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Pont du Diable (Ariège) Mythes et réalités (Réponse à la question: de quand date la construction du Pont?) Extraits d'une étude inédite sur le sujet qui sera consultable aux Archives de l'Ariège dans son intégralité. * ================================== Le site du Pont du Diable est un incontournable du patrimoine bâti et touristique du département de l’Ariège.
Dans un milieu sauvage, dans un creux enserré entre Montoulieu, Mercus-Garrabet et Saint-Paul de Jarrat, loin de toutes habitations, mais bien desservi par les voies des communications délaissées par les nouveaux réseaux routiers, voilà un paysage enchanteur que l’on croit venu de nulle part, mais qui existe pourtant… ! Calme, reposant aux beaux jours ; délirant lorsque la rivière Ariège se gonfle des eaux amassées en amont qui se jettent dans cette gorge encaissée et se heurtent aux roches et piliers de cet ouvrage pour le moins pittoresque…
Un pont… Oui ! Mais, comme le pont Valentré de Cahors, pas seulement un pont… Avec une bâtisse en bout qui lui confère un caractère particulier… Mais, à l’inverse de l’ouvrage sur le Lot, celui sur l’Ariège n’est pas contigu à une ville… Posé dans un creux, mis à part qu’il peut relier deux rives comme tout pont digne de ce nom, quelle idée d’avoir construit un ouvrage en un tel lieu agrémenté d’une bâtisse conçue en bout avec pièces en contrebas et au dessus de celui-ci ? Si l’on en croit les annonces des Offices du Tourisme, ainsi que des panneaux de l’Equipement (sur la D 618, ancienne RN20), le Pont du Diable daterait au moins du XIIIème siècle… Les récits des légendes mentionnent Simon de Montfort, Gaston Fébus ou d’autres encore …
Tentons d’en savoir plus ...
Que disent les archives avant la Révolution ?
Disons-le d’emblée : aucun texte ne mentionne avant la Révolution ou dans les toutes premières décennies du XIXème un pont ou une construction sur ce site. Cela paraît surprenant, car un tel ouvrage n’aurait pas manqué d’être cité soit pour des péages soit pour des réparations à y faire. Rappelons que les ponts en pierres n’étaient pas légion et, à part quelques-uns, ont été construits tardivement A titre d’exemple, Cl. Pailhès dans son ouvrage « Histoire de Foix et de la Haute Ariège », P. 176, rappelle : « Le pont de pierre de Tarascon prévu depuis 1777 ne fut terminé qu’en 1831 après la crue de 1827 en ait emporté le chantier… »… Pourtant cette ville est l’une des plus importante du département et était l’une des villes maîtresses du Comté de Foix. Outre l’aspect portant sur les questions de communications ou de fiscalités pouvant être signalées par les différentes délibérations du Pays de Foix, aucune allusion à ce passage ne pointe dans d’autres textes. Même le « Dénombrement du Comté de Foix » écrit sous Louis XIV qui mentionne pourtant les ponts semble l’ignorer. Faute de textes antérieurs à la Révolution, des questions simples se posent… Quel était l’intérêt de construire un pont (de plus en pierre) dans un creux de vallée difficile d’accès avec des pentes (ou des côtes) si abruptes ? D’autant plus que le site est connu pour la furie de ses eaux lorsque survient un orage ou la fonte des neiges… Contrairement à ce qui a pu être écrit, des endroits plus paisibles et moins accidentés auraient pu être utilisés non loin de ce site pour passer d’une rive à l’autre… Quelle motivation pour une telle construction, surtout au XIIIème siècle, date couramment annoncée ? Des raisons politiques ou stratégiques comme cela a été suggéré ? Cette idée semble irréaliste… : le comte de Foix était maître de ses terres au moins du Pas de Labarre (Saint-Jean de Verges) à la frontière. Pour aller voir sa « bien-aimée » à Saint-Paulet comme le raconte une des légendes ?! Le chemin le plus court, le plus pratique, clairement identifié depuis des lustres est bien en empruntant le pont de Foix en passant par Montgailhard (ou Montgrenier, comme l’on disait à l’époque…).
Alors quelle est l’idée saugrenue d’avoir voulu construire un pont et des bâtiments qui y sont accolés à cet endroit ? Ces bâtiments servaient-ils de bureau de péage comme cela a été écrit ? Étaient-ils une fortification réalisée par Gaston IV comme avancé?
Que disent les auteurs ayant consacré des ouvrages sur l’Ariège ?
Vue la notoriété de cet ouvrage unique en son genre, il semble intéressant de faire le point de ce qui a été écrit sur notre Pont du Diable, anciennement nommé Pont Saint-Antoine… par nos historiens les plus connus ou reconnus comme tels…
D’abord, faisons appel à M.H. Duclos (1815-1900), auteur de la monumentale « Histoire des Ariégeois ». Une eau forte du « Pont Saint-Antoine » figure page 20 dans la partie IV, chapitre 1er, mais nous allons être étonné qu’aucune allusion ne soit faite à ce pont ! Il parle cependant des usines proches de quelques centaines de mètres de celui-ci… Pourtant, il semble que si la moindre tradition ou légende l’avait concerné, si le site méritait le plus petit intérêt historique ou archéologique, il est sûr qu’il n’aurait pas manqué d’en parler… Or, il n’en est rien… Pourquoi cet oubli ???
- La Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts, fondée en 1882 avec pour président d’honneur Adolphe Garrigou dont il sera question dans cette étude, ne fera jamais allusion à ce Pont du Diable. Des visites étaient programmées pour ses membres afin de connaître de visu les curiosités ou éléments historiques du département. Une sortie a été programmée dans le secteur de Saint-Antoine (territoire au carrefour de Saint-Paul de Jarrat, Mercus-Garrabet et Montoulieu) : seule la géologie du secteur a été vue, sans la moindre allusion à ce pont… Cela se passait à la fin du XIXème siècle… Depuis, d’autres sorties ont eu lieu, sans aucune mention de ce site…
- Les archivistes de l’Ariège (dont Félix Pasquier, 1846-1930, qui a tant donné au département de l’Ariège par sa curiosité et ses recherches, qui s’est consacré au classement des monuments de l’Ariège et fut un membre actif et président de la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts durant des années) n’ont jamais été attirés par ce pont devenu « légendaire » : ils n’ont pas écrit une seule ligne sur cet ouvrage, à l’exception de Cl. Pailhès (Directrice des Archives Départementales) qui, après avoir répondu rapidement à la demande touristique du lieu dans des interviews (comme à FR3 où elle déclare ne pas trop savoir), se prononce pour la première fois dans un ouvrage récent « Foix et ses environs », P. 134.
- Antoine-Ignace Melling dans son ouvrage, « Un travail complet sur les Pyrénées : les lettres de voyage d’Antoine-ignace Melling et de Joseph Antoine Cervini », retraçant son périple dans le Midi de la France entre la fin Avril et a fin de l’été 1821, ainsi qu’en 1826 (à pied, à cheval, etc…) est passé à Montoulieu et à Mercus : aucune allusion à notre pont…
- Adolphe Joanne dans « Géographie du département de l’Ariège » (1880) décrit volontiers les sites et ouvrages, mais ne mentionne pas ce pont
- Pierre Dardenne dans « L’Ariège au temps de Napoléon ou Essai sur la statistique du département de l’Ariège» précédé de « Récits de voyages et d’ascensions des différentes parties du département de l’Ariège entre 1802 et 1805 » ne fait aucune allusion au Pont du Diable[1]
- Le préfet Brun, qui a repris à son compte les études de Pierre Dardenne, consacre dans ses manuscrits un chapitre aux ponts de l’Ariège, dont ceux en pierres, mais n’écrit aucun mot sur notre ouvrage
- Adolphe Garrigou dont il sera question dans cette étude a beaucoup écrit, en particuliers sur la Haute Ariège. Bien qu’ayant assumé la charge de directeur de l’usine toute proche de Saint-Antoine, il n’en dit rien… Peut-être avait-il des raisons…
Donc, personne n’en parlerait ? Non, bien sûr !
- P. Perret, dans son livre « L’Adour, la Garonne et le Pays de Foix », à la page 390, écrit en 1884 : « L’Ariège roule dans une gorge et passe sous un pont fortifié »…accompagné d’une illustration d’E Sadoux[2] dont nous avons parlé dans la note concernant Pierre Dardenne:
- P. Baby, écrit en 1884 « Monographies et cartes communales du canton de Foix »[3] sans mentionner le Pont du Diable. Mais, en 1890, dans son « Guide-Route du baigneur et du touriste dans l’Ariège et l’Andorre »[4], il écrit, P. 271 : « On franchit l’Ariège sur le vieux pont fortifié de Saint-Antoine également connu sous le nom de Pont du Diable. Cet ouvrage d’art, composé de deux hautes arches en ogive n’a de remarquable que sa situation pittoresque… Au bout du pont, sur la rive gauche, restes d’un ancien moulin ».
- Les Annuaires de l’Ariège en font mention pour la première fois dans les premières années du XXème siècle en reprenant ce qu’en dit P. Baby dans son Guide-Route. Soulignons que les Annuaires sont édités depuis l’an 1832…
- Plus près de nous, dans leur livre « Découvrir l’Ariège », Max et Denise Déjean écrivent (P. 31 et 32) : « La légende s’appuie sur des éléments réels : si le pont actuel date du XIVème siècle, ses piles gardent la trace de constructions successives. L’emplacement de cet ouvrage pouvait tenter les constructeurs d’antan : les rives sont si proches qu’une seule arche devait suffire à les relier. Par contre, à cet endroit resserré, les crues atteignaient une rare violence, et il est fort possible qu’elles aient emporté le pont à plusieurs reprises. La tradition orale rapporte qu’à l’époque où la seule route reliant Foix à Tarascon passait par là, malandrins et coupe-jarrets y guettaient les voyageurs isolés, qu’ils détroussaient et jetaient par-dessus le parapet. Avec les tourbillons et les remous qui agitent les eaux, particulièrement profondes à cet endroit, on ne retrouvait leurs corps que bien en aval. »
- A. Moulis, auteur d’une multitude de livres ou articles[5] sur l’Ariège, avance ses dates (qui seront désormais devenues immuables et reprises par la plupart des auteurs) et fournit des légendes qui y sont attachées. Comme nous le verrons, il ne fait que reprendre, en le modifiant, un texte de 1933 signé J. Mandement…
Dans son introduction aux pages consacrées au Pont du Diable, A. Moulis présente le site : « Le Pont du Diable : Un vieux pont fortifié Entre Foix et Tarascon sur Ariège, un vieux pont à deux arches enjambe l’Ariège : c’est le Pont du Diable. La construction paraît en remonter au treizième siècle, époque durant laquelle cette vallée fut saccagée par les Croisés de Simon de Montfort, auxquels se joignaient bien souvent des routiers pillards désertant les armées royales. Il n’existait alors sur l’Ariège, entre les deux villes ci-dessus mentionnées, que quelques passerelles branlantes et un bac à Malpas (aujourd’hui Bompas). Le bac fut détruit par les pillards et une crue de la rivière emporta les passerelles. Le comte de Foix Roger-Bernard se trouvait ainsi à la merci d’une attaque soudaine, les seigneurs demeurant sur la rive droite du cours d’eau ne pouvant lui apporter un prompt secours. C’est alors qu’il invita Pierre de Garrabet à rétablir des passages sur la rivière. Mais le seigneur de Garrabet n’était qu’un modeste troubadour qui, comme tous ses confrères, s’en allait de château en château, la vielle ou le rebec en bandoulière, pour célébrer l’amour courtois en chantant les poèmes qu’il composait lui-même. Il avait cependant comme ami un certain Peyronnet, enlumineur de son métier, mais qui possédait quelques notions d’architecture et qui lui était dévoué sans compter. Aussi lui confia-t-il la construction d’un pont solide. C’est ce pont qui subsiste encore au lieu dit Saint-Antoine. L’ouvrage fut fortifié plus tard, au quinzième siècle, par Gaston IV, comte de Foix, et devint un pont à péage très fréquenté par les habitants des villages situés sur les deux versants de la vallée, et qui n’étaient pas ainsi obligés de faire les immenses détours par Foix et Tarascon, à une époque où l’on se déplaçait souvent à pied. La fortification établie postérieurement à la construction fut faite sur la moitié environ de la longueur du pont, contre la rive gauche de la rivière. Elle semble avoir consisté en un castelet auquel furent sans doute adjoints un moulin et une petite chapelle dédiée à saint-Antoine. Il reste encore aujourd’hui quelques vestiges bien visibles de ces fortifications notamment deux arceaux de pierre, couverts de lierre, reliant les deux parapets, ainsi que les murs extérieurs descendant jusque dans la rivière. »
Dans son livre « L’Ariège avant-guerre », il écrit en 1936 (P. 137) : « En amont de Foix, à Saint-Antoine, l’Ariège est franchie au moyen d’un vieux pont fortifié, dit du Diable qu’enveloppe une curieuse légende » en mentionnant (P. 47) : « Seuls les piétons ne pouvaient passer sur la rive droite de l’Ariège qu’en empruntant le pont du Diable et l’ancien pont de Mercus, les deux seuls qui franchissaient la rivière depuis Foix jusqu’à Tarascon. (Le nouveau pont de Mercus est maintenant accessible aux voitures). »
- En réalité, A. Moulis, considéré comme l’auteur de référence pour ce qui concerne le Pont du Diable, a sûrement repris ce qu’en disait Joseph Mandement (autre auteur d’articles qui eut son heure de gloire) et qui a écrit dès le 15 mai 1933 dans La Dépêche[6] : « Tous les touristes allant de Foix à Ax les Thermes, soit par la route nationale qui traverse Garrabet et Mercus, soit par la route de Prayols à Tarascon, ont remarqué à l’endroit le plus encaissé du cours de l’Ariège un petit pont à deux arches, surmonté des ruines d’un ancien castelet, et reliant les deux rives abruptes et raides. Fortifié par Gaston IV, sous lequel fut également achevé le vieux pont de Foix, ce pont à péage fut très fréquenté par les gens des vallées de Rabat et de Saurat ainsi que par ceux de Saint-Paul de Jarrat et Celles. Sa légende paraît remonter au XIII°, à cette époque trouble où notre malheureux pays ravagé par les croisés de Simon de Montfort, pillé par les routiers, déserteurs des armées de saint Louis, était encore menacé de l’invasion des troupes de Philippe le Hardi, roi de France... »
- Fl. Guillot, historienne médiéviste et archéologue, dans « Monographies villageoises en Sabarthes » écrit dans sa thèse : « Plusieurs phases de construction de cet ouvrage en pierre ont eu lieu ; les plus anciennes parties semblent dater du XIIIéme siècle. Fortifié (muni d’une porte en rive gauche) pendant la guerre de Cent Ans par le comte de Foix, Gaston IV, on y ajouta un moulin. Son second nom permet de supposer qu’il était doté d’une chapelle ou d’un oratoire dédié à saint Antoine. Seul pont du Moyen Age dont il subsiste des vestiges en amont de Foix, le soin apporté à sa construction démontre qu’il était un lieu de passage privilégié pour atteindre la Haute Ariège ».
- Marcel Prade, auteur du livre « Les ponts Monuments Historiques, Inventaire-description-histoire » (1988) consacre une page au Pont du Diable (P. 73). Les sources, dit-il, sont celles des Archives Départementales de l’Ariège et il est dit : « Il est difficile de dater ce pont qui dans ses parties primitives pourrait être nettement antérieur au XVIIème siècle ».
- D’autres auteurs, périodiquement, enfin, ne font que reprendre ce que d’autres en disent (en particuliers, en prenant comme source A. Moulis) sans avoir étudié la question… Le Comité Départemental du Tourisme, les Offices de Tourisme délivrent le message qu’il convient de retenir : le pont est médiéval (antérieur donc au XVème siècle), avec des datations qui diffèrent selon la source lue… En général, il est dit du XIIIème siècle, rarement du XVIIème ; mais, il a été vu, aussi, dans des annonces touristiques : du IXème siècle… et même du VIIème siècle dans un périodique! Le « Quid », quant à lui, annonçait la date du XIème, avant de la rectifier au 14ème… Divers journalistes ont, évidement, écrit sur ce pont, comme H. Benabent[7], collaborateur de l’Ariégeois spécialisé dans l’histoire, qui rappelle que « Ce pont dont la construction remonte à l’origine des temps » et pourvu « d’une salle de garde, d’une tour sur la rive gauche de la rivière ; ce devait être une construction qui devait surveiller les voyageurs, contrôler et taxer les marchandises, mais aussi empêcher les invasions de toutes sortes : étrangers, brigands… ».
- Une note dans un dossier de correspondances entre la préfecture de l’Ariège et la commune de Mercus, en 1964, nous rappelle à propos de notre pont : « Murs en maçonnerie datant du XIème siècle, couverts de lierre, reposant sur les rochers bordant l’Ariège ; en mauvais état. Ancien corps de logis de la garde du pont du Moyen-Age »[8]. Régulièrement les courriers émanant de la préfecture ou des Bâtiments de France reprennent ce leitmotiv… mais, de temps à autres, en mentionnant leur ignorance (et cela est récent !), ce qui a le mérite d’être honnête !
Les cartes ou les cadastres…
Si l’on consulte les « vieilles cartes » telle celle de Cassini du milieu du XVIIIème siècle, notre bon vieux pont n’y figure pas non plus.... Mais il faut avouer que Cassini n’y inscrit que les grandes communications… : La voie de communication (existant de nos jours) entre Mercus ou depuis Saint-Paul de Jarrat, menant à Montoulieu n’est pas mentionnée…
Quant aux cadastres anciens, comme celui dit Napoléonien, n’apparaît pour la zone concernée que la « vieille route Foix-Tarascon » qui partait non loin de l’actuel lieu-dit La Charmille (commune de Saint-Paul de Jarrat) pour rejoindre l’ancienne RN 20 (Foix-Tarascon passant par Mercus), aujourd’hui D618 (depuis la création de la 2X2 voies). Aucun chemin entre cette route et Montoulieu, et encore moins de pont… Seules des parcelles de terrains y figurent de part et autre de la rivière Ariège[9]…
A remarquer que sur la rive droite de l’Ariège, la parcelle n° 9 (où se trouve actuellement le chemin qui mène au pont) ne comporte aucune voie d’accès.
Il faut remarquer sur cette carte le chemin menant à Montoulieu qui est en pointillé : il n’est pas encore route officielle qui reliera Montoulieu à Saint-Paul de Jarrat…
Avant ces cadastres (avec plans), existe pour Montoulieu le cadastre écrit[10], c'est-à-dire sans plan, mais descriptif avec le nom du propriétaire, la situation, les voisins et la nature de la parcelle de terre- datant de 1774 : là, aussi, aucune allusion à une passerelle ou à un pont, à la moindre remarque sur une éventuelle construction (même ancienne)…
Que s’est-il donc passé entre l’élaboration de ces deux cadastres ?
Entre le Plan Napoléonien et le cadastre de 1848, les parcelles, en 1834, situées de part et autre de la rivière Ariège, nous disent des documents[11], ont pour propriétaire Jean Baptiste Thérèse Léo Lamarque, appelé couramment Léo pour sa famille et ses amis. Ce propriétaire terrien est issu de l’illustre famille de Saint-Paulet (hameau de la commune de Saint-Paul de Jarrat) : les Lamarque y sont installés depuis 1425 et bénéficiaient d’un bail emphytéotique (les seuls de la baronnie) consenti le 20 mars 1488[12] par Gaspard de Villemur après le brûlement du château de Saint-Paul par Catherine de Foix. De milieu aristocratique, de haute bourgeoisie et de petite noblesse, ils fournirent des militaires au parcours remarquable, comme celui du frère de Léo, Kostka[13] (saint-cyrien), des avocats reconnus, des religieux et des alliances[14] dignes de leur enthousiasme, comme celle avec Adolphe Garrigou aux multiples facettes (industriel, politique, chercheur, historien). Gros propriétaires terriens[15] aux influences politiques indéniables, ils figurent parmi les plus imposés du département après la Révolution[16].
Léo, en bon Lamarque, eut un parcours étonnant. Né à Pamiers, dans la maison maternelle, le 30 août 1808[17] de Jean Joseph Henri et Jacquette Brassac (mariés en 1801), il entre à l’école polytechnique[18] en 1827, puis à l’Ecole d’Application de Metz en 1829. Il s’y fait remarquer par ses engagements, son caractère « têtu d’Ariégeois », ce qui l’emmène à s’en faire renvoyer (14 avril 1831) pour avoir « persisté à faire partie de l’Association dite nationale de la Moselle, malgré les ordres réitérés, qu’il avait reçu du ministre de la guerre ». Selon son dossier militaire de Vincennes, archives de l’armée, il y est réadmis le 27 juillet 1831 avant d’être promu lieutenant en premier en 1832[19].
De retour en Ariège, Léo, avec son frère Victor et leur beau-frère Adolphe Garrigou[20], envisage de faire face à la perte de vitesse des forges dites à la catalane : ce seront les gigantesques constructions des usines métallurgiques de Saint-Antoine, novatrices à l’époque, dont la demande d’érection est envoyée le 18 mars 1836[21]. Léo, bien que souvent absent de l’Ariège, en fera les études techniques qu’il envoie à son frère Victor ou à A. Garrigou, chargés des constructions, et qu’il rédige dans ses brouillons en « patois[22] de Foix »…
Mais revenons à notre pont…
Le 12 juin 1834, Léo Lamarque, qui se dit propriétaire des terrains sur les deux rives de l’Ariège où se trouve notre actuel Pont du Diable, demande au préfet l’autorisation « d’établir sur la commune de Montoulieu au lieu-dit Saint-Antoine un moulin à farine à trois meules ; un moulin à plâtre à une meule et un pont en maçonnerie pour faire communiquer ces moulins avec la rive droite. Il n’y a pas de prise d’eau, ni de canal ; uniquement l’emploi de l’eau courante de l’Ariège »[23].
Un plan de son projet[24] est fourni où se trouveront premièrement le pont en question auquel on accèdera seulement depuis la « vieille route Foix à Tarascon » partant non loin de La Charmille[25] pour passer à Mercus et, en second, collés au bout du pont, sur la rive gauche de l’Ariège, en amont, les bâtiments (pour le moulin à farine et à plâtre). Dans le plan, sont signalés, aussi, deux fours à plâtre à quelques mètres des bâtisses.
Dès le 1er juillet 1834, des affiches (demandant avis) sont envoyées aux maires de Foix, Montoulieu et de Mercus (par le préfet A. de Monicault) qui répondent favorablement au projet[26].
Ainsi, pour la première fois, des documents font état d’un pont sur l’Ariège au lieu-dit Saint-Antoine devant relier la rive droite de la commune de Mercus à la rive gauche de la commune de Montoulieu !
On peut remarquer que le seul chemin prévu pour mener à ce pont arrive seulement de « l’ancienne route Foix à Tarascon » : il n’y a pas d’accès direct à Montoulieu à partir de la rive droite de l’Ariège. Ce choix parait évident dans la mesure où le village natal de Léo Lamarque est Saint-Paulet (commune de Saint-Paul), sur la rive droite de l’Ariège, non loin de cette ancienne route Foix à Tarascon où vont s’implanter, à quelques centaines de mètres de ce pont, les nouvelles aciéries fondées par des membres de la famille Lamarque, dont lui en tant qu’actionnaire… Quant à l’utilité de ce pont, il semble être dévolu, uniquement, à des bâtiments industriels : un moulin à farine et un moulin à plâtre (auquel sont adjoints 2 fours à plâtre).
Qu’y avait-il, auparavant, sur ces lieux ?
Comme dit auparavant, sur le cadastre écrit de 1774 concernant Montoulieu, nous n’avons aucune mention d’une quelconque construction. Sur le cadastre Napoléonien, non plus… Restait à rechercher les actes d’achat de Léo Lamarque, puisqu’il est dit qu’il est propriétaire et voir s’il était question d’une construction, et encore mieux, d’un pont existant… Les actes qui font que Léo devient propriétaire sur chacune des rives de l’Ariège ont été passés chez le notaire Graulle de Celles. Les parcelles sont bien vis-à-vis. Le premier est signé le 26 mai 1834 : le vendeur est Jean Guimard dit Gazaillo, cultivateur à Ginabat. La contenance est de 6 ares 52 ca et le prix de 60 Frs. Il concerne la pièce de terre « en remontant du bas de la rivière jusqu’en haut de la dite pièce confrontant François Pellegrin »…Il est ajouté : « attendu que la partie de terrain vendue se trouve enclavée… le vendeur s’oblige à laisser passer l’acquéreur… »
Le second acte, après l’acquisition du terrain précédent, concerne la vente de Dominique Pujol dit Jordy de Garrabet d’un pré au quartier Arrénet du dit Saint-Antoine au couchant de la rivière d’environ 60 ares au prix de 1200 Frs. Dans cet acte l’on peut lire : « Le dit Dominique Pujol dit Jordy (de Garrabet) se réserve la vie durant la faculté de passer pour son usage habituel sur le pont que l’acquéreur se propose de construire sur la rivière de l’Ariège vis-à-vis la pièce de terre vendue… »
Voilà, encore, deux actes notariés qui démontrent qu’il n’y avait pas de pont à cet endroit… et que la construction de celui-ci est à venir… La parcelle, rive gauche, sur la commune de Montoulieu est bien dite « enclavée »…
L’on peut remarquer que la demande de construction d’un pont et d’un moulin (12 juin) est pratiquement concomitante avec celle des achats de terrains qui relient les deux rives. C’est, donc, que les deux vont de pair ... Ce n’est pas parce que Léo Lamarque avait ces terrains qu’il envisage ses constructions, mais bien pour ces dernières qu’il en fait l’achat… L’idée d’une telle entreprise a, donc, été clairement réfléchie, puisque les plans sont déjà élaborés… L’on peut se poser une question : quelle idée de construire ces bâtisses de l’autre côté de la rivière Ariège, sur la rive gauche, entraînant la construction d’un pont, sous entendu pourquoi n’avoir pas fait directement son moulin rive droite ? C’est, d’abord, que dans sa tête, l’entreprise industrielle envisagée est, naturellement, tournée vers Saint-Paul, sa commune (il n’y a pas, alors, de chemin prévu pour aller vers Montoulieu…). Reste l’aspect technique… En polytechnicien[27], vu qu’il est propriétaire sur les deux rives, le constat est que la force de l’eau de la rivière se trouve bien du côté de Montoulieu : donc, c’est bien sur cette rive qu’il faut établir ces moulins: c’est, à coup sûr, un choix délibéré… D’autre part, signalons que ce moulin est prévu sans canal d’amenée comme il est de coutume, mais ainsi que dit dans la demande «uniquement l’emploi de l’eau courante de l’Ariège[28] ».
La question qui peut se poser est celle du coût que représente la construction d’un tel pont pour desservir des bâtiments ainsi conçus… Les archives et les courriers conservés dans la famille Lamarque (ou alliances) ne permettent, hélas, pas de donner des précisions sur le déroulement des constructions de l’ensemble (pont et moulin). Dans les lettres rassemblées par la famille Cénac, puis par Charles Remaury concernant le site du Pont du Diable (appellation qui n’existait pas alors…), plusieurs font références au moulin ou pont, mais uniquement sur la mise au point du mécanisme d’entraînement des meules et de la roue… Un suivi technique de l’expérimentation de cette « usine » qui connaîtra des hauts, mais surtout des bas, se fera par courrier entre Adolphe Garrigou et Léo Lamarque. Hélas, aucun texte ou plan n’a été retrouvé pour la construction du pont lui-même : ce que nous pouvons en savoir repose sur des détails techniques… Quant à sa personnalité, Léo Lamarque a démontré dans sa vie un certain enclin à la mégalomanie empreinte de curiosité, d’ingéniosité, de prospectives dans bien des domaines. Les archives familiales font état d’une multitude de ses manuscrits (dont certains ont été publié[29]) portant sur des sujets divers (« L’avenir de Toulouse », « Projet de colonisation militaire en Algérie », « Projet de modification du système d’artillerie de campagne », « Navigation de Toulouse à l’Océan », « Canal de l’Ariège », « Rendre la Saône entre Chalons et Lyon navigable par les plus basses eaux aux plus gros bateaux », « Solution de la question de la navigabilité du Rhône entre Lyon et Arles, projet détaillé, devis », etc…) dont le mot qui revient le plus souvent est celui de « projet »… pour des entreprises gigantesques… Etait-il un visionnaire ou un mégalomane naïf ? En tous cas, du haut de ses 26 ans, le polytechnicien Léo Lamarque va réaliser une entreprise matérielle qui va rester, contrairement à la plupart de ses visions et études… Quant aux moyens financiers employés, outre sa solde de militaire, Léo Lamarque pouvait compter sur les fonds familiaux qui n’en manquaient pas alors… L’on peut, aussi, penser que, techniquement, l’économie réalisée par la non construction d’une prise d’eau et d’un canal d’amenée dégage des finances qui peuvent être consacrées à la réalisation d’un pont devant la nécessité d’utiliser la force motrice des eaux de l’Ariège sur sa rive gauche à un endroit très précis. D’ailleurs, cette technique va semer le trouble dans l’esprit des fonctionnaires en charge de la demande : quelques années plus tard, ils réclameront encore les plans de la prise d’eau et du canal d’amenée… Mais, comme nous le verrons, dans l’esprit de Léo Lamarque, il s’agit, avant toute chose, d’expérimenter une technique de fonctionnement d’un moulin qu’il a imaginée pour en déposer un brevet…, justement sans canal d’amenée…, comme dit dans sa demande «uniquement l’emploi de l’eau courante de l’Ariège ».L’histoire du pont est, donc, indissociable de celle du moulin…
Quand le pont a-t-il été construit ?
Après la demande de constructions du 12 juin 1834, dans un courrier du 2 septembre à Adolphe Garrigou, Léo (qui est à Saint-Paulet) avertit qu’il doit être à Metz le 27 et qu’il va partir le 17 ou le 18 : « A cette époque mon moulin à farine sera en jeu ». C’est donc, qu’il attend une réponse. Dans cette même missive, il demande à Adolphe de prendre contact avec son cousin Sans qui connaît le général Soult pour lui donner un congé supplémentaire, ainsi : « je pourrai mettre en train : four à plâtre, four à chaux etc… », « La raison qu’on pourrait porter, c’est que je voudrai avant mon départ achever de régler ce qui regarde ma petite fortune, et terminer une usine où est placée une partie de mon argent »…
Plusieurs courriers émanant soit de maires, soit de Victor Lamarque, frère de Léo, ou le livre de Bergès dans ses « Description du département de l'Ariège» que nous apprenons, selon eux, que le pont a été construit en 1834. Cependant, une lettre de Léo depuis La Fère (Aisne) à son ami Paul Vergé de Saint-Paul, en date du 21 août 1835, semble démontrer que le pont est alors en cours de construction ou sur le point de l’être[30] : « Je pense que si tu avais fait faire le pont, tu m’aurais écrit ; dès lors, je n’espère pas en arrivant le trouver prêt : cela me contrariera un peu… ». Dans ce même courrier, Léo annonce son arrivée le 15 septembre pour un congé de trois mois. Il pense déjà à son moulin : « En passant à Toulouse, j’achèterai le rouage de fer fondu pour trois meules ; et quinze jours après, je suis sûr de les faire tourner en Bataclan…. »
Léo repart à La Fère, puis à Ham (Somme). Un courrier assidu va s’ensuivre… Il ne concerne que le mécanisme d’entraînement des meules du moulin. Adolphe Garrigou est le correspondant privilégié : Léo transmets des plans, donne des motivations techniques et le travail à effectuer par son chef de chantier, Vergé dit « Vergérou ». Au printemps 1836, il est sûr que le pont et les bâtiments du moulin sont construits. Par contre, le mécanisme d’entraînement des meules pose beaucoup de problèmes : le système n’est pas au point. Léo pense rectifier ses objectifs quant au moulin : il demande à Adolphe Garrigou de tout faire pour acheter les terrains en amont (sur les deux rives) en vue, au cas, de revenir à la technique du canal d’amenée avec des améliorations de son invention. Il en fournit déjà les explications et les plans… C’est au travers des problèmes posés par son système de roue que nous aurons quelques indications sur le pont… Le souci et la préoccupation ne sont pas, dans les courriers, cet ouvrage d’art, mais bien le fonctionnement du moulin… Dans les documents administratifs retrouvés, il faut attendre 1837 pour retrouver des traces de cette construction. Encore faut-il remarquer qu’elles émanent de la famille Lamarque et non de l’administration…
En effet, dans la demande d’autorisation de construction des aciéries de Saint-Antoine pour établir un barrage au lieu-dit « Gouffre de Saint-Antoine », se trouve un plan sur lequel figurent le pont, la route y accédant, un bâtiment en bout du pont (dit « moulin du sieur Léo Lamarque ») et deux chemins : l’un, à droite, remontant vers Montoulieu[31] ; un autre semblant accéder à des terres proches qui appartiennent, selon les matrices cadastrales, à Jacques Roussel dit Massou dont il sera question plus loin… On peut, d’abord remarquer que les plans initiaux présentés en 1834 par Léo Lamarque pour la construction du pont et de deux moulins (à farine et à plâtre) ne correspondent pas avec la réalité de ceux présentés lors de la construction des aciéries. Seul le moulin est mentionné et ce bâtiment a changé de place par rapport au plan initial… Les fours à plâtre n’y figurent pas…
Que s’est-il passé entre temps ?
Léo se trouve loin de l’Ariège puisqu’il est attaché de l’armée du Nord, direction de l’infanterie à Ham. Adolphe Garrigou et son frère, Victor Lamarque, s’occupent de ses affaires ariégeoises.
Dans une lettre à Léo, Adolphe Garrigou critique « La marche éminemment douteuse du moulin ». Léo Lamarque lui répond depuis Ham le 15 mars 1836 : « La chose est pour moi fort embarrassante : une forte colère de l’Ariège n’a pas encore éprouvé la force des nerfs de la roue unique actuellement fixée en travers de l’eau ; de là une raison d’une roue unique et plus grande… Car j’ai fait dans le temps le nivellement de l’Ariège entre le fonds de Mr Claverie et le moulin[32] ». S’ensuivent, comme à d’habitude des considérations techniques. «Je dois être un peu réfractaire à l’idée de mettre une nouvelle roue suivant le système de celle employée sur un bateau flottant et sur un fleuve large. Ce procédé serait excellent, mais l’Ariège est torrent furieux et même infernal sous le pont du moulin ; je suis donc d’avis avant de commencer autre chose sur les poutres transversales d’attendre l’effet d’une forte crue, avec d’autant plus de raison que mon but est de mettre l’autre roue du plan que je t’ai envoyé ».
Les déboires techniques ne s’arrêtent pas là… Dans une lettre, en date du 6 mai 1836, à Adolphe Garrigou qui lui disait : « La roue (du moulin) est fracassée par la fureur de l’Ariège », Léo en tire la conclusion : « la roue ne doit pas être fixe mais flottante[33] à la surface de l’eau », en ajoutant : « Je demandais l’épreuve, elle est arrivée, elle a été fatale. Dans ce cas, il s’agit d’être mieux trempée que madame la roue et de ne pas trop se laisser moleter par cet accident ». « Néanmoins, il est temps de mettre un terme à une entreprise que mon état ne m’a pas permis d’achever ; Je ne regarde nullement le capital comme jeté à l’eau ; l’essai que personne n’avait encore tenté de faire marcher pareille roue en travers de l’eau a échoué, mais il a en partie réussi. Il est évident qu’il ne la faut pas laisser exposée au centre du torrent, mais en la rendant pareille à ce qu’elle serait sur un moulin flottant, c'est-à-dire en la tenant toujours à la surface supérieure de l’eau et pouvant au besoin la mettre totalement hors d’eau, on enlèverait à l’essai la partie défectueuse»…
Léo va donc abandonner son expérimentation et se consacrer, dès lors, aux constructions des usines métallurgiques de Saint-Antoine, fondées et dirigées par Adolphe Garrigou et Victor Lamarque… C’est ainsi qu’un accord est intervenu pour la réalisation du barrage de Saint-Antoine et rappelé par l’arrêt du préfet du 17 février 1838[34] : « Sous seing privé en date du 12 janvier 1837 par lequel Léo Lamarque[35], officier d’artillerie, propriétaire d’un moulin situé sur l’Ariège, dans la commune de Montoulieu au quartier dit Saint Antoine déclare ne pas s’opposer en aucune manière à la construction d’un barrage quelqu’il puisse être fait sur l’Ariège en aval au dit moulin à la Société anonyme dite des Usines de St Antoine et quels que soient d’ailleurs les dommages et empêchements causés par ce barrage au dit moulin » Ce sous-seing privé montre les priorités de Léo : l’avenir du moulin semble lui importer peu au regard de l’utilité du barrage pour les usines dont il devient actionnaire en apportant le pont et le moulin dont il était propriétaire[36]…
Une confirmation de l’état des constructions de ce qui deviendra « le Pont du Diable » nous vient du maire Denjean (de Montoulieu) qui, dans un courrier à l’ingénieur du département, écrit en 1851: « Usines que le sieur Léo Lamarque fit construire dans la commune en 1834. Le moulin à farine a été construit mais il n’a jamais été en activité. Le pont a été construit et non le moulin à plâtre ». Quelques précisions sur le statut du pont à cette époque (et, donc, de la route y accédant) sont apportées, outre celle figurant dans l’acte d’achat de la parcelle coté Mercus où l’acquéreur s’engage à laisser passer le vendeur sur le pont qui doit s’y construire, dans une lettre du 15 mars 1836 de Léo à Adolphe Garrigou: « L’objet de tous les efforts doit être l’acquisition des propriétés… plus quelques concessions riveraines à arracher au plus fin renard de tous, à Roussel[37]. On pourrait allécher ce dernier en lui donnant le passage sur le pont pour le service de son moulin entre le soleil levant et le soleil couchant ». Cette missive montre bien que le pont a bien été conçu pour un usage privé et qu’il ne rentre pas dans la nomenclature des voies de communications. L’on peut, aussi, en déduire que ce courrier est à l’origine de la future route entre les communes de Saint-Paul de Jarrat ou Mercus et Montoulieu… Léo se rapproche de Saint-Paul quand il est détaché aux Forges du Midi à Toulouse en 1839, puis partira à la manufacture d’armes de Tulle (1840), et enfin à la manufacture d’armes de Lyon en 1841 avec le grade de capitaine en premier. Ces activités vont aider les usines Saint-Antoine à avoir des contrats et à faire, à Saint-Paul, des expérimentations sur la qualité des métaux pour l’armée… Mais, il semble que son moulin construit, accolé à ce pont datant de 1835, ne l’intéresse plus… en tant que tel. Dans le cadastre de 1848, il n’est question que de « maison et pont Saint-Antoine »
Léo mort[38], ce bâtiment et le pont tombent dans une succession difficile, d’autant plus que des problèmes financiers (personnels, du côté de Victor Lamarque, d’une part, et des usines Saint-Antoine d’autre part) vont amener la famille à une situation de faillite[39]. Le moulin et le pont deviendront le N° 675, section A, avec l’appellation de « Le Pont » (nouveau lieu-dit créé depuis son existence) du cadastre de 1848 de Montoulieu. Cette parcelle aura comme propriétaires, Victor Lamarque[40], puis Touja[41] Alphonse de Varilhes, avant de changer, encore, plusieurs fois de propriétaires[42]. Dans les matrices qui s’actualiseront ensuite, l’on trouve une précision pour le N° 675, à la ligne où est mentionnée la « maison »: « démolie en 1865 ; mutation en 1871[43] ». A noter que dans la matrice de 1882[44] des propriétés bâties, il n’y a pas d’allusions à ces bâtisses, alors qu’elles y figuraient lorsque Mr Touja en était propriétaire (F° 296) pour un revenu de 20 000 frs… Etc… Rapidement le moulin tombera en ruines…
Le pont en 1836
L’existence même du Pont du Diable, anciennement Pont Saint-Antoine, est liée à la construction d’un moulin qui lui est accolé, et non à la liaison entre Montoulieu et la rive droite de l’Ariège. C’est aussi ce bâtiment qui donne toute l’originalité à ce pont et en a assuré sa pérennité… Cette bâtisse qualifiée de corps de garde, d’octroi, de bureau de péage ou autres destinations n’est donc qu’un moulin. Sachant cela, la question qui se posait était: comment marchait-il ? Pour tenter de le comprendre, nous avons un croquis que Léo Lamarque a envoyé à Adolphe Garrigou en 1836.
Dans le plan initial était prévu trois meules… La correspondance de Léo à Adolphe Garrigou dit bien que le moulin n’en comporte que deux…
Ce croquis montre bien qu’il y a trois niveaux, ainsi que le présente une photo de la fin du XIXème ou début XXème et que l’on peut deviner de nos jours. La question du fonctionnement du mécanisme et du positionnement des meules restait sans réponse lorsque l’on connaît l’agencement du bâtiment. Nous avons là une explication : il porte sur les trois niveaux… Une explication supplémentaire convient d’être apportée : si l’on visite avec attention le rez-de-chaussée du moulin en amont, la petite salle en bordure de l’Ariège finissant presqu’en pointe comporte les traces d’une fenêtre au ras du sol qui a été fermée. Par cet orifice, il semble qu’un arbre en balancier supportait la roue, qui lui-même était relié à des poutres fixées entre la culée gauche et la pile centrale du pont qui lui permettait d’être mobile (balancier extérieur et intérieur). Il faut remarquer que cette ouverture se trouve être au même niveau que la partie supérieure de la pseudo-arche qui a été conçue pour son hydrodynamisme servant à protéger au maximum le pilier. Quant au mécanisme d’entraînement des meules lui-même, les courriers en notre possession ne permettent pas de le comprendre : il n’y a pas d’allusions précises. Il semble qu’il ne posait pas de problèmes. Seule la roue l’entraînant pose souci face à la vitesse du courant… Sans rentrer dans les détails techniques dont les lettres de Léo regorgent, sa préoccupation était bien d’innover dans une roue hydraulique de sa conception… « Mon intention n’est pas et n’a jamais été de le laisser dans ce système ; je veux seulement qu’il marche un peu ainsi, pour fonder une demande de brevet qu’on m’a fortement conseillé de prendre. Je vais tout préparer pour cela ».
Parmi ses écrits à Ad. Garrigou, où il est question essentiellement de nombre de chevaux escomptés, force motrice, mètres cube d’eau, vitesse d’eau, diamètre de la roue, etc… quelques phrases fournissent des détails: « Mon intention est de placer le plus tôt qu’il me sera permis la roue unique, comme dans le plan que je t’ai envoyé dernièrement, car avec pareille roue tout mouvement peut-être parfaitement réglé ; et de plus ce serait une force capable d’agir pendant toute l’année, moins une quinzaine de jours de fortes eaux et de faire tourner non seulement deux meules mais dix meules ou l’équivalent en autre machine. Car j’ai fait dans le temps le nivellement de l’Ariège entre le fonds de Mr Claverie et le moulin. Il y a à peu près trois mètres de chute. Sacrifiant un mètre pour les variations ordinaires de l’Ariège, il resterait une chute de deux mètres à pouvoir utiliser en tous temps. Or le mètre cube d’eau avec cette chute représente une force de 2 mille (kilogramme-mètre) ou de 26 chevaux qui représentent 8 meules de moulin… » « Je sais que cette seconde roue ferait deux fois l’effet de la première ; car elle serait toute employée à tourner les meules, puisque le mécanisme est mis en mouvement par celle-ci. Il y a encore un moyen d’octupler leur force, c’est de doubler la vitesse de l’eau sous le pont. Le moyen possible envers et contre tous, c’est de mettre deux arbres superposés en travers de l’eau, sous son niveau ordinaire, à 5 pas au dessus des poutres transversales, là où je suis encore maître des deux rives. Je le montrerai à François, du côté de Montoulieu, le bout des poutres serait maintenu par une entaille en roche vive ; de notre côté par une grosse pierre, qui est dans l’eau » ; « Si le mécanisme, ou poutre plutôt, qui descend le long du pilier souffrait des hautes eaux, je sais un moyen simple d’y remédier ». « .. Vergérou m’a écrit il y a plusieurs jours ; il m’annonçait le sinistre arrivé à mon moulin ; cela ne m’a pas beaucoup étonné ; il fallait être plus raide que le fer pour pouvoir résister à la fureur de l’Ariège au moment où elle passe sous le pont du moulin. Il est fort probable que quelque corps de densité égale à celle de l’eau, comme une poutre de chêne, par exemple, aura rencontré la roue et l’aura fracassée du choc. Malgré toute la confiance que la contexture de fer de la roue inspirât à beaucoup de monde, je demandai toujours l’épreuve pour juger. Elle est arrivée ; elle a été fatale » « Je te recommande de dire à François de réparer immédiatement le pilier du côté du moulin et de renforcer en arrière par précaution extrême, ainsi que je lui montrai dans le temps. Employer la chaux vive et le sable gros et pur. Prendre la chaux à Nalzen ; il ne vaut pas la peine d’en faire un four pour cela. Je tiens beaucoup à ce que cela soit fait durant le mois d’avril. Après l’équinoxe on peut se mettre à bâtir sans risque. Il est malheureux que je sois forcé d’être absent pendant le mois de travail ; mais pas de moyen : tu me remplaceras…» « Au lieu du gros balancier intérieur et du balancier extérieur, qui absorbaient une partie de la force, je n’aurai que deux chaînes formées de 4 ou 5 rondins de fer ajoutés à anneaux, bout à bout, de sorte que la roue ayant non pas 32 fois, mais seulement cinq fois la force qu’avait l’autre pourra faire marcher 3 meules. Les conditions à remplir seront de pouvoir régler la roue et l’enlever au-dessus du danger du courant, d’exiger peu de surveillance et d’être arrêtée à volonté, de marcher par les plus basses eaux et de marcher encore par les crues de 2 ou 3 mètres. Toutes ces conditions seront remplies par la roue qui remplacera la défunte ».
Sur la méthode des constructions: « N’emploie pour les maçonneries que l’eau doit toucher d’autre mortier que du mortier hydraulique soigneusement fait. Assure toi avant de mettre la main à un travail que les matériaux nécessaires sont assemblés ou que leur arrivée ne souffrira point de retard. N’asseoir une maçonnerie sur la roche qu’autant que celle-ci sera aplanie ou disposée en échelons plans ; renonce à ces brochettes de fer qu’une rouille incessante doit finir par corroder » ; « Prends tes dispositions et augmente au besoin la dépense… »
Donc, avant d’envisager, si son projet technique échoue, de construire un canal d’amenée (d’où son intention d’acheter des terrains en amont : ce qui ne se fera pas…) avec un barrage en amont, il aura fait deux tentatives de réalisation au Pont Saint-Antoine, mais sans succès… Quelques temps avant d’arrêter son expérience, Léo écrivait : « On me dirait que tout est emporté que cela ne m’effleurerait pas, attendu que le raisonnement et l’expérience m’ont appris qu’il convient d’être impassible à tout événement qui ne touche pas toutefois aux sentiments, à l’âme… » « Je sais que nombre de gens croient que j’ai fait une fort mauvaise affaire : cela m’inquiète peu. Il faut seulement du temps et de la patience pour démontrer évidemment le contraire ».
Le devenir du moulin…
La bâtisse en tant que moulin n’a donc jamais fonctionné… Devenu annexe des usines Saint-Antoine, tombé dans les affres d’une faillite et d’une succession difficile, faisant partie des ventes successives des usines[45], le bâtiment va tomber en ruines. Il appartient, maintenant, à EDF… Cet ancien moulin n’a pas été spécialement l’objet d’attention des pouvoir publics jusqu’à ces dernières années. L’aspect pratique du pont reliant les communes a été privilégié sur l’esthétique… et sur ces bâtiments. Pourtant, c’est bien l’ensemble et en particuliers cette bâtisse qui confère à ce site cette originalité que l’on ne retrouve pas ailleurs…
La route du pont après sa construction
Retracer l’historique de cette voie de communication est essentiel pour comprendre le devenir de ce Pont Saint-Antoine… Sans elle, cet ouvrage n’existerait peut-être plus de nos jours. Essentiel pour relier les deux rives, sans une utilité et, donc, sans réparations, que serait-il devenu ? Sans la bâtisse qui se trouve à cheval sur son extrémité qui donne son cachet au site, qu’elle notoriété ? Quel statut aurait-il aujourd’hui ? Le pont et le moulin construits, ils passent dès 1837 dans les biens de la Compagnie des Usines Saint-Antoine. Or, l’ancienne route royale N° 20 a été abandonnée au profit du nouveau tracé passant au-dessus d’elle pour éviter « deux pentes raides ». S’ensuivent des usurpations : les riverains de cette ancienne route agrandissent leurs terrains en empiétant sur cette voie. A. Garrigou, directeur des usines, écrit au préfet[46] pour demander de remettre cette route en état pour les besoins de son entreprise « soit qu’on vienne de Tarascon ou de Foix à ladite usine »… « Cette route bien qu’appartenant à l’Etat a été tellement réduite dans sa largeur, autrefois de 10 mètres, qu’il reste à peine aujourd’hui à certains endroits la place nécessaire pour une simple charrette ».. Si l’Etat ne voulait pas y remédier, A. Garrigou propose de la racheter[47] . Il va s’ensuivre un chantage de la part de l’administration qui va durer des années : « La conservation de la partie de cette route paraît être d’une haute importance pour les communes situées sur la rive gauche de l’Ariège depuis la construction du pont établi sur la rivière par Léo Lamarque… L’administration pourrait en déclarer la vicinalité si toutefois les propriétaires des usines de Saint-Antoine consentaient à ce que le pont construit sur l’Ariège par Mr Léo Lamarque et qui est maintenant leur propriété fut considéré comme une dépendance de ce chemin[48] » ; « Faites cadeau au public de ce pont et de la partie d’habitation que ce pont traverse… », etc… La réponse de Garrigou est « Le sacrifice serait donc immense de notre part… » Le 8 décembre 1839, le préfet de Bantel propose encore de déclarer cette ancienne route en chemin vicinal de la vallée de Montoulieu à Saint-Paul en rappelant que « ce chemin qui sort à Prayols ne sera probablement jamais qu’une voie muletière ; Quel roulage pourrait d’ailleurs venir d’une vallée aussi rétrécie ? Ce transport ne peut porter aucun dommage au pont et à la maison qui est une dépendance de ce pont. Mais elle est disposée de telle sorte que le passage du pont peut être au public sans aucune espèce d’amoindrissement pour la maison dont il s’agit ». Puis : « Ce n’est pas un abandon pur et simple que l’on réclame de vous en compensation, mais une simple servitude, un droit de passage sur un pont indispensable pour le service vicinal à établir sur les deux rives de l’Ariège… En échange, une communication d’une viabilité parfaite et de plus une ligne vicinale qui vous permettrait d’exporter facilement vos produits... » Garrigou propose un droit de péage… Le préfet lui répond : « Quant au droit de péage que vous réclamez pour prix de votre concession, l’exercice de ce droit serait bien difficile pour ne pas dire impossible ». Rapidement, le chemin qui s’est instauré peu à peu entre les chemins existants de la commune de Montoulieu jusqu’au pont pour desservir les parcelles de terrain en contrebas de la rive de Ginabat (commune de Montoulieu), va attirer l’intérêt des habitants des communes de Montoulieu, de Mercus et de Saint-Paul de Jarrat, puis des communes limitrophes. La loi du 24 mai 1842 sur les routes royales abandonnées va relancer encore l’affaire… sans succès… Enfin, profitant des problèmes financiers et des procédures en cours concernant les usines Saint-Antoine, le 1er décembre 1851, un arrêt préfectoral classe le chemin de Montoulieu à St Paul au nombre des chemins ruraux d’intérêt commun sous le n° 23 : « Pour la partie qui traverse le territoire de Mercus entre la limite de Montoulieu et la limite de St Paul (839 m 80) ; Partie de Montoulieu entre le chemin de moyenne communication n° 2 (Foix-Saurat) et la limite de Mercus : 803 m »[49]. En clair, le chemin avec le pont… (La limite entre Montoulieu et Mercus est le milieu de la rivière Ariège). Le classement de cette nouvelle voie engendre, évidement, des problèmes de gestion de celle-ci, autant de répartition financière que d’expropriations ou d’achat de terrains pour l’officialiser (car l’on emprunte des propriétés privées…).
Ainsi, l’on peut lire sur les registres de Montoulieu (du conseil municipal extraordinaire du 7 mars 1852) : « Avis du conseil municipal sur le projet de classement d’un chemin vicinal à moyenne communication de Montoulieu à Saint-Paul » : « L’utilité de cette ligne n’est pas contestée par le CM, mais il est demandé que la part des ressources affectées à la petite vicinalité ne doit pas amoindrir par suite de l’établissement de cette nouvelle ligne, car la commune fournit déjà à la moyenne vicinalité la moitié de ses ressources, ce qui fait que le service d’intérêt local reste en souffrance » Dans la séance du 7 mars 1852, le maire de Mercus, Louis Subra, tout en approuvant le projet[50] fait délibérer au sujet des frais: « Montoulieu doit être classé au 1er degré » Conseil Municipal de St Paul du 7 novembre 1852[51] (maire : Victor Lamarque depuis le 19 juillet 1852 jusqu’à nov. 1855 et frère de Léo Lamarque) : « Constatant qu’il est important d’ouvrir une communication directe entre St Paul et les communes situées sur la rive gauche de l’Ariège ; que l’attention du Conseil a été appelée sur ce pont par une lettre de Mr le préfet ; que cette nouvelle voie de communication aura pour objet de faciliter une plus grande fréquentation des foires de St Paul et l’échange de divers produits du sol et de l’industrie qui ne peuvent actuellement arriver commodément qu’en faisant un circuit de plusieurs km, ce qui est nuisible au commerce, Délibère à l’unanimité… de classer le chemin de St Paul au chemin de moyenne communication de Foix à Saurat sur le territoire de Montoulieu sur la réserve expresse que les habitants de la commune de St Paul ne seraient appelés à faire leurs journées de prestations que sur le territoire de leur commune ». On peut penser que Victor Lamarque dans cette séance du Conseil Municipal de Saint-Paul utilise ses deux casquettes : celle de maire de Saint-Paul qui voit un intérêt pour sa commune, mais, aussi, celle du responsable de la gérance et principal actionnaire des usines Saint-Antoine (propriétaire du pont et de la route y conduisant) alors en situation difficile proche de la faillite… Enfin, le 12 janvier 1853, le préfet déclare chemin de moyenne communication le chemin vicinal de Montoulieu à St Paul (vues les délibérations prises par les conseils municipaux des communes de Prayols, Montoulieu, St Paul et Mercus ; et vu les rapports de l’agent voyer de l’arrondissement de Foix en date des 12 et 26octobre 1852) : « Considérant que les 2 chemins vicinaux de Montoulieu à Saint-Paul par le pont de St Antoine tombent de plein droit sur le régime de l’article 6 de la loi du 21 mai 1836[52], qu’il y a lieu conséquemment à les déclarer de moyenne communication pour les faire participer aux avantages que les règles assurent aux lignes vicinales de cette catégorie… sous le n° 23 le chemin vicinal de Montoulieu à St Paul. Il sera procédé à l’étude de la direction et du tracé ». Cessions, acquisitions ou expropriations vont durer quelques années (jusqu’au PV du CM de Montoulieu du 18 avril 1867).
Où l’on reparle du pont…
Cependant, une question est soulevée par la mairie de Saint-Paul (Président Maire : Pierre Fournié) au cours du Conseil Municipal du 10 mai 1857 : « Demande de déclarer déclassé le chemin vicinal de St Paul à Montoulieu jusqu’à ce que l’administration ait obtenu des héritiers Lamarque la concession du pont établi sur l’Ariège qui doit relier les parties de ce chemin. Une grande partie des journées et des centimes vicinaux sont absorbés chaque année pour être affectée à ce chemin dont l’utilité est d’autant plus douteuse que les deux communes ne pourront jamais établir un pont si l’on ne peut obtenir la concession de passage sur celui des héritiers Lamarque. Délibère que le chemin de St Paul à Montoulieu soit déclassé jusqu’à ce que l’administration ait obtenu la concession de passage sur ce pont établi sur l’Ariège par les héritiers sans laquelle le dit chemin devient inutile » La décision préfectorale reste en vigueur : le chemin entre Montoulieu et Saint-Paul est reconnu comme tel, le statut du pont attendra… Cependant, juridiquement, le pont appartient toujours aux Lamarque d’autant plus que les procédures de liquidation sont toujours en cours... et dureront encore plusieurs années. Cependant, dans une délibération municipale de la commune de Saint-Paul de Jarrat en date du 28 février 1864, l’on peut lire : « Mr Becq, liquidateur des usines Saint-Antoine, abandonne à perpétuité aux communes de Saint-Paul et Montoulieu le Pont dit de Saint-Antoine, sur le chemin de moyenne communication N° 23 de Saint-Paul à Montoulieu moyennant d’entretenir à leurs frais le chemin».
Le pont est utilisé ; le chemin aussi… En effet, les usines, malgré leurs difficultés vont continuer à fonctionner avant d’être rachetées par la Société Métallurgique de l’Ariège (de Pamiers) en 1871 avec ses immeubles, et donc, aussi, avec le pont et l’ancien moulin. Ces usines emploient beaucoup de main d’œuvre venant des deux bords de l’Ariège et cette voie de communication est largement fréquentée, de plus, pour les foires et les échanges industriels et commerciaux. La commune de Mercus ayant décidé le 23 mai 1867 « de ne pas admettre au classement (des chemins vicinaux appartenant à la commune) le chemin dit de St Antoine qui tend vers St Paul[53] », le problème de cette voie restera, dorénavant, celui des municipalités de Montoulieu et de Saint-Paul… Rapidement, le problème du tracé va se poser pour des raisons de sécurité… d’où un projet de rectification « de manière à faire disparaître la descente dite de Saint Antoine qui présente des dangers pour la circulation ». Une enquête est faite… L’on peut lire dans une délibération du CM de Prayols : « Ce chemin est d’une utilité incontestable aux habitants des 3 communes de Montoulieu, Prayols et Ferrières qui ne peuvent passer que par le pont de St Antoine pour aller à St Paul ou à Tarascon. S’ils voyagent autrement qu’à pied, ils sont obligés de passer par Foix, ce qui allonge leur route de 10 à 15 km pour se rendre à l’embranche de St Antoine. Il se fait dans les dites communes un grand commerce d’exportation de bois de chauffage et d’outillage : elles sont très intéressées à être rapprochées de la gare de St Paul » Le conseil municipal de Montoulieu déclare en 1873 : « Que l’administration prenne les mesures nécessaires pour que ces travaux soient mis à exécution au plus tôt » ; « Il faut que tous les frais de cette rectification du chemin de Ginabat à Saint-Antoine soient supportés par le département »… Le Conseil Municipal de Montoulieu, le 22 juin 1879 apporte des précisions : « Quand on se figure en effet que la côte à adoucir à ce point est presque à pic, que par cette route malaisée montent et descendent néanmoins des charrettes ou des voitures tant des communes environnantes que celles de la Barguillère et même du canton de la Bastide de Sérou pour se rendre aux foires de la Haute Ariège en rejoignant la route nationale n° 20 et que d’un côté de la rampe non pourvu de garde fou, on aperçoit d’une hauteur d’environ 100 m un précipice affreux au fond duquel coulent en flots mugissants (souligné en rouge) les eaux de l’Ariège, on est forcé de reconnaître la légitimité des vœux ». Le Conseil Municipal demande de refaire une nouvelle étude « purement économique »…
L’avènement du chemin de fer a été, aussi, un argument pour la pérennité de ce chemin, et donc, pour le pont qui permet la jonction…, avant que la commune de Mercus ne joue sa carte propre… Après l’arrivée du train à Foix en 1862, la ligne se prolongera, et une station est prévue à Garrabet et sera construite à l’intersection de l’ancienne route Foix-Tarascon et de la RN20 que l’on pourra atteindre depuis Ginabat… en passant par ce pont construit en 1834 et toujours appelé « Pont de Saint-Antoine »… Le conseil municipal de Montoulieu (maire : Marrot), réuni le 4 novembre 1870, déclare : « Considérant que le nouveau chemin se trouvera dans une situation et un aspect convenables et que d’un autre côté, comme il joindra la voie ferrée de Foix à Tarascon, il est indispensable pour les habitants de Montoulieu, est d’avis que ce projet soit approuvé et reçoive son exécution »
Rapport du préfet à la commission départementale, séance du 14 septembre 1880 : « Les communes de Montoulieu et de Prayols ont demandé la rectification du chemin d’intérêt commun n° 23 dans la partie comprise entre le plateau de Ginabat et le pont de St Antoine, territoire de la commune de Montoulieu. L’ancien chemin, dans la partie signalée, se trouve à l’état de sentier et ne saurait être maintenu sans danger à cause de la déclivité du terrain vers la rivière de l’Ariège ». Le 16 novembre 1883 voit l’adjudication des travaux à Lucien Joulé, entrepreneur à Montgailhard pour la « Construction du chemin entre Ginabat et le pont St Antoine sur une longueur de 800m ». Les travaux sont enfin réalisés…
Encore des problèmes pour ce chemin…
Après un raccordement de ce chemin à celui de Foix-Saurat (1880), le conseil municipal de Montoulieu demande, le 28 juin 1891, le déclassement de cette voie N°23… Le même jour, le Conseil Municipal de Saint-Paul délibère de même : « Que le chemin de St Paul à Montoulieu ne soit plus compris dans le réseau des chemins communs, mais qu’il soit classé dans les chemins de petite vicinalité », ce qui représenterait une économie de 300 frs d’entretien… pour la « partie comprise entre le pont de Léo[54] (sic) et la route nationale n° 20 ». Le 2 août 1891, le Conseil Général de l’Ariège acquiesce. Le « chemin d’intérêt commun n° 23 » devient réseau vicinal ordinaire pour les parties situées sur le territoire des communes de Montoulieu et de St Paul ; et dans la catégorie chemins ruraux pour l’embranchement compris sur Mercus. Une note du maire de Mercus explique le choix : « Il desservait autrefois les usines St Antoine, mais ces usines chôment depuis longtemps et il est peu probable que le travail reprenne jamais. Actuellement la circulation sur cette ligne est absolument nulle et il n’y a aucune raison pour la maintenir dans le réseau des chemins d’intérêt commun » En réalité le maire de Mercus a un autre intérêt…: le pont sur l’Ariège à la hauteur de son bourg reliant Mercus à Amplaing et Arignac qui ferait du chef lieu de sa commune un centre de convergence… Ce projet avait été décidé en Conseil municipal le 10 août 1862[55] en même temps qu’une demande de gare pour « les plâtres d’Arnave, de Bompas et d’Arignac ». Entre temps, la commune avait délibéré de ne pas admettre au classement des chemins vicinaux le chemin dit de Saint-Antoine et demande une somme exorbitante à l’offre d’achat de la Compagnie des Chemins de Fer du Midi pour un terrain afin de construire une halte prévue non loin du pont Saint-Antoine, au croisement de l’ancienne route Foix à Tarascon et la route nationale n° 20… Néanmoins, après les pressions des communes de Montoulieu et de Prayols, cette halte pour voyageurs va pouvoir se construire…
Travaux de 1889-1890
Un reliquat de 818 Frs 16 centimes après les travaux de rectifications du chemin Montoulieu à Saint-Paul va être consacré à la restauration du pont avec un projet « d’empierrement du pont de Saint-Antoine et ses abords sur 80m » (26 février 1886). Le 16 septembre 1889, un devis par les agents voyers est signé : « Amélioration de 3 lacets et rejointoiement du pont du Diable[56] ». L’adjudicataire est toujours l’entreprise Joulé de Montgailhard. Dans le détail du devis sont prévus les travaux suivants : - Remplissage avec menus matériaux et mortier de chaux hydraulique du Teil des voûtes de la route et de la pile : Pile, côté aval ; Tympans ; Douelle de la 1ère voûte (vides a, b, c, d, e), côté Montoulieu ; Douelle de la 2ème voûte (vides f, g, h, i, j), côté St Paul - Rejointoiement du pont avec mortier à chaux hydraulique au mètre superficiel : Douelles des deux voûtes ; culées côtés Montoulieu et Mercus ; piles parement coté Montoulieu et Mercus… L’on remarquera que seuls le pont et les abords sont concernés par ces travaux. Il n’est jamais fait allusion à la bâtisse qui y est accolée… C’est donc l’aspect pratique de la voie de communication qui est envisagé (et cela sera clairement dit et spécifié dans les travaux postérieurs, jusqu’à la fin du XXème siècle : l’aspect esthétique n’est pas l’objet des projets, et l’ancien moulin persistera à n’être qu’une ruine…).
Les travaux qui se réalisent au Pont du Diable vont le faire connaître. Léon Gadrat (1846-1906), éditeur et l’un des tous premiers photographes de l’Ariège, habite Foix. Sa mère est originaire de Saint-Paulet, village de Léo Lamarque… C’est à lui que l’on doit le premier cliché de ce fameux pont pittoresque… D’autres suivront…
En ce début du XXème siècle, le Pont du Diable, appelé Pont Saint-Antoine, n’est qu’un ouvrage permettant la circulation entre deux rives. Il faudra attendre 1914 pour qu’une légende lui soit rattachée et publiée dans un journal : « L’Ariège Pittoresque », agrémentée d’une photo où l’on voit déjà l’étage supérieur en partie disparu… :
A partir de cette date, la notoriété du pont va s’accroître, à l’image de l’Annuaire de l’Ariège qui jusqu’alors ne faisait que reprendre, dans la rubrique consacrée à Montoulieu, une phrase de Paul Baby (« Ce pont autrefois fortifié et composé de deux hautes arches en ogive, n’a de remarquable que sa situation pittoresque… »), va, cette fois, dans sa monographie de Saint-Paul, y mentionner son « site pittoresque et la curieuse légende qui y est rattachée » (et cela jusqu’à la fin de sa parution en 1939…). Les photographes Gadrat, Labouche, Gaussens vont diffuser les cartes postales du « Pont Saint-Antoine », puis du « Pont Saint-Antoine de Saint-Paul dit Pont du Diable » en même temps que de nombreuses vues des usines du même nom (papeteries…). Un article de Joseph Mandement dans La Dépêche du Midi de 1933 va conforter la notoriété.
Arrive la seconde guerre mondiale… L’architecte des Monuments Historiques, Mr Bonis, va s’inquiéter de la forte demande en constructions de barrages. Il craint que le site n’intéresse les entreprises. Il demande et obtient le classement du Pont du Diable et de ses abords en 1942[57]. Dans sa demande de classement, il exprime déjà des besoins en travaux: « Il apparaît urgent de réaliser certains travaux de consolidation des encorbellements des tours, situées de part et autre à l’aplomb de la culée gauche. Un débroussaillage important et un rejointoiement général avec des rempochements de pierres seraient à envisager. De même, la protection des couronnements de murs par des glacis en ciment, achèverait le travail de conservation de cette ruine ». Deux photos dans le dossier de Mr Bonis sont présentes :
Travaux de 1946-1947 La demande de Mr Bonis ne restera pas lettre morte après la Libération… Le 30 octobre 1945, le Ministre de l’Education Nationale (en charge du dossier) dans une lettre au préfet estime le coût des travaux à 123 000 Fr. Le directeur de l’Architecture se dit prêt à participer « dans une large mesure à la dépense », mais estime vu l’intérêt touristique « qu’il conviendrait qu’une partie des frais soit prise en charge par le département et la commune (de Mercus-Garrabet, propriétaire du site selon l’arrêt de 1942… !) sur le budget des chemins vicinaux ». Le 30 Novembre, une lettre tente de mettre les réalités au point : il s’agit encore là de la répartition, somme toute bizarre, de la propriété de chacune des communes concernant ce pont et les chemins y accédant. Sont donc concernées les communes de Montoulieu et de Mercus où se situe le pont et Montoulieu propriétaire du chemin ordinaire n° 4 ainsi que Mercus pour le chemin vicinal ordinaire n° 9 … dont l’entretien est à la charge de Saint-Paul de Jarrat… Un compromis par l’ingénieur des TP s’établit ainsi pour la répartition des travaux: 1) Pour Montoulieu : 1ère arche (rive gauche) : Rejointoiement en trois points différents 2ème arche : arête côté amont à rejointoyer Montant des travaux : « de l’ordre de 1000 Frs » 2) Saint-Paul : Pour « ce qui concerne la partie du pont à sa charge »… L’ingénieur ajoute : « La 3ème arche qui se trouve à l’axe de la rivière et qui forme la limite des communes, est en bon état »
Les travaux sont exécutés par l’entreprise Clergue à Foix, spécialisée dans les monuments historiques pour le compte des Beaux-Arts. La facture envoyée le 10 juin 1946 porte sur les « Travaux urgents de grosses réparations d’un encorbellement exécutés pendant le 1er trimestre 1946 » consistant en « Percement de trous au poinçon et au marteau pour le passage des pièces maîtresses de l’échafaudage sur pierre n° 4 ; Etayage et calage divers des parties voûtées en contrebas du pont ; Calage avec précaution de la partie en ruines en encorbellement et sur linteau ; Maçonnerie de moellons de petit appareil de la voûte… »
Séance du Conseil Général du 28 juin 1946 : Une subvention de 10000F est accordée pour les réparations du Pont du Diable. Le 18 décembre 1946, l’ingénieur des PT de Tarascon rédige son rapport et signale que des travaux (outre ceux qui viennent d’être effectués) « restent à exécuter consistant en consolidation de voûtes et ont pour but la sécurité de la circulation et non l’esthétique de l’ouvrage ». « Les constations par les Services de l’Inspection des Monuments Historiques ont trait à des déformations du bandeau des 2 premières arches sur la rive gauche. En effet, ces arches montrent un déplacement du bandeau sur l’épaisseur des voussoirs et si une aggravation de ces déformations risque de compromettre l’équilibre du mur de tête et du parapet, elle ne paraît pas devoir compromettre la solidité des voûtes et l’équilibre même de l’ouvrage. Dans la partie du pont qui se trouve sur la rive droite et par conséquent à la charge de la commune de Saint-Paul de Jarrat, aucune dégradation n’a été relevée qui mérite d’être prise en considération. Ni la voûte centrale ou arche principale au-dessus du cours d’eau, ni la petite arche sur le talus de la rive droite ne présentent de nécessité de consolidation. Seulement une zone de 3m2 environ du mur de tête et de la plinthe côté amont devrait être rejointées après enlèvement du lierre qui la masque et qui nous paraît à l’origine des dégradations des joints. … En conséquence, … la commune de Saint-Paul de Jarrat pourra aisément se charger de l’exécution des petits travaux de remise en état de la partie d’ouvrage qui l’intéresse et que la plus grande partie des travaux étant située sur la rive gauche, devra incomber à la commune de Montoulieu. » La procédure du financement restera la même… et l’entrepreneur sera encore l’entreprise Clergue de Foix. Les travaux effectués, il faudra attendre 1957, date à laquelle le préfet a des velléités d’entreprendre une nouvelle tranche… mais sans suite.
Travaux de 1964 Avec l’arrivée du préfet Jacques Juillet en Ariège le 16 février 1963[58], un grand chantier va se mettre en œuvre… Dès le 3 mai 1963, le TPE adresse une lettre au maire de Mercus : « Mr le préfet se préoccupe de faciliter les communications entre les deux rives de l’Ariège par les chemins aboutissant au Pont du Diable…. Actuellement, des écoulements d’eau sont préjudiciables aussi bien au chemin qu’à l’ouvrage lui-même ; une végétation trop abondante compromet la stabilité des maçonneries… »
Le Conseil Général du 12 octobre 1963 décide le classement dans la voirie départementale la liaison CD 8 à la RN 20 par le Pont du Diable après remise en état des sections dont les communes de Mercus et de Montoulieu sont propriétaires. Elle sera classée le 7 décembre 1964 sous le N° 308. Ainsi, le problème de l’appartenance du pont et de son entretien est définitivement réglé…
Dans une note de la préfecture au maire de Mercus concernant le Pont du Diable, nous pouvons lire[59] : « Pont classé monument historique depuis longtemps. Murs en maçonnerie datant du XIème siècle, couvert de lierre, reposant sur les rochers bordant l’Ariège : en mauvais état. Ancien corps de logis de la Garde du Pont au Moyen Age. Le chemin assez étroit ; passage d’une voiture, surplombe un gouffre profond ou, parait-il, les voyageurs isolés étaient jetés autrefois. Aménagements existants : route goudronnée depuis peu ; pas d’aménagements Aménagements à prévoir : Un abri en cas de pluie serait utile et un parking assez important serait nécessaire, mais difficile à établir »
Après une étude de travaux de première nécessité, la restauration est confiée le 12 août 1964 à l’entreprise Cancela. Le conservateur régional avoue que: « Les travaux envisagés représenteraient à mon avis moins qu’un minimum, compte rendu du grand intérêt présenté par cet ouvrage ». Les courriers échangés entre l’architecte et le conservateur nous donne des indications sur les travaux effectués (3 octobre): « Avons abaissé le niveau du sol sur le pont afin de rétablir une hauteur de parapet suffisante pour protéger les passants et assurer l’écoulement des eaux par les anciennes barbacanes. Nous avons reconstruit le massif de protection de la base de la pile droite en maçonnerie imitant celle qui existait. Nous avons enlevé les arbustes et ronces poussant dans les mortiers en ne conservant que le lierre là où il n’était pas dangereux pour les maçonneries. Enfin, nous avons construit le mur qui fermait l’arche extrême de la rive gauche en une maçonnerie assez archaïque et qui devrait vous convenir. Nous disposons d’un autre crédit de 300 000 anciens francs. Comment faut-il l’employer ? Il semble que le mieux soit de ne pas arrêter l’entreprise… : deuxième mur sur la seconde arche, barres d’appui et diverses opérations. » ; « La maçonnerie du quart de cône est terminée. Il ne reste qu’à construire le mur sur l’arche de gauche. » Le 18 novembre 1964 les Ponts et Chaussées, subdivision de Tarascon, rédigent leur rapport. On peut y lire, aussi : « Travaux terminés hier » ; « L’arc de l’ancienne porte sur le Pont était en plus mauvais état que nous ne le supposions. En effet, il a failli basculer dès qu’on y a appuyé l’échelle. Il a fallu le soutenir et opérer un bourrage de ciment à l’intérieur, remplacer quelques pierres détachées et consolider le tout. La chaux des joints était partie et il y avait des vides entre les voussoirs. C’est un miracle que cet arc ne soit tombé sur quelque passant ou quelque véhicule…. Quelques véhicules empruntent ce Pont. Je ne désire pas qu’il soit utilisé intensément, car je crains que les parapets, en encorbellement, ne tombent au moindre choc. »
Donc, les murs qui « soutiennent » les deux arches se trouvant dans l’ancien moulin ne sont pas d’origine, mais bâtis en 1964…
De même, le quart de cône actuel (à comparer avec les anciens clichés) a été réalisé cette même année…
Travaux des années 1980-1990
Les constructions de la centrale hydroélectrique de Ferrières et du barrage de Garrabet qui va l’alimenter par une dérivation des eaux sur 5,2 km (mise en service en 1986) vont susciter quelques préoccupations pour le Pont du Diable, sa solidité et le débit de l’Ariège qui passe sous son arche… En effet, le débit en aval qui était à la hauteur du barrage de 20m3/s va passer à 4m3/s en été, vu le détournement des eaux sur Ferrières… C’est ainsi qu’une étude sous-marine des piliers et du site du Pont du Diable va se dérouler en 1980 : l’exploration a lieu le 17 juillet par une entreprise spécialisée de Saint-Barthélemy d’Anjou. Les maçonneries des culées sont dites en bon état ; il est signalé des remous dangereux importants en amont…
Les grands travaux dans la zone ne s’arrêtent pas à l’hydroélectricité : la nouvelle voie remplaçant la RN20 est en chantier. L’architecte départemental de l’Ariège, J.P. Augot, attire l’attention sur le Pont du Diable et son statut vis-à-vis des Monuments historiques « qui est certainement l’un des plus porteurs d’identité pour le pays qu’il dessert » ; « là plus qu’ailleurs, s’exprime la poétique particulière du rapport de l’eau et de l’abrupt qu’il souligne et amplifie » : une bretelle avec un rond point permettra d’accéder à cet ouvrage d’art… En 1986, une reprise des maçonneries est réalisée par l’entreprise Corréa de Varilhes.
En 1990, le maire de Montoulieu s’inquiète de l’environnement du site (décharge de Mercus non loin), de la conséquence du barrage de Garrabet « l’eau vive et tourbillonnante qui courait sous le pont a laissé place à une retenue d’eau stagnante qui s’envase ; en été et à l’automne, des détritus de toutes sortes flottent à la surface et s’entassent sur les rives, sous l’œil désapprobateur des passants » ; « Les efforts déployés par le département pour sa mise en valeur sur le plan touristique sont flétris en quelques instants » Lettre de J.P. Augot au président du Conseil Général (21 août 1992) : « Je vous réitère la proposition pour cette année où jamais la fréquentation de ce témoignage du passé départemental n’a été si élevée de l’aveu du responsable municipal que nous avons rencontré. Il faut envisager d’abord un débroussaillage du pont… Il convient également d’envisager le décaissement de ce pont dont les parapets sont devenus insuffisants du fait des surélévations successives du niveau de la route. Il serait souhaitable de restituer le niveau ancien avec un matériau… ; Par ailleurs, la mise en valeur de ce pont passe par la dissuasion d’y accéder en voiture… » Après plusieurs réunions, le 6 avril 1993, le Conseil Général, maître d’œuvre, informe de son intention de réaliser les travaux : Nettoyage général des talus ; débroussaillage ; nettoyage de la décharge ; nettoyage de tous les murs (herbes, lierres…) ; piquage de murs enduits au plâtre (sic); nettoyage de la pile centrale du pont (coulée de bitume) ; blocage des pierres de couronnement après le nettoyage des murs ; décapage de la route ; modification du profil en long ; réalisation de deux pentes ; Evacuation des eaux de ruissellement ; pose d’un film étanche sur lit de sable ; pose de pavés Il est donc procédé au nettoyage de l’ensemble de l’ouvrage par « La Cordée » de Lesparrou (végétation, traces de goudron sur le parapet) ; les travaux de réparations sont dévolus à la Scop Cancela TP de Tarascon.
Note sur la propriété actuelle du pont et du moulin :
Le pont, voie de communication, est propriété du département. Quant à l’ancien moulin, il appartient à EDF. La bâtisse a été divisée en deux ainsi que le montre le cadastre de Montoulieu : Section A, n° 1191 (partie aval) et n° 1192 (partie amont).
Le Pont, les Usines et les Barrages
Conçus par Léo Lamarque, bâtis par l’intermédiaire d’Adolphe Garrigou (beau frère de Léo) et Victor Lamarque, son frère, devenus annexes des usines, le pont et son moulin attenant vont suivre, comme biens matériels, les vicissitudes du parcours de la Compagnie Métallurgique située non loin…
Les usines n’ont pas attendu d’être autorisées pour fonctionner[60]. Aussitôt la demande d’autorisation déposée (11 mars 1836), la structure juridique des usines futures est établie devant le notaire Vic de Tarascon (août 1836)[61]. La réponse du conservateur des Eaux et Forêts sur la construction des usines est, pourtant, défavorable… L’autorisation ne viendra, par ordonnance royale, que le 11 janvier 1839… Il semble que les actionnaires de cette aventure y soient pour quelque chose… Outre Victor, Koska et Léo Lamarque, on y trouve des notables ou responsables politiques de premier plan : Adolphe Garrigou, le marquis de Portes, Clément Anglade (ancien député), Casimir Déramond (percepteur et maire de St Paul de Jarrat), etc…
Un élément technique va influer sur le site : les usines Saint-Antoine, situées à 250 mètres en aval du pont ont besoin d’eau pour son activité. Dès 1836, un barrage est prévu au Gouffre Saint-Antoine d’une hauteur de 50 cm avec un canal d’amenée situé en rive droite, dont les plans sont établis par Léo Lamarque. Cela aura pour conséquence une élévation du niveau d’eau, mais, aussi, d’un débit ralenti. Il convient donc d’imaginer que, d’une part, la hauteur du pont lors de sa construction était plus élevée que celle de nos jours et, d’autre part, que la vitesse de l’eau passant sous le pont était plus intense.
Dans l’ordonnance du roi du 11 janvier 1839 pour l’établissement de l’usine et du barrage de St Antoine, au nom d’A. Garrigou et Lamarque Victor est signalé: « Le consentement de Mr Léo Lamarque, propriétaire d’un moulin situé sur l’Ariège à la construction d’un barrage pour l’usine projetée, le dit consentement en date du 12 janvier 1837 ». Ceci est rappelé avec des précisions par l’arrêt du préfet en date du 7 février 1838 : « Sous seing privé en date du 12 janvier 1837 par lequel Léo Lamarque, officier d’artillerie, propriétaire d’un moulin situé sur l’Ariège, dans la commune de Montoulieu au quartier dit St Antoine déclare ne pas s’opposer en aucune manière à la construction d’un barrage quelqu’il puisse être fait sur l’Ariège en aval au dit moulin à la Société anonyme dite des Usines de St Antoine et quels que soient d’ailleurs les dommages et empêchements causés par ce barrage au dit moulin[62] ». L’on voit bien là que la priorité de Léo Lamarque se porte sur les gigantesques usines prévues en aval de son pont et de son moulin… Toutes les études et les projets conçus en remplacement de son expérimentation sur le système d’entraînement du moulin sont sacrifiés pour cette grande entreprise…
Le problème du barrage va revenir plusieurs fois sur le tapis. La crue de 1875 a bien été supportée par la pile du pont: la petite arche, côté Mercus, a joué à plein en évacuant le trop plein d’eau. Seule la culée soutenant le moulin a vu l’eau monter au dessus des fondations des murs de la bâtisse posée sur la roche. La crue du printemps 1899 par contre va endommager le barrage du Gouffre de Saint-Antoine. Sa reconstruction (arrêté préfectoral du 17 avril 1901) va se faire par la Société Métallurgique de l’Ariège, mais toujours selon la hauteur prévue lors de l’ordonnance de 1839 : c'est-à-dire qu’il ne doit pas dépasser les 50 cm prévus au départ. En 1908, La Société Anonyme des Bois, Pâtes et Papiers du Midi qui a racheté les usines demande de relever encore de 0m 50 le niveau du barrage. L’ordonnance de 1839 sera, alors, abrogée et l’autorisation fournie sur la foi du rapport de l’ingénieur des Ponts et Chaussée du 17 juillet 1908. Dans celui-ci l’on peut lire concernant le pont : « Le chemin vicinal ordinaire n° 9 de St Paul à Montoulieu franchit l’Ariège à l’aide du Pont du Diable. Cet ouvrage de construction fort ancienne est formé de 2 arches présentant un débouché linéaire de 10 m et 5 m ; la petite arche ne fonctionne que pendant les grandes crues et dans des conditions défectueuses par suite de la présence de la rase rocheuse formant la berge droite à proximité de la tête amont de l’ouvrage. Ce pont a présenté cependant jusqu’ici un débouché suffisant pour l’écoulement des grandes crues et il est à présumer que l’exhaussement projeté ne constituera pas une gêne pour le libre écoulement des eaux sous cet ouvrage ni pour les intérêts agricoles, ni pour l’usine supérieure « Moulin de Mercus » situé à 4200 m de St Antoine[63] ». En fait, ce barrage ne sera relevé qu’après 1911. Un rapport signale (mais sans protestation) que le barrage a été remonté de 0m 82 au lieu de 0 m 50…
Bien plus tard, la préservation du site du Pont du Diable sera la grande préoccupation de l’architecte des Monuments Historiques, Mr Bonis, en 1941. C’est lui qui va demander à classer l’ouvrage. Sa motivation est dictée par la vague de constructions de barrages à cette époque. « L’ensemble formé par le pont avec les ruines, situées sur la rive gauche, ainsi que les plantations d’arbres, et les rives : gauche et droite, (200m en amont et 400m en aval) demande un classement urgent. En effet, tout dernièrement, des sociétés importantes, d’entreprises, se sont intéressées vivement à cette partie du cours de l’Ariège, en vue de l’installation de barrages. Il serait parfaitement regrettable que ce site dont l’attrait touristique et archéologique est indiscutable, soit profané par des constructions quelconques ou des ouvrages d’art, ayant un but utilitaire. … demande à la Commission qu’il soit donné un avis favorable au classement du site et du pont comme Monument Historique[64]»
Le barrage de Saint-Antoine (2007)
Plus près de nous, J. P. Augot, architecte de Bâtiments de France devait alerter la Direction Départementale de l’Agriculture en charge de l’aménagement des voies fluviales de l’Ariège (8 juillet 1991) sur le niveau du plan d’eau au pont du Diable qui a été abaissé de 3 m… «Or, l’accord de la Commission des sites sur la réalisation de la centrale hydroélectrique en aval était subordonnée au maintien du niveau ». L’architecte des Bâtiments de France rappelle le 24 août 1992 que le niveau d’eau n’est toujours pas revenu au niveau imposé lors de la construction de la centrale de Férrières. La DDA lui répond le 23 septembre : « Le barrage de St Antoine qui « cale » le niveau d’eau sous le pont est en effet détérioré et devait être consolidé par EDF » Le 22 décembre 1992, J.P. Augot devait revenir à la charge dans une lettre au préfet : « Lors de la Commission des Sites, il a été convenu que la digue retenant les eaux du barrage de Ferrières devait être à un niveau tel que les eaux, sous le pont du Diable, lui conserverait son aspect actuel. Aujourd’hui, après semble-t-il une démolition accidentelle, le niveau des eaux est descendu de 2,50 mètres et le service responsable parait envisager le maintien de cette situation en toute illégalité. Je vous serais obligé de bien vouloir faire le nécessaire avec les responsables afin que ce site, gravement perturbé par la baisse des débits écoulés trouve au moins sa configuration antérieure » Lors d’une réunion du 31 janvier 1997 (convention EDF), il est dit que le barrage Saint-Antoine n’est d’aucune utilité et il est même proposé sa démolition pour la remontée des poissons… De nos jours, l’on voit parfaitement les assises du pont sur la roche. Les eaux ne sont plus tumultueuses... Les algues colonisent…
Dernière remarque : Traditionnellement, l’on dit que le Pont du Diable comporte deux arches… En fait le pont est constitué de quatre arches : deux sur l’Ariège (visibles) et deux dans la continuité, à l’intérieur des bâtisses qui y sont accolées, et, donc, non visibles depuis les rives.
Mes remerciements pour la réalisation de cette étude vont en particuliers à Monsieur Remaury Charles et sa famille qui m’ont ouvert leurs cartons d’archives, ainsi qu’à J.P. Augot, architecte des Bâtiments de France, pour avoir fait de même…, sans oublier le personnel des Archives Départementales de l’Ariège qui, comme toujours, m’accueille avec bienveillance…
J.J. Pétris
[1] Cet ouvrage repris en 1990 par Alain Bourneton illustre la page consacrée aux ponts par une reproduction du Pont du Diable (p. 247). Certains pensent y voir la preuve que ce pont était contemporain de P. Dardenne et du préfet Brun… Or, il n’en est rien : il s’agit d’une eau forte de Chauvet (lithographie), réalisée par E. Sadoux (1841-1906) et intitulée « Pont Saint-Antoine » (reprise dans la couverture du Bulletin de la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts de 1998). D’ailleurs, A. Bourneton précisait, p. 33, « Malgré une certaine discordance chronologique, nous avons pensé intégrer quelques gravures ou lithographies… ». Cette reproduction se trouve dans le livre de P. Perret, page 390 (voir plus loin) [2] E. Sadoux flanque le bâtiment d’une tourelle… Or, il ne faut pas prendre les représentations de son auteur au « pied de la lettre » : celui-ci a reproduit, par exemple le château de Foix qui ne correspond pas, trait pour trait, à sa réalité de l’époque… [3] ADA, 8° 31 [4] ADA, 8° 30 [5] Sur le Pont du Diable par A. Moulis : Gazette de l’Ariège, N° 52 du 24 décembre 1982 et n° 53 du 31 décembre de la même année (ADA, 1 PER 399/1982), qui est une reprise de son livre « Légendaire de l’Ariège », P. 80 et suiv. [6] ADA, 1 PER 212/1933 [7] L’Ariégeois d’Août 1981 (P. 15 à 19) : ADA, PER 405/1981 « Entre Foix et Tarascon, le pont du Diable : sinistre, lugubre et légendaire » [8] ADA : 247 EDT / D 11 [9] Cadastre dit Napoléonien de Mercus : ADA, 3P 711 ; quant à celui de Montoulieu (3P 733), la feuille de la section A, où devait se trouver la rive gauche de l’Ariège, n’existe plus aux archives départementales… [10] ADA, 290 EDT/CC2. A noter, comme dans les terriers et le livre de Reconnaissances de Saint-Paul de Jarrat de 1771 et 1772, l’appellation de « Lorriège » pour mentionner l’Ariège… [11] ADA, 7 S 148 et actes notariés du notaire Graulle de Celles : ADA, 5 E 8992 [12] Les historiens connaissent l’anecdote concernant le trafic de fer organisé par le seigneur de Saint-Paul, en limite du Comté de Foix et du Languedoc, au profit du seigneur de Mirepoix : le comte de Foix demande alors aux Lamarque d’estampiller les produits à leurs armes[12], d’où le bureau de la marque des fers qui se trouvait à Saint-Paulet sur ce qui s’appelait alors « la route de Foix tendant au Languedoc »… [13] Voir BSA de 1913 : « Un officier ariégeois à Sébastopol : correspondance du commandant Lamarque » par Ph. Morère (de Mercus-Garrabet) ; Mentionné, aussi, par l’abbé Duclos dans son « Histoire des Ariégeois » : Vol. V, avant-propos P. XXIX. Kostka Lamarque : 1805-1855 [14] Parmi les alliances : les Séré, les Longuevergne, les Serres ou les Bermon [15] La famille Lamarque est créditée, en 1848, de 147 ha (dont une partie a été irriguée) sur la commune de Saint-Paul de Jarrat, sans compter les terres sur les environs de Pamiers, issues du côté maternel… [16] Le père de Léo, Victor etc…, Lamarque dit Cadet fut poursuivi par Vadier et Baby [17] Mais à Saint-Paul de Jarrat selon son Dossier de Vincennes (dossier n° 729)… [18] Dans sa fiche-matricule de l’Ecole Polytechnique, nous avons une description physique de Léo Lamarque : « Cheveux blonds ; Front découvert ; Nez droit ; Yeux bleus ; Bouche moyenne ; Menton rond ; Visage ovale ; Taille : 172 » [19] Archives de Vincennes [20] Adolphe Garrigou : né le 10 janvier 1802 à Tarascon et mort à Toulouse en 1893. Industriel, historien, homme politique (participe activement à la Révolution de 1848). Nombreux écrits (publiés ou manuscrits) dont certains sont aux ADA sous la cote 28 J. Son fils, Félix né en 1835, docteur en médecine, hydrologue, est aussi connu pour son travail de préhistorien, en particuliers en Ariège… [21] Constitution de la « Société anonyme Lamarque, Garrigou et autres » chez le notaire Vic de Tarascon le 2 Août 1836 (ADA, 5 E 5910). [22] Dans un manuscrit « L’avenir de Toulouse » (1841), Léo Lamarque parle du « patois » : « Plus souple, plus liante, plus fluide, assez élastique et qualitative dans le substantif pour abréger l’emploi de l’épithète et pouvant marier dans un mot le sens de deux autres : ces qualités manquent à la langue française enchevêtrée d’article et pronom, raide, compassée, alignant le mot de chaque phrase avec vide et régularité, les employant à peu près comme l’arithmétique emploie des chiffres » …Si ses courriers sont rédigés en un excellent français, les notes personnelles ou ses idées qu’il couche sur le papier sont écrites en occitan… [23] Lettre de demande de constructions par Léo Lamarque : ADA, 7 S 138 [24] ADA : 7 S 138 [25] Il s’agit d’un chemin qui se trouvait entre l’ancienne gare de Saint-Paul-Saint-Antoine et l’actuelle annexe de la Chambre de Commerce qui a été détruit lors de la construction de la 2 fois 2 voies. Un raccordement à une portion de ce chemin qui était existant a été installé après le carrefour de La Charmille (RN117 et D 618), appelé de nos jours « Voie du Pont du Diable ». En 1834, cette ancienne route (route royale N° 20) était abandonnée depuis 1808 date à laquelle un nouveau tracé a été effectué en taillant le Roc de Saint-Antoine (près du tunnel du chemin de fer). [26] Lettre du maire de Montoulieu au préfet (11 mai 1835) : « De vrais avantages pour mes administrés non seulement à cause des moulins, mais encore à cause du pont qui est très nécessaire pour la commodité des habitants des communes environnantes. » Idem pour le maire de Mercus (11 mai 1835, aussi) : « estimons que c’est de la plus grande utilité pour la commune… » [27] Léo Lamarque fait partie de cette génération de polytechniciens, en particuliers lorsqu’il fréquenta l’Ecole d’Application de Metz, où la préoccupation a été l’élaboration de roues hydrauliques performantes. Un de ses maîtres a été Poncelet, le « pape de la mécanique appliquée en France et en Europe » (Voir le Fonds Poncelet à la Bibliothèque de l’Ecole Polytechnique) ; il fréquente les élèves de Poncelet qui poursuivront ses études : Coriolis ou A. Morin, adjoint de Poncelet à Metz où Léo séjournera et à la fonderie royale de Toulouse où Léo travaillera à ses côtés, où à Tulle encore où notre Ariégeois passera quelques temps… sans oublier Isidore Dédion… Ce fut un temps où les études de mécanique hydraulique sera au summum et où les expérimentations les plus diverses seront entreprises. Il n’est, donc, pas étonnant que Léo Lamarque trouve dans son pays natal les moyens de mettre à profit autant ses interrogations techniques que la réalisation d’idées ayant émergées durant ses études ou ses rencontres du plus haut niveau… dont la fameuse roue horizontale à injection extérieure… [28] Nous verrons que cette petite phrase comporte un aspect particuliers : Léo Lamarque va faire sur ce moulin des expérimentations en vue de présenter un brevet sur une roue hydraulique sans amenée d’eau… ce que les techniciens de la Préfecture auront du mal à comprendre… [29] « De la conquête et la colonisation de l’Algérie », Paris, chez Ancelin, 1841 (consultable à la Bibliothèque municipale de Toulouse : BM 6831) ; « Chemins de fer et canaux en Algérie », Dubos à Alger 1841 ; etc… [30] Il faut noter que les maires de Montoulieu et de Mercus n’ont répondu à l’avis demandé par le préfet en juillet 1834 que le 11 mai 1835… Or, il est sûr que le pont et le moulin étaient construits au printemps de 1836… [31] L’on peut penser au fait que la parcelle, située sur la commune de Montoulieu et achetée par Léo Lamarque, qui était enclavée, a trouvé une voie d’accès en prolongeant une amorce de chemin existant depuis Ginabat…, préfigurant, ainsi, la future route Montoulieu à Saint-Paul de Jarrat… [32] Cette considération concerne le débit de l’eau de l’Ariège pour s’engouffrer sous le pont… [33] L’abbé Duclos dans son « Histoire des Ariégeois », Vol. V, avant propos P. XXIX et XXX parle de Léo Lamarque : « était un homme de science en même temps qu’un officier distingué. Il était l’inventeur d’une roue hydraulique marchant sans chute d’eau. Des hommes sérieux pensent que sa roue pourrait rendre de grands services à l’industrie » [34] ADA, 7 S 139 [35] Léo Lamarque, après un bref séjour à Paris, était alors détaché aux Forges du Midi, à Toulouse [36] Lors de la constitution de la Société Anonyme des Usines Saint-Antoine Lamarque-Garrigou (2 août 1836 : voir acte notarié de Vic aux ADA, 5 E 5910), Léo Lamarque ne figure pas parmi les actionnaires fondateurs (le fonds social était de 300 000 Frncs divisés en 30 actions) : c’est, en partie, l’apport de son moulin qui fera de lui l’un des actionnaires de ces usines [37] Roussel : gros propriétaire de Montoulieu ayant un moulin sur le ruisseau dit de Montoulieu [38] Léo Lamarque est parti en Algérie le 10 septembre 1842 où il meurt le 29 juillet 1849 d’une « fièvre comateuse » [39] Léo avant de partir en Algérie rédige un testament olographe (12 mars 1842) faisant sa sœur Louise, épouse Timbal, héritière bénéficiaire. Celle-ci donnera ses droits à Victor… Ce détail est important pour sa succession, et donc, pour le devenir de ce pont et de ce moulin. Victor Lamarque sera obligé de vendre le domaine familial de Saint-Paulet pour payer les créanciers… et les actifs des usines vendus… [40] Le lieu-dit « Le Pont » appartenant à V. Lamarque comprend : « Maison et sol » : 7a 68a pour la maison et 55a 70 pour le sol, le tout représentant le n° 675 ; Les n° 676 (26 a) et 677 (32a) sont dit « jardins » ; enfin, le n° 678 : « pâture » (5a 60). Victor Lamarque en devient propriétaire de plein droit après le testament olographe fait à sa sœur, Louise Timbal, qui rétrocède ces biens au frère aîné, Victor… [41] ADA, 3P 2422. Alphonse Touja était l’un des gérants (avec Victor Lamarque et J.F. Lacombe qui devra démissionner pour abus de confiance) des usines Saint-Antoine avant sa liquidation… [42] Gouraud Cyprien, directeur des papeteries à Nantes qui ont repris les bâtiments des usines métallurgiques de Saint-Antoine, en 1902 ; puis, directement la société des papeteries de l’Ariège en 1906… avant d’appartenir, de nos jours à EDF [43] Date de la vente des usines à la Société Métallurgique de l’Ariège [44] ADA, 3P 2424 [45] Après les Papeteries, l’ancien moulin deviendra possession d’un ensemble de parcelles de terrains ou de bâtisses de la Société Métallurgique de Pamiers (1919), de la Société des Forces Motrices de l’Ariège (1922), de la Société Commentry Archambault et Decazeville avant de passer à EDF [46] Lettre du 14 février 1838 (ADA, 12 S 2) ; Les usines Saint-Antoine emploient dès le départ de son activité 150 personnes… [47] Ad. Garrigou propose de « devenir acquéreur de toute l’étendue de la route délaissée s’engageant à laisser à perpétuité cette route à l’état de chemin public » [48] Réponse à A. Garrigou par l’Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées en date du 19 avril 1838 [49] ADA : 3 O 598 [50] Dans la délibération, le maire de Mercus au sujet de l’usage de ce chemin dit qu’il sera utile aux: « bestiaux conduits par les communes de Montoulieu, Amplaing et Prayols aux foires de Saint-Paul et Lavelanet ; aux transports des vins de Roussillon » (ADA : 247 EDT/D4) [51] ADA, 191 EDT/D3 [52] Cette loi de 1836 : « Les communes devront contribuer à sa construction ou à son entretien… » [53] ADA, 247 EDT/D4
[54] Notons l’appellation : « pont de Léo »… [55] Le maire présente « la nécessité de construire sur l’Ariège un pont qui mettrait en relation les communes voisines et celles de Mercus et les avantages nombreux qui résulteraient de cette construction. Il serait assez facile de jeter à peu de frais au lieu appelé le Gouffre de la Roche un pont… » [56] Premier document relevant de l’administration qui donne au Pont Saint-Antoine la dénomination de « Pont du Diable »… [57] Dans l’arrêt d’inscription à « l’inventaire des sites dont la conservation présente un intérêt général », le ministère avait d’abord placé le 26 janvier 1942, « le Pont du Diable et ses ouvrages annexes.. .» sur la commune de Saint-Paul de Jarrat (ce qui était une assertion purement locale et non administrative) : un second arrêté en date du 30 avril de la même année le situera à Mercus-Garrabet… [58] Jacques Juillet restera préfet de l’Ariège jusqu’au 11 octobre 1965. Il consacrera son temps libre à la recherche historique. Ses travaux vont porter sur les relations Andorre-Ariège et sur une généalogie des comtes de Foix (publiés dans le Bulletin de la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts de l’Ariège de 1965) [59] ADA, 247 EDT/D11 [60] « Le 30 juin 1838, les constructions étant assez avancées pour tirer parti de leur ensemble, l’exploitation de l’usine a commencé sous la direction de Mr Garrigou bien que l’autorisation de la Sté Anonyme ne fut pas obtenue… » : 5E 3809 (notaire Graulle de Celles en 1842, n° 37) [61] «… ont fondé une société anonyme pour la création d’un établissement métallurgique au local de St Antoine sous la dénomination de « Cie des Usines de St Antoine sur Ariège » [62] ADA, 7 S 139 [63] ADA, 7 S 139 [64] Dossier des Bâtiments de France (Préfecture de l’Ariège)
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