L'opinion publique

           

 

 

            Pour la période qui nous intéresse, c. à d. les années 43 et 44, la population est ballottée entre des informations et des propagandes contradictoires. Le journal, parmi d’autres, le plus lu, "La Dépêche", est au service de la Milice et de l'occupant (et cela jusqu'à Août 44). Les actions des maquisards sont déclarées comme étant « terroristes ».

                        Dans les communes, bien des municipalités ont été révoquées et remplacées par l'autorité préfectorale en "délégations spéciales": ce fut le cas, en Ariège, pour 53 d'entre elles. Ce qui posa des problèmes de légitimité et créera des conflits  politiques.

                        Si la psychologie de ces temps là inclinait à respecter les notables et à les craindre, des courants de pensées s'infiltraient dans les tissus populaires. Les réalités quotidiennes (réquisitions, délations, restrictions alimentaires, service du travail obligatoire, climat perpétuel de suspicions...) et la montée en puissance d'actes de résistance (attentats, sabotages, maquis...) vont rapidement modifier la perception du vécu de l'occupation. Une économie parallèle s'intensifie: le marché noir par le biais des productions agricoles et la contrebande (bien que pourchassée par les autorités administratives et leurs relais...).

                        "N'avoir rien vu et ne rien dire" reste le mode de vie général. Dans les faits, seule une poignée de personnes sera engagée dans la rébellion. La « Grande Guerre » n’est pas si loin que çà dans le temps... La nouvelle se situe loin de nos contrées du sud (même si l’on se sent concerné ne serait-ce par les prisonniers issus de nos communes), mais elle n’est pas tangible jusqu’en fin 1942. Cependant, certains milieux (miliaires ou syndicalistes et politiques) ont déjà pris soit des contacts, soit des mesures d’anticipations.

 Néanmoins, l'animosité envers la Milice va s’accroître et les actes de résistances - s'ils soulèvent parfois la crainte de représailles - deviennent populaires et préparent l'insurrection générale (terme traditionnel qui cache la multitude des combattants ou résistants de la première ou  de la dernière heure, sans compter les opportunistes...).

 

(Extrait du livre : « Le Maquis de Roquefixade », J.J. Pétris)