 22 septembre 1987, "considérant que la conservation des ruines du château d'Arquizat à Miglos (Ariège) présente au point de vue de l'histoire et de l'art un intérêt public en raison de leur importance historique et de leur disposition architecturale".

 

Comme tous les châteaux, celui de Miglos a attiré de tous temps les chercheurs de trésors enfouis (l'un d'eux, récemment encore, avec son détecteur de métaux, devait faire collection de pointes rouillées) ou de souterrains mystérieux.

 

Parmi les souvenirs de me plus tendre enfance, je n'ai pas oublié ces veillées inénarrables à Norgeat (tous les convives assemblés autour de l'âtre), où l'on parlait de ces choses‑là et de bien d'autres encore plus étranges pour moi. Curieusement, je n'avais jamais sommeil. Mais, hélas ! les vieux conteurs portant témoignage d'événements mémorables ont pris place dans les cimetières.

 

J'ai grandi et il m'est arrivé de rêver à mon tour. Cependant, si je n'ai jamais cherché de l'or, j'ai maintes fois prospecté le promontoire qui supporte les ruines du "Castelhas", dans l'espoir d'y découvrir une hypothétique voie de repli, que les occupants du château auraient pu aménager en prévision du siège de la forteresse. Une petite grotte, qui s'ouvre à mi-hauteur dans le rocher calcaire au-dessus du village de Capoulet, pouvait faire, à mon sens, l'affaire. Le porche assez vaste se prolonge par un long boyau ascendant, qui s'enfonce dans la roche en direction du château. Malheureusement, ce passage est rapidement obstrué par du sable, qui a vite rebuté mes dons de chercheur.

 

C'est peut-être aussi bien... "Mieux vaut de respirer que de cueillir les roses, et les plus beaux jardins sont où l'on n'entre pas" (F. Gregh). Assurément, ces vénérables ruines méritent de s’auréoler encore d'un peu de mystère et de légende...

 

L'Association des Amis du Château de Miglos ‑ A.A.C.M. ‑ (type loi de 1901) a été créée en 1987 ‑ siège social : mairie de MIGLOS 09400. Elle s'est fixé pour objectifs de sauvegarder les vestiges de ce Monument et de mettre le site en valeur en apportant son concours aux autorités compétentes.

 

 

Gérard LAFUENTE ‑ Octobre 1987 –

 

 

 

 

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La grotte fortifiée de BAYCHON (MIGLOS)

Par Gérard Lafuente

 

 

 

BAYCHON (que l'on orthographiait BATCHON dans l'ancien temps) est un petit hameau ‑ quelques maisons et granges, aux toits couverts d'ardoise grossière ‑ enchâssé dans un surprenant écrin de hautes falaises calcaires, qui sommeille à l'abri des ruines tutélaires du château féodal de M1CLOS.

 

Avant la Révolution, le territoire de MIGLOS ‑ une haute vallée du VICDESSOS ‑ pouvait s'enorgueillir du titre de "Baronnie du Comté de Foix".

 

MIGLOS n'est plus aujourd'hui qu'une modeste commune, comptant cinq villages et hameaux : ARQUIZAT, NORGEAT, NORRAT, AXIAT et BAYCHON.

 

Exsangue et fantomatique durant l'hiver, la commune sort de sa léthargie dès la belle saison, avec la venue des "doryphores" (appellation pittoresque s'il  en est pour désigner, dans cette contrée, les "gens de la ville", des Toulousains par excellence).

 

Et le vieux château ? (Le "Castelhas" pour les gens du pays).

 

Quelques imposants pans de murailles ‑ altière ment dressés sur un promontoire calcaire, qui domine la vallée du VICDESSOS et verrouille, au nord, celle de MIGLOS ‑ témoignent encore d'un riche passé historique.

 

Le temps jadis où Jean‑François de MIGLOS était qualifié de "Seigneur de Baïchon", dans le contrat établi le 27 mai 1626, à l'occasion de son mariage.

 

Vestige d'un lointain passé également, la grotte fortifiée ou "spoulga" de BAYCHON.

 

La "Caougno paredado" (grotte murée), comme la désignent les gens de la région, est située à 820 m d'altitude, dans l'imposante barrière rocheuse ‑ dite "crête de Coumo Quillo" qui masque l'horizon nord‑est du hameau.

 

Cette grotte est très difficile d'accès. Il faut d'abord se frayer un passage à travers de raides éboulis, des arbustes et autres buissons épineux.

 

On parvient alors au pied d'une impressionnante falaise ; la cavité s'ouvre 25 m plus haut.

 

On s'en rapproche en accédant, non sans difficultés là encore, à une étroite corniche, sise au-dessous de l'entrée, à la base d'un à-pic de 8 m. De là, toute escalade est impossible et l'utilisation d'un matériel adéquat s'avère indispensable pour parvenir jusqu'au porche de la grotte.

 

A moins que l'on ne préfère se laisser descendre (au moyen d'une corde ou d'une échelle souple) depuis la crête de la falaise, jusqu'à atteindre la "Spoulga", 20 m plus bas.

 

Lorsqu'on parvient enfin au but (un porche de forme sensiblement ogivale, d'environ 8 m de haut et 4 m à la base) on est arrêté par un mur de grosses pierres liées au mortier, d'une épaisseur de 50 à 60 cm, qui s'élève jusqu'à mi-hauteur de l'entrée.

 

Côté sud, une porte avait été aménagée dans cette muraille, qui est également percée ‑ en son milieu et à environ 2 m du sol ‑ d'une lucarne. On remarquera surtout les méfaits du temps, qui ont sérieusement endommagé l'ouvrage.

 

Par son aspect, cette fortification s'apparente assez bien à celles que l'on peut encore observer dans les "spoulgas" de la région. A l'origine, des créneaux pouvaient même exister à la "Caougno paredado".

 

Passé "la porte", le sol de la grotte ‑ la roche à nu ‑ s'élève très irrégulièrement de quelques mètres et l'on accède à une plate-forme exiguë, limitée par la voûte qui retombe. A peine 10 m nous séparent de l'entrée.

 

A l'évidence, pour que ce refuge puisse servir d'habitat, il avait été nécessaire d'y apporter quelques aménagements.

 

Ainsi, l'on distingue, creusées au même niveau sur les parois calcaires, de nombreuses encoches. Celles‑ci devaient supporter un plancher qui s'appuyait au mur d'entrée et donnait une surface utile de 40 m2 environ. Un espace non négligeable ‑ côté mur surtout ‑ était laissé libre au-dessous de ce plancher.

 

L'abri sous roche se prolonge, en direction nord-ouest, par un étroit boyau qui est totalement obstrué une trentaine de mètres plus loin. Un tel passage permettait‑il de communiquer, à l'époque de la fortification de la "Caougno", avec l'autre côté de la falaise, sur le versant de NIAUX ?

 

Aucune autre particularité n'est à signaler en ce qui concerne la grotte elle-même.

 

En 1894, C. BARRIERE‑FLAVY ("La Baronnie de Miglos") dépeint l'aspect extérieur de la "Spoulga" de BAYCHON. Mais c'est seulement en 1942 que le Docteur M. CANNAC ‑ Sociétaire du Spéléo‑Club de l'Aude et de l'Ariège ‑ en donnera une description complète. C'est également lui qui signalera le dessin, en forme d'arbalète, que l'on peut voir au bas de la falaise, à une cinquantaine de mètres avant d'arriver à la verticale de la grotte.

 

Ce signe, gravé au burin (profondeur 2 à 4 mm) dans une paroi calcaire fortement imprégnée de sels ferreux, se détache cependant nettement en blanc. Son grand axe, orienté S.O./N.E., oblique de 45°, mesure 19 cm ; sa p1us grande largeur est de 9 cm. I1 présente dans son ensemble l'aspect d'une arbalète tendue vers le nord‑est. Mais en l'étudiant plus en détail, on peut en dégager une croix à double traverse".

 

Pour l'inventeur, il s'agissait là d'un signe cathare, destiné à guider les initiés, afin qu'ils puissent atteindre aisément la "Spoulga", refuge sûr où ils seraient à l'abri de l'Inquisition.

 

Ce point de vue était partagé par A. MAL ‑ Conservateur des grottes du Sabarthez et chantre du Catharisme ‑ qui précisait : "La croix à double traverse est la croix des 7 églises d'Asie grecque ; elle est devenue la croix des Templiers et a également été adoptée par les Cathares".

 

Il faudrait donc faire remonter à l'époque florissante du Catharisme dans notre région (XIIIe siècle) la fortification de la grotte de BAYCHON et non à la période ‑ trop récente au vu des vestiges qui subsistent ‑ des guerres de Religion (XVIe siècle) comme certains l'ont affirmé.

 

J. MANDEMENT indique que cette "Caougno" a servi de refuge aux Huguenots, mais que son origine peut se situer au temps de l'épopée, dans notre contrée, des troupes de Charlemagne, venues s'opposer aux vues expansionnistes des Sarrasins.

 

Nous ajouterons au mystère en faisant référence à l'acte du 27 janvier 1213 (Concile de LAVAUR) par lequel le conte de Foix remet toutes ses terres au roi d'Aragon, comme garantie de sa soumission à l'Eglise de ROME, qui se préparait déjà à anéantir sa rivale Cathare. L'acte en question reprend 17 châteaux forts (dont celui de MIGLOS) et 6 "caougnos". à savoir : SOULOMBRIE, SUBITAN, ORNOLAC, VERDUN, ARNAVE et ALLIAT. Comme on le remarque, il n'est point question de la grotte de BAYCHON. A moins que cette dernière ne s'identifie à SUBITAN (qui n'a pu être localisée jusqu'ici). Pour ce qui est de la "Caougno" de BOUAN, il n'en est fait état qu'en 1244, lors de l'hommage rendu au Comte de Foix par Garcias Arnaud et Athon Arnaud de Châteauverdun (frères), co‑seigneurs dudit lieu, pour "lo castel de Castelverdu et la forsa et spelonca de Boan".

 

Mais revenons au XXe siècle. Inexorablement, la muraille de la "Caougno paredado" croule peu à peu, et chaque pierre qui s'en détache emporte une parcelle de son mystérieux passé...

 

   Gérard LAFUENTE ‑ Septembre 1980 ‑

 

 

 

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 L' Église de Norgeat

 

 

L'irrésistible élan mystique qui, au XIe siècle, conduisit nos ancêtres jusqu'en Palestine, a également fait fleurir cathédrales et églises sur le sol de France.

 

Les populations de nos contrées de Haute Ariège, elles aussi, ont érigé très tôt ces témoignages de leur foi.

 

Ainsi, dès 1097, l'église Saint Hilaire de Miglos (Arquizat) figure‑t‑elle parmi les possessions de l'abbaye Saint Sernin de Toulouse, énumérées dans la bulle du pape Urbain II. Ce monument a défié le temps pour parvenir jusqu'à nous en parfait état, et la foi catholique des habitants de la vallée de Miglos semble avoir fait de même.

 

En effet, en pleine moitié du XIXe siècle, tous les habitants du petit village de Norgeat, un des cinq hameaux de la commune de Miglos et, de tout temps, le plus peuplé) vont‑ils s'unir pour construire, par leurs propres moyens et sans aucune aide quelconque, leur église.

 

Tout a commencé en 1836, à la mort du sieur Joseph Pujol ‑ du hameau de Norgeat ‑ qui avait légué aux habitants de son village (par testament du 13 mars 1835) "un champ attenant les maisons, pour qu'il y soit établi, dans l’espace de dix ans, une chapelle pour y célébrer l'office divin".

 

Ce legs devait être pour le moins embarrassant, car ce n'est que le 26 janvier 1838 qu'une demande officielle est adressée ‑ par l'adjoint de la commune : Raymond Gabarre, de Norgeat ‑ au préfet de l'Ariège, pour s'informer des modalités nécessaires à la réalisation de cette entreprise.

 

Une commission syndicale de cinq membres (tous de Norgeat) est créée pour étudier le projet et, après l'acceptation de principe par le conseil municipal de la commune, l'accord préfectoral est donné le 8 mai 1838 ; il sera renouvelé le 8 mai 1842.

 

Pendant cette période de quatre ans, on s'était occupé de recenser les moyens sur lesquels on allait pouvoir compter pour faire aboutir les vœux du testateur. Ce faisant, les Norgeatois s'étaient coupés du reste de la commune, dont les habitants se refusaient à supporter un nouvel impôt pour une cause à laquelle ils n'adhéraient pas.

 

Aussi, en février 1843, le maire (Jacques Bacou) sollicite‑t‑il l'évêque de Pamiers, afin qu'il s'oppose à la construction envisagée, estimant que l'église existante était plus que suffisante pour le service de l'ensemble de la commune.

 

A la même époque, et devant la détermination des habitants de Norgeat, le préfet demande la création d'un "Rôle de souscription volontaire", qui sera établi comme suit :

 

pour 82 familles, soit 470 personnes (population totale de la commune en 1841 ‑ 1504 habitants) le montant des fonds recueillis s'élève à 1 555 francs (soit un total équivalent à la moitié environ du budget communal annuel) et la main-d’œuvre fixée à 11605 journées de travail d'hommes, 153 de vaches, 153 de chevaux et 187 de soliveaux".

 

Au mois d'avril de la même année, l'architecte départemental se rend sur place pour étudier la construction de la chapelle : un édifice de 25 m de long sur 10 m de large ‑ orienté sud/nord ‑ constitué d'une simple nef dépourvue de la moindre originalité. Son projet sera accepté et les travaux débuteront rapidement. Ils ont été confiés à un maçon d'Orus, Antoine Petit. Un piètre entrepreneur semble‑t‑il, puisqu'au mois de Mars 1846 des lézardes apparaissent dans les murs de la construction à peine terminée. Autorisation est alors sollicitée de la préfecture pour poursuivre le responsable en justice, mais une transaction interviendra en Avril 1847 et un autre maçon effectuera les réparations nécessaires.

 

C'est le 23 Septembre 1849 que sera créée officiellement, par l'évêque de Pamiers ‑ Monseigneur Alouvry ‑ la paroisse de Norgeat et ouverte au culte l'église Saint Hilaire (celle d'Arquizat avait déjà ce saint pour patron).

 

En début d'année 1850, le curé de Tarascon (Carbonne) par délégation de son évêque procédera à la bénédiction de cette église ‑ ainsi que d'une cloche ‑ en présence de plusieurs prêtres du Vicdessos et du curé d'Arquizat (Jean‑Paul Augé).

 

Ladite cloche (la petite : 200 kg environ) porte les inscriptions : "Saint Hilaire priez pour nous. Parrain : Raymond Gabarre ; marraine : Thérèse Pujol. Martin, fondeur à Foix, 1849". Sur la panse : "Jean Fadel, Paul Gabarre, Joseph Salvaing, Jean Pujol". Pour décor, il y a le Christ en croix. Elle ne sera qu'installée provisoirement car le clocher de l'église n'est pas encore construit.

 

Le grand jour arrive enfin pour tous les fidèles du village. Par décret du Président de la République (Louis Napoléon Bonaparte) en date du 25 février 1851, l'église de Norgeat est érigée en succursale et ce, malgré l'opposition réitérée d'une majorité du conseil municipal de Miglos qui, à l’issue de la session extraordinaire du 12 Avril 1850, en avait appelé à l'autorité préfectorale.

 

Il ne manque donc plus qu'un desservant à cette nouvelle paroisse. L'évêque de Pamiers va y pourvoir en désignant Théodose Bedel, qui prend ses fonctions pastorales le dimanche 13 Juillet 1851, à l'occasion d'une messe solennelle à laquelle assistent tous les habitants du village sous la conduite du Conseil de Fabrique et des "marguilliers". Dans une communication faite en 1897 à la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts, l'abbé Sabas Maury (qui a été curé d'Arquizat de 1890 à 1906) définit les "marguilliers" : "des employés qui servent l'église, passent les plats pour la quête, allument les cierges, distribuent le pain bénit, font les quêtes à domicile, etc. Il y a 6 marguilliers, changés chaque année à la messe du jour de l'an; ils sont désignés sans avoir préalablement été consultés et le curé proclame le nom des élus au prône... De la sorte, tous les paroissiens, à tour de rôle, doivent servir l'église... Après la messe, et devant la croix, ils doivent prêter serment de fidélité et de zèle, pour le service du Temple Saint". D'après l'auteur, cette curieuse et ancienne coutume est propre à Miglos et on ne la retrouve pas ailleurs. Ceci est inexact et, dans certaines régions, les "marguilliers" sont désignés sous le terme de "fabriciens".

 

En juillet 1851, le presbytère n'est pas encore construit ; aussi, un paroissien va‑t’il fournir gratuitement une bâtisse pour loger le prêtre (bail retenu par Me Teulière, notaire à Capoulet). Commencé le 1er Mars 1852, le presbytère ‑ "payé avec les seuls deniers des habitants de Norgeat" ‑ sera terminé le 1er Mai 1853.

 

Qui dit église pense également cimetière. Les Norgeatois y avaient songé dès que l'autorité épiscopale avait livré leur église au culte (fin d'année 1849) et un champ avait été acheté pour cet usage. Les inhumations s'y pratiqueront avant même que soit accordée, en 1851, l'autorisation préfectorale, qui avait été consentie à la suite du résultat favorable de l'expertise réalisée par le médecin Justin Teulière, de Tarascon.

 

En 1852, le curé Bedel plante huit cyprès dans le cimetière ; l'un d'eux y dressait encore naguère se haute silhouette en quenouille.

 

Mais le champ de repos ‑ "d’une superficie de 3 ares et 33 centiares" ‑ va, hélas! s'avérer rapidement trop exigu. En effet, dans le courant de l’été 1854, le choléra ravage nos contrées. Il fait son apparition à Arquizat le 3 septembre et atteint Norgeat le 10. Entre le 3 septembre et le 22 octobre 1854, le « maichant mal » va provoquer à Miglos la mort de 234 personnes, dont 56 à Norgeat. Moyennant quoi, au recensement de 1856, la commune compte seulement 1037 habitants, alors que l'on en dénombrait 1305 en 1851. Le cimetière sera agrandi une première fois (de 5 ares, côté nord) en 1855, puis (côté ouest, de 3 ares et 50 centiares) l'année 1892.

 

Au mois de juin 1863 a été construit le mur‑clocher de l'église et, le 19 Juillet, le curé d'Arquizat (Jacques Célestin Daran) a béni la deuxième cloche (la grosse : 300 kg environ) qui porte : "Parrain : Hubert Daraux ; marraine : Victoire Pujol, veuve Sérac. L'an de Jésus‑Christ 1863. Louison, fondeur", et pour décor : étoiles sur le cerveau ; étoiles et rosaces sur la gorge ; feuilles d'acanthe et têtes d'anges ailées sur la panse ; Sainte Vierge et Christ en croix sur la gorge.

 

Ainsi, le premier dimanche d'août 1863, les deux cloches ont sonné à la volée pour la première fois. Ce carillon égrenait cependant quelques notes dissonantes. L'an 1863 voit effectivement l'épilogue d'une affaire qui avait opposé, dix années durant, le curé et le conseil de Fabrique à Antoine Gabarre, au sujet de la construction d'une grange vis à vis de la porte d'entrée de la chapelle. A la suite des avis favorables donnés par le maire de la commune ‑ Jacques Bacou ‑ et son adjoint ‑ Joseph Pujol Lemagnoutat, de Norgeat ‑ le nouveau préfet de l'Ariège avait autorisé la construction jusque-là interdite.

 

Devant cet échec, le curé Bedel avait noté sur le registre paroissial :"Honte et horreur pour toujours à ces deux administrés !". Bel exemple de tolérance religieuse, en vérité.

 

Et les années passent... En juillet 1870, le curé Bedel quitte Norgeat pour Niaux ; il sera remplacé, le 15 septembre de la même année, par Louis Théodore Rouzaud. On ne relève rien de très marquant dans la vie paroissiale du hameau pendant le ministère de ce prêtre, qui a duré plus de vingt ans.

 

A son arrivée à Norgeat, le curé Rouzaud doit faire effectuer des réparations au sanctuaire, dont les murs se lézardent. Les travaux (coût ‑ 400 francs) seront réalisés par Boniface Soucarre, maçon de Miglos. En 1883, c'est la toiture du presbytère qui sera rénovée par Raymond Soucarre (coût de cette opération ‑ 550 francs). Courant 1892, le plafond et le plancher du galetas de ce même édifice vont être également refaits ; les travaux se chiffreront à 635 francs.

 

Louis Théodore Rouzaud quitte la cure de Norgeat le 26 Novembre 1892, pour aller officier à Villeneuve du Couserans. Son départ va coincider avec la suppression de la paroisse de Norgeat, qui sera effective le 1er décembre 1892.

 

Cette suppression sonne le glas pour le village. Et, malgré la construction d'une belle école (décidée en 1882, la réalisation débutera seulement en fin d'année 1891 et l'inauguration n'aura lieu qu'en 1894) rien ne pourra plus stopper l'irrémédiable déclin de Norgeat. Les autres hameaux de la commune, comme d'ailleurs tous les villages de montagne ariégeois, connaîtront le même sort.

 

A la fin du XIXe siècle, l’opiniâtreté des contestataires Norgeatois amènera l'évêque de Pamiers à leur donner, pour quelques mois seulement, un nouveau prêtre ‑ Jean‑Baptiste Mazenc (7 août 1898 / 31 janvier 1901).

 

 

Après quoi , c’est le curé d’Arquizat (en 1901 , l’abbé Sabas Maury) qui prendra définitivement en charge les fidéles de Norgeat. A son tour, la paroisse de Miglos sera supprimée le 1er janvier 1962 et rattachée à Niaux, à la mort du curé Joseph Teulière. Ce prêtre a été inhumé au cimetière du village d'Arquizat, localité où il était arrivé en 1911. Actuellement, et depuis plusieurs années, c'est le curé de Tarascon qui s'occupe de la paroisse de Miglos.

 

Dernier déchirement pour les gens de Norgeat, "l'Inventaire des biens de l'église", réalisé en application de la loi du 9 décembre 1905, relative à la Séparation de l'Eglise et de l'État. Cet inventaire fut dressé le 26 février 1906 par Ernest Chausson (percepteur de Tarascon) en présence de Pierre Crastres, président du bureau des marguilliers et du conseil de fabrique de Norgeat.

 

A sa lecture, on peut se rendre compte de l'importance des donations qui avaient été faites par les paroissiens au profit de leur église. En effet, l'estimation globale des biens est chiffrée à 12 437 francs.

 

Eté 1979 : quelques jeunes gens du hameau (tous bénévoles) nettoient l'église de fond en comble. Un don anonyme (dont le montant est à répartir entre les divers bâtiments publics de la commune) permet ensuite d'y effectuer quelques travaux urgents de restauration. Un hommage aux bâtisseurs, en quelque sorte... Quant au presbytère, il vient d'être aménagé (rentabilité oblige!) en logements de vacances ‑ 1981.

 

"Avec l'ignorance, la foi s'en est allée", pouvait écrire Anatole France, en 1890, dans "La Vie littéraire".

 

Aux XIIIe siècle et première moitié du XIVe siècle, c'est par le fer et le feu, pour la foi et la loi, que les adeptes de la philosophie cathare (colportée de chaumière en château par les « bonshommes ») ont été anéantis, afin que leur idéal soit à jamais effacé de la mémoire collective occitane.

 

Il y a des siècles que les bûchers de l'Inquisition se sont éteints et que les massacres perpétrés par les hommes d’OTI n’appellent plus la vengeance. Trop longtemps sans doute ! ... On a déjà tout oublié. A tel point que nos grands-parents ont de la peine à définir convenablement quel symbole, en pays d’Oc, représente Montségur (sinon pour l’avoir lu brièvement dans quelque ouvrage récent).

 

Ne les blâmons pas, car encore au début du XXe siècle, le centralisme étatique et l'intransigeance de l'enseignement laïque ont voulu enlever définitivement leur identité propre à ces gens du Midi, qui s'exprimaient plus aisément en "patois" qu'en français.

 

Profondément convaincu du bon sens inné des ces rudes montagnards d'Ariège, mes ancêtres Norgeatois, je pense qu'ils étaient animés, au siècle précédent, du même esprit de liberté et de tolérance qui avait guidé leurs lointains prédécesseurs Cathares ou, plus proche de nous, Protestants et "Demoiselles".

 

A la réflexion, on peut se demander ce qui avait vraiment motivé la communauté de Norgeat au milieu du XIXe siècle. L'ignorance ? Certes pas ! La foi ? Oui, bien sûr ! Mais aussi, sans aucun doute possible, la rivalité exacerbée qui l'opposait au village d'Arquizat (chef‑lieu de la commune, quoique moins peuplé), une grande vitalité, ainsi qu'un indéniable besoin d'indépendance et d'ouverture aux idées nouvelles qui préfiguraient le XXe siècle.

 

Autant de prétextes pour que les gens de Norgeat aient voulu tout à la fois créer leur paroisse (nous venons d'en suivre l'historique), s'ériger en commune (tentative qui s'était soldée par un échec, en 1853) et ouvrir leur propre école (ce qui a pu se réaliser en 1865).

Le temps a passé... mais nous pouvons encore rêver, tout comme Louis Pujol, un enfant de Norgeat, qui s'exprime si joliment en « lhengo nostro » : 

                       « E soumiat qu'un maiti soun'bengut al bilatge

                       tourna beire l'pais ...

                       E leu, estabousit de trouba tant de gents,

                       Fegul dins le bounur jusco la despertado :

                       Coumo tout a cambiat dins n'emporto quai sens ! »

 

(in "Fialutos e Fiutarols").

 

Gérard LAFUENTE ‑ Août 1983 ‑