Divers

(Résistance et seconde guerre mondiale en Ariège)

 

 

Nous proposons quelques textes soit de documents généralement inconnus, soit de récits d’époque, ou de synthèse réalisée par Histariège…

 

Liens Hypertextes :

- Arignac

- Arvigna

- Audinac (Enfants de Troupe)

- Foix

- Justiniac

- Lettre de collaboration

- Pamiers : Tribunal Populaire

- Préfet Libération

- Tendances politiques

 

-          Bédeilhac

-          Betchat

-          Castelnau-Durban

-          Libération Ariège

        -      Maquis

         -     Mas d’Azil

     -  Récit de déportation d’un responsable Guérilléro

- Tribunal militaire permanent de l’Ariège

-     Chant des maquisards FTP

- Chantier de jeunesse (Bénac)

- Comité Départemental de Libération

 

-     Les Enfants du Château de La Hille

         -  Rieucros : Plamplemousse

         -  Rimont

        - Tribunal Militaire spécial

        - Tribunaux du Peuple

 

-          Cour Martiale

-          Déportés

-          Douanes

 

-   Occupation

-    Epuration

-          Saint-Girons (Tribunal Militaire)

-          Saint-Girons : Comité local de Libération

-          Troupes Allemandes

-          Vernet (Le)

-          Vira

        -       Zone réservée

 

 

 

Arignac

Rapport du lieutenant Lummert, fait à Pamiers le 4 septembre 1944, relatant la fin des combats de Prayols (20 août 1944) :

 

« Dans les hautes vallées de l’Ariège :

Le gros des Allemands se fait prendre du côté de Prayols. Une centaine a gagné la colline qui domine Arignac (Roc du Soudour).

Un pont saute ; derrière eux des volontaires sont aussitôt disposés de telle sorte que toutes les routes et tous les sentiers autour de la colline soient gardés.

Une voiture allemande Steyer est capturée. Butin inespéré : 15 mausers, une mitrailleuse spéciale, des munitions ad hoc et un mortier HS. Décidément, les maquisards deviennent redoutables. L’assaut de la colline est donné, la mitrailleuse, mise en batterie, tire plusieurs rafales, quelques grenades sont jetées, une fusillade éclate. De là-haut, les boches répondent par de timides salves. Le moral n’y est plus. Bientôt, ils agitent un grand drapeau blanc, un officier vient discuter des conditions de la reddition. Nos habits l’inquiètent. Il demande s’il a vraiment affaire à des français, et s’ils ne vont pas leur crever les yeux. « Maquis espagnol », balbutie-t-il ? « Vous avez à faire à l’armée française...»

 

 

Arvigna

Selon la commission des Crimes de guerre, la journée sanglante du 29 juin 1944 à Arvigna, est attribuée à des membres de la Gestapo :

 

Récit Maury  (en 1945) :

 « Il y avait là un château où pendant quelques temps avait cantonné un groupe de guérilleros. Quand les paysans se lèvent : des sentinelles gardaient toutes les issues. Presque aussitôt, le château est attaqué et la maison qu’occupaient les Espagnols dynamitée.

A 200 m de là : la ferme de Marti, exploitée par une famille d’espagnols. Le maquis s’y ravitaillait en lait et les camions qui ne pouvaient arriver au cantonnement dans la forêt s’y arrêtaient.

Cette famille avait été dénoncée. Les miliciens font irruption dans la ferme : le père est abattu d’un coup de crosse, les femmes et les enfants envoyés sous escorte au village, un des fils et les domestiques fusillés devant la porcherie. Ensuite, le feu est mis à l’étable et les corps jetés dans le brasier. La maison d’habitation fut pillée. Un taureau même fut abattu dans un pré à coups de mitraillette »

1 arrêté ; 4 tués dont deux jetés dans la maison en flammes.

 

 

Audinac les Bains

Cet ancien établissement thermal situé sur la commune de Montjoie en Couserans a été transformé en « Centre d’Education Bayard » (Enfants de Troupe devant s’engager dans l’armée) à la fin de l’année 1941. L’épopée de ce Centre est largement méconnue.

Nous proposons de consulter le site Internet des Anciens Enfants de Troupe qui y consacre quelques pages :

http://www.aet-association.org/aet/allocution_alain_boyer.pdf   et

http://www.aet-association.org/aet/ecoles/ecoles_disparues_france/7/aetecole_view

 

Voir aussi à

 http://www.histariege.com/montjoie_en_couserans.htm#Le_centre_des_Enfants_de_troupe_Bayard_dAudinac-les-Bains

 

Bédeilhac

Qu'en est-il de cette affaire d'avions dans la grotte de Bédeilhac? Histariège apporte ces précisions :

 

Il est vrai que dès l'année 1940 (mois de mai), l'entreprise Dewoitine (Société des Constructions Aéronautiques du Midi) envisage de mettre à  l'abri d'éventuels bombardements une partie de son activité aéronautique en utilisant des grottes (3000 ouvriers étaient prévus. Deux sites sont envisagés: Bédeilhac et Le Mas d'Azil. Le maire de Bédeilhac loue à cette époque (22 mai 1940) la grotte. Un tracé de route reliant le bourg et le site est étudié par les ingénieurs.

Les événements (arrêt des hostilités en juin 1940) interrompent le projet. Le représentant des Monuments Historiques avait émis des réserves mais avait consenti à cette utilisation en murant des salles d'intérêt préhistorique.

Fin 1943, les autorités allemandes demandent au préfet un inventaire de toutes les grottes de l'Ariège (la route de la grotte du Mas d'Azil, par exemple, était pressentie, aussi, pour être fermée de part et d'autre afin d'installer une usine souterraine pour les besoins de l'Armée allemande). C'est ainsi que la grotte de Bédeilhac devient une usine de réparation d'éléments aéronautiques (reprenant l'idée de Dewoitine).

Aussitôt après la Libération de l'Ariège, l'inventaire réalisé sur les biens laissés par les Allemands à l'intérieur de la grotte mentionne:

"6 carlingues d'avion Junker 88; 4 ailes d'avion Junker 88 en très mauvais état; 21 chevrons 14/8; 520 briques creuses et 3000 briques barreau". Ce qui se trouve à l'extérieur n'est que matériel divers (Rouleaux de ronce, bois, plus des baraquements).

S’il est exact qu’un avion a décollé depuis la grotte de Bédeilhac, ce n’est qu’en 1972… (le tout orchestré par notre Ariégeois, Christian Bernadac…

 

Betchat

1) Reproduisons ce qu’en disait (après la Libération) le « Rapport de la Commission de recherches des crimes de guerre » :

 

« Le 10 juin 1944, les Allemands ont attaqué le maquis de Betchat à la pointe du jour. Ils étaient commandés par un officier grand, blond, âgé de 45 ans. Ces Allemands étaient des SS cantonnés à Pinsaguel, ayant leurs blindés à Muret et venaient de la direction de Boussens. Ils étaient renforcés par des Allemands de St Girons et la Milice.

Le maquis de Betchat qui était prévenu de l’attaque s’était porté à Marsoulas (Hte Garonne) et lorsque les Allemands sont montés à l’attaque du village, ils ont été attaqués à coups de fusils et de grenades.

Surpris, les Allemands se sont repliés à une maison à mi-côte, utilisant ensuite leurs mortiers et leurs armes automatiques, ils sont repartis à l’attaque du village où ils ont massacré 25 personnes dont 4 enfants et pillé tout le village. Les maquisards purent s’enfuir dans les bois, à l’exception de 2 qui étaient montés sur le toit d’une église et qui furent tués au cours de l’attaque.

Les Allemands sont ensuite venus à Betchat, où ils aperçurent à la lisière le nommé Joube Jean-Marie qui essayait d’éteindre l’incendie allumé dans sa grange par une bombe incendiaire. Ils l’abattirent à coups de mitraillettes sans aucune explication.

Un peu plus loin, apercevant Mr Rives Jean-Marie rentrant chez lui, ils l’abattirent également à coups de mitrailleuses.

Mr Sajoux Philippe qui se trouvait devant sa porte, fut également blessé par le même tir. Les Allemands cernèrent, puis occupèrent le village.

Dans le village, se trouvaient 5 prisonniers allemands et 3 femmes capturées quelques jours avant par le maquis de Betchat. Ces prisonniers étaient gardés par le nommé Sirgant Pierre, maquisard qui avait mission de les abattre en cas de fuite ; mais l’attaque du village fut si brusque que Sirgant ne peut s’échapper ni remplir sa mission. Il fut pris par les Allemands, brutalisé, martyrisé, puis fusillé.

Les Allemands ont ensuite pillé toutes les maisons  incendiées : la grange de Mr Rivals, la maison de Mr Ducos Augustin et la grange de Mr Soula Bernard. Ils sont repartis le soir.

Ils sont revenus le 12 juin pour incendier la maison de Mr Ceres, prétextant qu’il y avait un dépôt de munitions.

Ils sont revenus quelques jours plus tard pour incendier la maison de Mr Galin, prétextant que c’était un refuge de maquisards, puis piller les maisons »

 

Précisions de la Cour de Justice (interrogatoires) :

 

Les miliciens X… et Y… disent qu’il n’y avait que des Allemands.

A Belloc, il y avait 10 camions (déposition Z…)

D’après le milicien X…, il y aurait eu 1200 Allemands. Ceci est confirmé par les autres miliciens Z… et Y…. Mais Marty, intendant régional de police et Pincemin, chef de la Milice, auraient été là.

Y… raconte que l’attaque fut déclenchée le matin à 6 heures ; le départ ayant eu lieu à minuit ; et Betchat, Salies, Ste Croix et Fabas devant être simultanément occupés. La poussée se fit dans la direction de St Girons et comme le maquis se repliait rapidement, le contact ne se fit pas.

D’après lui, les Allemands auraient tué une jeune fille à Fabas ; 2 hommes à Taurignan, l’ancien maire de Salies et 3 jeunes réfractaires.

 

2) Le rapport reproduit ci-dessus doit être précisé (rappelons qu’il est écrit par les instances ariégeoises)…

Il inclut, de façons sommaires, les événements de Marsoulas et de Betchat (qui sont intimement liés).  Si le carnage de Marsoulas a existé, c’est parce que le maquis de Betchat avait envoyé deux sentinelles sur Marsoulas. Lorsque le convoi arrive, ces dernières tentent l’interception… L’un d’eux est tué immédiatement ; le second (Jean-Marie Raymond Manens, dit « Espérance ») pourra en réchapper et poursuivra ses activités de résistance. Le maquis de Betchat sera, donc, alerté par la fusillade et se dispersera. Le sous-préfet de Saint-Gaudens, arrivé sur les lieux le soir même, le confirme dans son rapport du 12 juin 1944 « Marsoulas : incidents entre troupes d’occupation et terroristes. Représailles ».

 

Voir, aussi : http://aspetinf.chez.com/assoc/Marsoulas_ChapitreB1.htm

 

Castelnau-Durban

Après la prise de Foix (le 19 août 1944), la bataille de Prayols contre une colonne allemande venant de la Haute Ariège, le 20 ; la prise de St Girons, le même jour, et la reprise par une colonne allemande venant de Luchon ; et le 21 août, l’obstacle de Rimont qui vaut à ce bourg d’être incendié, l’Ariège se débarrasse de la présence armée allemande à Castelnau-Durban (22 août 1944).

 

Toutes les forces résistantes de l’Ariège, renforcées par celles de départements voisins, stoppent la marche forcée des Allemands ou Mongols vers Foix : l’Ariège est libérée… après de rudes combats qui firent des victimes civiles et « combattantes », sans armée régulière spécifique.

Nous proposons le vécu de celui qui « parlementa le premier » avec les forces allemandes ce jour-là : il s’agit de Bénito Pérez dit « Oscar » (nom de guerre pour tous les résistants de cette époque). Article paru dans le « Journal de l’Ariège » du 8 octobre 2004 :

….

« On roulait et on s’avançait sans le savoir sur Castelnau-Durban. Tout à coup, nous sommes pris sous le feu d’une mitrailleuse qui nous oblige à nous arrêter. Nous sautons tous du camion et nous nous mettons à couvert derrière des rochers. Avec Gos, on positionne notre mitrailleuse et on commence à riposter.

A un moment donné, on ne sait pourquoi, ni comment, mais leurs mitrailleuse se sont arrêtées. J’ai fait arrêter la mienne et c’était un bienfait car il ne nous restait presque plus de munitions. Je dis à mes hommes qui étaient disposés à une vingtaine de mètres les uns des autres : « Restez-là, et ne bouge pas ! Il y a quelque chose qui se passe ! ». Comme j’étais sur le bord de la route, je me mets en position sur le côté dans le fossé et attends cinq minutes.

Un instant après, qu’est ce que je vois ? Une jeep allemande qui arborait le drapeau blanc et qui arrivait sur moi. Dès que j’ai vu ça, j’ai redit à mes hommes de ne pas bouger, de rester là et surtout de ne pas tirer.

Lorsque je me suis retrouvé à une dizaine de mètres de la jeep, je suis sorti du fossé et j’ai pris deux gars avec moi. Nous nous sommes avancés et la jeep s’est arrêtée. Comme je ne parle pas allemand, ils nous ont amenés un soldat de chez nous, que j’avais envoyé comme éclaireur et qui avait été fait prisonnier. Il s’appelait Lenoir. Je le fais venir et je lui dis : « Dis moi ce qu’ils veulent ? ». Il me répond : « Ils veulent se rendre avec la colonne, mais pas à la Résistance. Ils veulent se rendre à un groupement militaire Français reconnu ». Quand ils nous ont vus, ils se sont bien rendus compte que nous n’étions pas l’armée régulière. J’ai dit « que cela ne tienne, je vais arranger ça ! »

 

J’envoie une estafette chercher le commandant Bigeard qui était à Foix et qui s’appelait, à ce moment là, le commandant Aube. Alors, peut-être une heure ou une heure et quart après, le Commandant Bigeard arrive avec un Capitaine Anglais qui s’appelait Bill, et là, nous commençons à parlementer avec les Allemands. Le Commandant était avec ses galons, et là, les Allemands ont vu qu’ils avaient à faire à une unité combattante Française. Les Allemands réitèrent leurs souhaits de ne pas se rendre à la Résistance mais aux militaires. Bigeard parlemente avec eux par l’intermédiaire de Lenoir, et apprend que les Allemands veulent bien se rendre, mais sans les armes.

Le Commandant Bigeard se retourne alors vers moi et me dit : « Alors lieutenant ! Qu’est ce que vous pensez de ça ? C’est à vous, lieutenant, de prendre la décision ! ». Le Commandant Bigeard était seulement venu pour représenter l’armée régulière. Pendant le combat, c’était moi qui était là… lui, il n’y était pas ! Alors je réponds à Bigeard : « Vous savez mon commandant, on n’en rien à foutre des armes maintenant ! »/ Alors j’ai accepté la reddition comme ça. Aussitôt le Colonel Allemand s’est retourné vers ses hommes et leur à ordonné de détruire leurs armes.  Ils ont tous pris leurs fusils par le canon et ils les ont cassés sur les platanes de Castelnau-Durban. Ils ont fait cela à peu près pendant une demi heure. Par la suite, fatigués, ils ont jeté leurs armes comme ça sans les casser. Nous, on ne savait pas combien il y avait d’hommes. On ne l’a su qu’après ! Jusqu’à maintenant, nous n’avions vu que les officiers, mais les hommes qui étaient derrière, eux, étaient au nombre de 1540. On m’a demandé de les conduire jusqu’au camp du Vernet. Cela m’a pris toute la nuit, surtout qu’il a fallu tous les fouiller avant de partir ».

Note du journaliste : « C’est ainsi que Bénito Pérez alias « Oscar », représentant les FFI, est cosignataire du document de la capitulation avec le Commandant Bigeard alias « Aube », Délégué Militaire de l’Ariège et le Commandant Schöpplein, chef du 1er Bataillon de la Légion du Turkestan.

Au sujet de Lenoir… Des Allemands ont témoigné et ont confirmé que Lenoir qui était leur prisonnier et qui parlait allemand leur avait dit : « Vous êtes complètement encerclé. Il y a au moins quatre mille hommes tout autour de vous ! ». Suite à ces propos, les Allemands auraient pris peur. »

 

 

En complément, notons l’article de Claude Delpla dans la « Dépêche du Midi » du 6 septembre 2004 :

 

« Les négociations ont commencé sous le pont du chemin de fer de Ségalas. Il y avait là les chefs des guérilleros, « Royo » et « Robert » ; les responsables FTP Gos, Pérez (« Oscar ») et Calvetti, puis Bigeard et Probert. Le lieutenant-colonel Souyris, « Aubert », chef des FFI, a quitté d’urgence le front, appelé par le préfet provisoire Prosper. C’est, en fait, le commandant Calvetti qui dirige les FFI, depuis Maury ou Durban.

Il assiste aux premières négociations, puis laisse sa place au lieutenant Pérez, « Oscar ».

Le général Bigeard, dans ses mémoires, accuse Calvetti d’avoir déserté et prend à partie à Foix, le 23 ou le 24 août. Il confond Calvetti et Souyris. Ce dernier a confié la direction des FFI de la bataille à Calvetti. Cependant, Souyris est parti régler des affaires urgentes, notamment à Saint-Girons. Il n’y a eu aucune désertion.

La capitulation allemande est signée à Ségalas, au croisement des routes allant d’une part à Castelnau, d’autre part à Durban, dans la maison de Rémi Soula.

C’est là que le commandant Théodore Schöpplein, chef du 1er bataillon de la légion du Turkestan ; le lieutenant Bénito Pérez, « Oscar » (un français de Bordeaux), représentant les FFI, et le commandant Marcel Bigeard, « Aube », délégué militaire pour l’Ariège, signent le document de la capitulation, sur une modeste table de cuisine.

C’est ainsi qu’à 19 h 30 (heure française) ou 21 h 0 (heure allemande), le 22 août 1944, à Ségalas, commune de Durban, la Seconde Guerre mondiale s’est achevée en Ariège.

Dans la soirée a lieu de dénombrement des prisonniers : 1542 militaires allemands et turkestanais. D’autres militaires sont arrêtés dans les jours suivants. Dans la colonne se trouvent tous les membres de la Gestapo (non militaires).

… Vers 2 heures, une longue colonne de camions chargés de prisonniers entre dans Foix, noir de monde, au milieu d’une foule survoltée. C’est la nuit de la victoire. »

 

 

Chant des maquisards FTP

 

Chant des maquisards

Transmis par André LAGUERRE dit "DEDE LAFRAISE"[1]

 

 

1)  Il est dans les taillis de France

Un régiment de jeunes soldats,

Ces gars là n'ont pas  chance

Les maquisards et  nous voilà.

On nous appelle les "réfractaires"

"Les terroristes»,"Les hors la loi",

Et pourtant, il n'y a rien à faire

La France on la libérera!

De notre peau, on s'en fout, on s'en fout!

 

 

REFRAIN:

Nous sommes de la Résistance

Et de De Gaulle les soldats

Et nous libérerons la France

De cette bande de renégats

Des Pyrénées jusqu' en Bretagne

La Victoire nous accompagne

Avec ceux de la Résistance

Alors, debout la France!

 

 

 

2) Les boches à notre poursuite

Voudraient nous faire travailler

Et nous avons tous pris la Fuite

Les laissant là se débrouiller

Les Miliciens voudraient nous prendre

Pour nous envoyer au Poteau

Mais ce sont eux qui se feront pendre

Cette bande de saligauds

Les "milicaux" au poteau, au poteau!

 


 

 

 

 

 

 

Chantier de Jeunesse (l’exemple du groument 27 de Bénac)

 « Le groupement 27 :

C’est le général de la Porte du Teilh qui, en 1940, créa les chantiers de la jeunesse Française dans le but de regrouper les jeunes et leur donner une instruction et une discipline en remplacement des obligations militaires.

Dans la vallée de la Barguillère un groupement est donc mis en place début septembre 1940 près des forêts de Ganac, de Brassac et d’Andronne. Le château de Bénac convient parfaitement pour accueillir son poste de commandement et de gestion. Ce chantier prend rapidement le nom de Mangin en souvenir du glorieux général qui s’illustra, en 1916, à Verdun.

Comme pour la plupart des Chantiers, il faut faire d’abord avec peu : les jeunes s’installent dans des granges, des tentes sont montées pour servir de logement, puis, petit à petit, elles sont remplacées par des constructions en bois, les « baraques », lesquelles reposent sur une assise en « dur ». A Bénac, en 1942, on compte six implantations de camps. D’autres baraquements furent construits dans la vallée : au col de Légrillou, à Péralbe, au Pla de Rans, à Coumauzil, à la Souleille. Durant ces trois années de présence du groupement dans la Barguillère, l’effectif des jeunes à varié pour atteindre le nombre de 2348 (chefs compris) en 1942.

Forestage, carbonisation, reboisement, tracé de pistes et de route constituent le travail quotidien du chantier Mangin à Bénac. Les arbres indiqués par l’administration des Eaux et Forêts sont coupés, puis débités, pour l’élaboration de charbon de bois et pour le chauffage. Les fours de carbonisation se trouvent dans les forêts, ce qui évite les gros transports. Ces coupes ne gênent pas l’industrie locale car les jeunes du Chantier vont souvent dans les endroits où le bûcheron ne se rend pas du fait de l’éloignement et de la dangerosité. Le tracé de pistes et de routes est indispensable pour les charrettes et les véhicules à gazogène. Ainsi, ces requis ont édifié une route de Cazals au col de Légrillou, qui constitue encore aujourd’hui une grande partie de la route départementale 111.

Obtempérant à l’ordre des Allemands de déplacer les chantiers proches des frontières, en mars 1943, le groupement 27 va se déplacer en Auvergne, dans la région d’Aigueperse.

Après des débuts un peu compliqués, la cohabitation entre la population de Bénac (130 habitants) et tous ces jeunes (2000), venus de toute la région Sud, fut cordiale et amicale. Des liens d’amitié furent même tissés entre Bénacois, Bénacoises et  ces jeunes du groupement 27. »

 (Sources : Cami des Encantats 2011, à Bénac)

 

Comité Départemental de Libération (CDL)

Composition du Comité Départemental de Libération au 25 août 1944  (Sources Robert Fareng):

 

MUR : De Nattes (Préfet, sans parti)

FN : Prosper (Imprimeur, du PC)

PC : Maury (Cheminot à Pamiers, PC)

PS : Costedoat (Colonel en retraite à Varilhes, PS)

Parti Radical : Durin (docteur à Saverdun, Parti Radical)

CGT : Galy (Ajusteur à Pamiers, PC)

CGA : Amardheil (Paysan, Pamiers, PC)

MNPGD : Grassin (Chef de cabinet du Préfet, sans parti)

PC : Palmade (Coiffeur, Pamiers, PC)

PS : Charria (Professeur, Foix, PS

Maris (Epicier, Pamiers, PS)

Michaud (Contrôleur PTT, Foix, PC)

« Suzanne » (Etudiante, MUR)

FUJP (Délégué): Fareng (instituteur, sans parti)

 

Ne siégèrent jamais : « Suzanne » et Grassin ;

 

Chaque membre assure un service :

Durin : Assistance ; Galy : questions ouvrières ; Amardheil : questions paysannes ; Palmade : police et internement ; Michaud : Transports ; Charria : presse et enseignement ; Costedoat : épuration ; Fareng : Milices Patriotiques, transports et enseignement…

 

S’installe en face de la préfecture dans les bureaux du Commissariat au Renseignements Généraux

 

A partir d’octobre, le CDL s’élargit : Grant, Caujolle (CGT, PC) ; Galy-Gasparrou (parti radical) ; Destrem (PS) ; Troy (PS) ; Gisquet (Démocrate Chrétien) et abbé Blanchebarbe pour Foix ; Rescanière de Saverdun ; Pibouleau et Thouvenin pour Lavelanet (PS) ; Builles, cheminot de Mercus ; Molinier de l’UFF

 

Septembre : un envoyé spécial de De Gaulle, le lieutenant Lasry spécifie son rôle : il n’a plus qu’un rôle consultatif auprès du préfet.

 

Il maintient le sous-préfet de Pamiers dans ses fonctions, de même que le secrétaire de la préfecture, Amade.

Mollins, Commissaire adjoint aux renseignements généraux est nommé chef départemental des Forces de Police ; Grassin, chef de bureau devient chef de cabinet du préfet.

A St Girons, le premier sous-préfet mis en place fut Mr Prat, ingénieur des Ponts et Chaussées. Sur l’intervention de Calvetti, il est démis de ses fonctions au profit de Delnondedieu qui venait d’être libéré de la prison St Michel

 

 

Cour Martiale

La Cour martiale du Département de l’Ariège est crée par arrêté du Commissaire de la République le 0/9/44.

 

Siège : chef lieu

Doit juger crimes et délits portant atteinte à la défense nationale et qui peuvent être traduits directement et sans instruction préalable.

Comprend : un président (officier supérieur), 2 juges (officiers subalternes et un sous-officier ou soldat), un commissaire du gouvernement.

La procédure est celle du Tribunal militaire sauf l’ordre de mise en jugement qui est signé par le commandement de la subdivision.

Un avocat est nommé d’office pour la défense.

L’exécution du condamné est immédiate

 

Composition :

Président : Chef de bataillon Gardelle

Juges : commandant Gisquet, sergent Galy

Commissaire du gouvernement : chef de bataillon Biragnet

Substitut : Commandant Destrem

Greffier : sous-lieutenant Clastres

Huissier : sous-officier Guyon

Président suppléant : chef de bataillon Brossette ; juge suppléant : Ané

 

*

 

Installation : le 13 septembre

Un seul jugement, le 14 septembre

Abrogée par le commissaire de la République le 19 septembre

Remplacé par le Tribunal permanent de l’Ariège, créé par arrêté ministériel le 16 septembre

 

Déportés

Chiffres fournis par le Comité des Oeuvres Sociales des Organisations de la Résistance :

 

Fin 44 :

Déportés de France : 40

Evadés de France : 40

Tués et fusillés : 132

Mutilés et blessés : 37

 

Début 45 :

Internés français et étrangers : 70

Déportés français : 210

Déporté étrangers : 80

Déportés français rapatriés : 111

Déportés français morts ou sans nouvelles : 99

Etrangers morts ou sans nouvelles : 40

 

(Cl. Delpla estime à 450 pour l’Ariège le nombre des déportés, soit un déporté pour 330 habitants ; ce qui représenterait le taux le plus élevé en France. Il faudrait y ajouter les israélites et les internés du Vernet)

 

Douanes

Postes de douanes en 1943 :

 

Tarascon

20

Depuis le 28/4/43

Ercé

22

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L’Hospitalet

22

‘’’’’’’’’’’’’’’’’’’’’’

Mérens

14

‘’’’’’’’’’’’’’’’

Les Cabannes

14

‘’’’’’’’’’’’’’’’

Luzenac

14

‘’’’’’’’’’’’’’’’’’’’

Sentein

28

25

20/04/1943

25/2/43

Orgibet

13

25/2/43

Couflens

15

11

?

1er/3 :43

Aulus

20

 

Siguer

5

 

St Girons

1 poste avec officier

 

Castillon

18

 

Ustou (Trein d’Ustou)

6

14 (et 1 gradé)

+ 6

 

18/4/43

Ornolac/Ussat

15 douaniers et 2 gradés

+ 3 S.O. (le 16/03)

 

Ustou (Slillon)

6

Depuis le 18/04

 

Epuration

Le nombre d’exécutés, pour ce qui concerne l’Ariège, reste une inconnue… L’emblème de cette période trouble étant Pamiers : cas spécifique en France…  (Lire l’étude de Pierre Laborie « Entre histoire et mémoire, un épisode de l’épuration en Ariège : le tribunal du peuple de Pamiers, 18-31 août 1944 » parue dans le Bulletin des Amis des Archives de l’Ariège « Pays Pyrénéens (XVI°-XX° s.) Pouvoirs centraux… » T. 2 (Archives départementales de l’Ariège, 59 ch. De la Montagne, 09000 FOIX. Prix : 27€ 50 les deux Tomes)

 

Pour le moins, les chiffres suivants peuvent être avancés :

 

Du 19 août au 24 octobre 44 :

- Pamiers : (19 au 30 août) : 34 fusillés (+ 2 tués en prison)

- St Girons : (2-4 septembre) : 8 prévenus ; 8 exécutions

- Tribunal militaire spécial (5-6 septembre) : 8 prévenus ; 6 exécutions

- Cour martiale de l’Ariège (13-14 septembre) : 2 prévenus ; 2 exécutions

- Tribunal militaire permanent (19 septembre- 25 octobre) : 13 prévenus ; 4 exécutions

 

*

 

Si l’épuration en Ariège a commencé dès la prise de Pamiers (17 Août 1944) avec comme épicentres Pamiers, Foix et Saint-Girons, il est demandé le 24 septembre 1944, au niveau des communes (via le CLL) de créer des « Commission d’épuration ». Ci-dessous, la circulaire qui a été envoyée aux communes :

 

Commission d’épuration : La Commission d’épuration est placée sous la présidence du Président du Comité de Libération. Ses membres doivent être choisis parmi ceux qui ont fait preuve d’une activité incontestée dans la résistance. Ils doivent présenter toutes les garanties aux points de vue moralité et intégrité. Une indépendance absolue doit présider aux décisions de la commission.

 

Rôle de la Commission : La Commission doit établir deux sortes de listes :

A-    Liste des criminels de guerre : Cette liste comprendra les miliciens, agents de la gestapo, membres du P.P.F., ou tous ceux qui auront livré à la police de Vichy un maquis ou une organisation de la résistance (qu’ils soient actuellement libres, arrêtés ou en fuite). Cette liste comprendra également les chefs d’entreprise qui ont travaillé pour l’ennemi de leur propre gré.

 

B-     Agents indirects de l’ennemi et collaborateurs : cette liste comprendra tous les collaborateurs qui, par leurs propos, leur action ou leur propagande, auront nui à l’intérêt de la Nation et favorisé la tâche de l’ennemi. Elle comprendra également les journalistes ayant rédigé des articles en faveur de l’ennemi, les fonctionnaires ou magistrats qui auront facilité sa tâche, les commerçants, paysans ou intermédiaires qui auront fait du marché noir dans un but lucratif.

Cette liste sera établie sous forme d’un tableau de 4 colonnes, comprenant les noms et prénoms, profession, corps du délit, peine proposée.

Les peines pouvant être proposées sont les suivantes : déchéance des droits politiques, emprisonnement, travaux forcés, déportation, amende, confiscation partielle ou totale des biens, peine de mort. Pour les fonctionnaires, magistrats et professions libérales, pourront être en outre proposées : la suspension, révocation avec ou sans retraite, interdiction d’exercer la profession. Des peines moins graves peuvent être proposées dans certains cas.

Des dossiers seront établis pour chaque inculpé. Les listes et les dossiers seront signés par le Président de la Commission ou son suppléant et adressés dans le moindre délai au Comité de Libération du (nom du chef-lieu de canton).

 

Les Circulaires de Mr le Commissaire de la République et de Mr le Préfet invitent les Commissions d’épuration à se montrer extrêmement sévères  pour l’établissement de ces documents. En effet, s’ils doivent être rédigé avec toute l’équité voulue, il ne faut pas perdre de vue que, dans les circonstances actuelles, toute faiblesse serait un crime envers la Patrie.

 

 

Chiffres avancés : Travail de la Commission  (au 9 juin 1945):

 

Affaires transmises à la Préfecture : 321

Affaires transmises à la Chambre Civique : 32

Affaires transmises au Tribunal : 57

Affaires transmises à divers services : 53

Affaires en cours : 62

=> Total des affaires instruites : 429

 

Foix

Témoignage de l’époque concernant la fin des combats de Foix (19 août 1944) :

 

Un groupe montait sur les hauteurs surplombant le lycée. Il était composait du lieutenant « Franc », de l’adjudant-chef Pradier et de l’adjudant Bauron, auxquels se joignirent des hommes du maquis dans des conditions rapportées par le lieutenant Franc :

 

« Nous attendions toujours, lorsque, montant par la rue des Salenques, je vis arriver deux hommes du maquis espagnol. Je leur fis signe de venir me rejoindre, fis ouvrir la porte de la cave de la Subdivision, et de là, je leur montrais un FM allemand qui arrosait toute la rue ; nous traversâmes une première fois la route pour essayer de nous en approcher, mais nous ne pouvions pas le voir. Pradier me rejoignit à ce moment-là. Nous montâmes sur une des hauteurs dominant le lycée (plateau du château de Bellissens). Les deux hommes du maquis étaient un Espagnol et un Canadien ; nous les accompagnâmes jusqu’à l’endroit où nous pouvions tirer sur le lycée. Le Canadien qui m’avait défendu de tirer sur le lycée et de tirer avec mon revolver, fut blessé au mollet gauche ; je lui fis un pansement et le ramenais à l’arrière. Je pris son fusil et ses cartouches tandis que Pradier restait avec l’autre homme. De retour au poste de combat, j’envoyais « Pradier » chercher du renfort.

Le deuxième homme fut blessé au cou ; je lui fais son pansement et le ramenais à la Subdivision car il était sérieusement touché. Je me mis en quête du chef des Espagnols pour obtenir du renfort, et, après des pourparlers assez longs, il me donna un groupe composé d’un FM, une mitraillette, un groupe de mortiers et quatre ou cinq voltigeurs ; Nous retrouvâmes la route qui était battue par le FM sous la direction de Pradier qui avait reconnu un nouvel itinéraire. Nous montâmes sur le plateau. Vers 21 H 30, la reddition des Allemands, retranchés dans le lycée de Foix nous parvint ».

 

 

Justiniac

On ne sait que peu de choses (de façons précises) sur l’attaque du maquis de Justiniac (26 juin 1944)…

Relatons, donc, le rapport de la Commission des Crimes de guerre (dépositions de Desarnaud, instituteur ; de Pelata et Mme Sentenac ; de Plescot ; de Massat, maire ; photos ; rapports de gendarmerie):

 

« Le 26 juin 1944, à la pointe du jour, une centaine de soldats allemands, portés par 25 voitures,  ont attaqué le château d’Escarabillat appartenant à Mr Sandry où se trouvait un petit maquis.

Surpris, les maquisards ont tous été pris et fusillés. Le gendarme St Martin, chef du maquis, a été pendu à un acacia, lardé de coups de baïonnette, puis fusillé

Les victimes sont :

St Martin Armand, Laurent, gendarme à Saverdun

Mme St Martin Josette, épouse du précédent

Maurette Pierre, cultivateur au camp du Vernet

Orlier Louis, ex-garde au camp du Vernet

Belbéze Auguste Henri, apprenti zingueur à Saverdun

Orsini Joseph, garde au 3ème régiment de la Garde

 

Les Allemands ont amené une septième personne, Mr Belondrade Joseph, ouvrier à Saverdun, qui se trouvait dans le château. Celui-ci a été perçu peu après dans une voiture allemande, il avait la figure ensanglantée (NB : d’après les archives militaires, le nombre total des victimes serait de douze).

Le château a été attaqué d’abord à coups de canon avant l’assaut, puis complètement saccagé.

Le détachement allemand venait de Venerque, était commandé par un major allemand (commandant) et comptait trois officiers. C’étaient des SS »

 

 

Lauquié

Lauquié dit le « château de Lauquié », situé à Foix près de l’actuel collège Lakanal a été construit à la fin du XIXème siècle par Jean Tersouly, ingénieur né à Foix en 1817, dans un style suisse. Gabriel Fauré, Lafagette ou Théophile Delcassé, amis de la famille, s’y rendaient régulièrement. Ce que l’on sait moins : ce lieu avait servi de refuge entre 1914 et 1918 à une communauté de religieuses (Notre-Dame de Sion) venant d’Evry : la maîtresse des Novices étant Jeanne Emilie Pomiès, née à Foix le 20 juin 1874.

 

Cependant, ces bâtiments resteront dans la mémoire et l’Histoire comme le siège de la Gestapo de novembre 1942 (occupation de la zone Sud de la France, et, donc, de l’Ariège) au 16 août 1944. Dans ses murs, des interrogatoires « musclés » y ont été menés conduisant parfois à la déportation ou à l’exécution. Des graffitis en sont, encore, les témoins…

 

Lors de la libération de l’Ariège, le futur général Bigeard (dit alors « Aube ») s’y installera avec la mission Interalliée. Des fouilles rapides (et qui n’ont pas été poursuivies) dans le jardin du château de Lauquié, début septembre 1944, mènent à la découverte de 2 cadavres dont l’un a été tué d’un coup de revolver dans la nuque : l’on ignore toujours leurs identités…

Redevenue privée, la propriété servira, après vente d’une de ses parties à la municipalité de Foix, à la construction du collège Lakanal. Quant au « Château » et la partie restante, ils font actuellement l’objet d’un projet de construction d’une cité judiciaire et de la Maison du Tourisme Ariège-Pyrénées…

 

 

Lettre de collaboration

Lettre adressée le 19 juin 1944 au major allemand Dreyer, des douanes mis à la tête d’un commando de quinze hommes collaborant avec la Gestapo et le SD (police secrète) à Saint Girons :

 

« Monsieur,

J’ai assisté comme maire à votre conférence ce samedi ; comme ancien officier français, je suis pour la collaboration et vous apporte mon aide, quoique modeste.

Il y a à x…, un exploitant x … qui travaille pour le pays : bois, charbon et scierie (10 ouvriers charbonniers en forêt et 15 ouvriers en scierie).

Samedi dernier, 2 terroristes espagnols ont intimé l’ordre aux ouvriers bûcherons de quitter la forêt et ceux-ci ont obéi. Dans la nuit de lundi, on a volé 3 moteurs et saboté l’usine.

Nos forêts sont trop vastes pour y faire des battues ; quand on ne peut aller au gibier, on le fait venir à soi.

Si vous voulez parler avec moi des possibilités que je crois avoir de tendre un piège aux terroristes, je suis à votre disposition : fixez-moi un rendez-vous.

Je vous demande seulement de ne parler de cette affaire à personne, pour le moment, de mon offre, même au sous-préfet.

Rendez-vous à Saint Girons si vous voulez. Nous sommes deux soldats menant le même combat.

Je vous salue, Monsieur, en camarade.

Signé : x…, maire de ….. »

 

 

Libération Ariège

C’est le 15 août que les responsables départementaux de la Résistance donnèrent l’ordre de libérer le département  (jour du débarquement en Provence): c’étaient Camille Souyris, chef départemental des FFI, André Lacoste (Abel), secrétaire du PC et responsable du Front National, les membres du triangle de direction des FTP : Cadéro, Calvetti et Gabarre, les responsables des guérilleros et leur chef d’EM, Alonso (Robert)

 

Date officielle de la Libération de l’Ariège : Le 24 août 1944 à 24 H (arrêté signé par E. de Nattes le 15/09/1944)

 

 

Maquis

Rapport du préfet de l’Ariège au préfet régional, au ministère de l’intérieur (27 Juillet 1943) :

Pour la première fois, le préfet parle de « maquis »

 

« Un certain nombre d’entrepreneur de battages ont reçu d’organisation de Résistance des lettres leur interdisant de battre (le blé) sous peine de destruction de leur matériel. Quelques incendies ont détruits des récoltes et des batteuses ;

Enfin, le 27 juillet, dans plusieurs villages de l’arrondissement de Pamiers, des batteuses en marche ont été sabotées et rendues inutilisables par de petits groupes de terroristes, principalement espagnols »

 

 

Mas d’Azil

Projet d'usine d'aviation dans la grotte du Mas d'Azil:

Avec la seconde guerre mondiale, la Société des Constructions Aéronautiques du Midi (pour le compte de Dewoitine) pense utiliser des grottes pour des usines souterraines à l'abri d'éventuels bombardements (mai 1940). Deux projets sont retenus: Bédeilhac et Le Mas d'Azil. Le représentant des Monuments Historiques semble prêt à accepter moyennant quelques restrictions (pas d'utilisation de la rive gauche, et fermeture des galeries, et, donc, fermeture des entrées et sorties de la route). Les circonstances historiques (fin des hostilités en juin 1940) interrompent le projet.

Mais, fin 1943, les autorités allemandes demandent au préfet un inventaire de toutes les grottes de l'Ariège. La route de la grotte du Mas d'Azil est pressentie pour être fermée de part et d'autre afin d'installer une usine souterraine pour les besoins de l'Armée allemande. Décembre 1943 : Les autorités allemandes demandent au préfet de l’Ariège l’interruption de la circulation par la grotte du Mas d’Azil et de prévoir des déviations: Deux  sont prévues pour la circulation des automobiles et des poids lourds; mais le Ministère de la Production Industrielle et des Communications, s'il est d'accord pour ces déviations, demandent aux autorités allemandes de les financer... Et cela traînera... pour ne pas être utilisé, au contraire de la grotte de Bédeilhac qui posait moins de problèmes et fut utilisée pour les besoins de l'aéronautique allemande...

 

 

Montégut-Plantaurel : Les Enfants du château de La Hille

 

Fiches établies le 25/02/1942

 

Lors de leur arrivée au Château de La Hille, toutes les personnes Israélites ont été fichées à la Préfecture. La synthèse de ces fiches individuelles donne en flash le nombre de celles-ci, leur nationalité et leur âge. Ne sont donc pas concernés les « non Juifs » résidant, aussi, au Château de La Hille.

 

« Déclaration qui doit être formulée par tout israélite établi ou réfugié en France depuis le 1er janvier 1936 »

 

« Je soussigné, demeurant à Montégut-Plantaurel… »

 

Ont rempli ces fiches et les ont signées :

 

Nom

Date de naissance

Nationalité

Bergmann Pierre    

2/05/1930

Aut

Berhnard Ingeborg 

24/07/1928

All

Berlin Egon  

17/01/1928

All

Berlin Inge   

24/06/1923

All

Blumenfeld Karlheinz (signe : Charles)

29/03/1924

All

Brünell Heinz         

19/07/1925

All

Brunell Ilse (Brunnell)

15/01/1923

All

Chaim Edgar           

20/07/1923

All

Cosmann Rosemarie           

3/01/1925

All

Dessauer Trude

8/06/1927

All

Dortort Emile          

7/03/1924

All

Dortort Joseph

27/05/1928

All

Eckman Gerhard

7/08/1929

All

Eckmann Gerhard  

7/08/1929

All

Elkan Berthold (Bertrand)     

24/05/1922

All

Epstein Werner

14/12/1923

All

Frank Elka, née Barth           

8/03/1915

All

Frank Irène, née Berl           

8/12/1888

Aut

Garfunkel Hans

21/04/1924

All

Goldapper Edith

12/11/1924

Aut

Goldmark Rosa

28/10/1927

Aut

Grabkowicz Alix

30/10/1924

Aut

Haas Guy     

7/06/1929

All

Helft Inge

21/03/1926

All

Hertz Ruth Pauline

18/04/1922

All

Herz Georges

27/08/1928

All

Holhberger Adèle

15/09/1926

Pol

Jankielewitz Edith  

29/07/1931

All

Joseph Inge

19/9/1925

All

Kamlet Manfred  

14/06/1925    

All

Kantor Arthur

7/06/1926

Aut

Kantor Eva   

26/06/1928

Aut

Kern Margot

9/10/1926

All

Klein Helga 

18/09/1925

All

Klein Kurt

11/12/1925

Aut

Klonower Ruth

9/11/1924

All

Koenigshoeper Almuth

11/06/1923

All

Kuhlberg Fanny

26/05/1929

Pol

Kuhlberg Rita         

1/03/1928

Pol (a été rectifié)

Kwacekowski Gerhard (Gérard)

2/03/1926

All

Landesmann Peter             

22/05/1925

Aut

Leistner Rita

24/01/1925

Aut

Lewin Léo    

23/01/1925

All

Lind Gertrud           

27/05/1927

Aut

Manasse Gustav     

1/12/1931

All

Manasse Manfred   

27/07/1935

All

Moser Edith 

28/12/1924

All

Moser Kurt  

20/06/1922

All

Nussbaum Adolf

10/01/1925

All

Nussbaum Lotte

19/08/1923

All

Öhlbaum Rudolf

13/11/1927

Pol (a été rectifié)

Rosenblatt Else

25/11/1925

All

Rosenblatt Regina              

29/07/1927

All

Rosenblatt Toni      

31/08/1931

All

Rosenfeld Frieda

22/05/1927

Aut

Roth Jacob    

11/01/1925

Pol

Rübler Inge             

11/04/1931

Aut

Salz Peter     

14/02/1926

All

Schlesinger Ernest

10/12/1895

Aut

Schlesinger Flora, née Schlisinger   

18/09/1901

Aut

Schlesinger Paul

8/06/1929

Aut

Schragenheim Inge 

4/12/1924

All

Schütz Betty            

18/01/1930

All

Schütz Ruth 

31/03/1925

All

Sckleringer Ernest  

(incorporé dans le groupe de Travailleurs Etrangers 721 à Sabarat)

10/12/1896

Aut

Seelenfreund Irma  

21/04/1921

Pol

Steinberg Frieda     

23/12/1924

Aut

Steuer Antoinette   

24/07/1936

Pol

Storosum Martha

3/03/1927

All

Strauss Walter

5/02/1925

All

Stückler Cilly          

25/03/1929

Aut

Stückler Norbert

25/05/1926

Aut

Vos Heinz                

25/7/1933

All

Vos Manfred

8/06/1924

All

Wertheimer Fritz

19/03/1924

All

Wolfgang Luzian

2/11/1925

Aut

Wolpert Willy                     

29/09/1930

All

Wulff Ilse     

25/12/1925

All

 

=>

 

 

50 Allemands

21 Autrichiens

7 Polonais

                        Soit : 78 personnes

 

 

 

Naissance

Nombre

Age en 1942

1888

1

54 ans

1895

1

47 ans

1896

1

46 ans

1901

1

41 ans

1915

1

27 ans

1921

1

21 ans

1922

3

20 ans

1923

6

19 ans

1924

11

18 ans

1925

16

17 ans

1926

7

16 ans

1927

7

15 ans

1928

6

14 ans

1929

6

13 ans

1930

3

12 ans

1931

4

11 ans

1933

1

9 ans

1935

1

7 ans

1936

1

6 ans

 

 

*

 

 

 

Intervention de Walter Reed au Colloque de Lacaune (septembre 2005) sur les Enfants du Château de La Hille (commune de Montégut-Plantaurel, en Ariège)

 

NB : Walter Reed fut l’un des enfants réfugiés durant la seconde guerre mondiale, mis sous la protection de la Croix Rouge Suisse, dans notre département. Actuellement en Californie, il vient régulièrement en France et sert de « lien » entre tous ces « anciens du château de La Hille».

C’est au cours de son séjour en France, où il faisait des recherches approfondies en archives pour retracer l’itinéraire de tous ses enfants, qu’avait lieu ce Colloque de Lacaune sur la Shoah où il fut invité à prendre la parole…

 

 

*

 

« Les Enfants du Château de La Hille

Walter Reed

 

Nous avons disposé de 60 années pour faire des recherches et rendre compte de ce qui s’est passé pendant la Deuxième Guerre mondiale et nous savons maintenant beaucoup plus de choses sur ce qui s’est produit et pourquoi ça a eu lieu. Nous savons beaucoup de choses sur les « méchants» et apprenons de plus en plus de choses – bien que tardivement -  sur les « bons ». Et je pense ici à la fois aux femmes qui ont été « bonnes » et aux hommes qui ont été « bons ». Beaucoup d’entre vous ont contribué matériellement à cette connaissance et c’est ce que vous êtes encore en train de faire en participant à cette rencontre.

 

Nous avons été informés et avons beaucoup entendu parler des victimes, des atrocités, de l’horrible tragédie de ces massacres soigneusement planifiés. Je pense cependant que nous n’avons pas assez entendu parler et ne savons pas assez de choses sur les enfants en tant que victimes, sur les Héros de l’Holocauste – aussi bien des adultes que des enfants –, sur l’incroyable courage humain de familles, quelle que soit leur croyance, sur les nombreuses personnes qui les ont aidés et sauvés – Français, Suisses, Belges, Hollandais et beaucoup d’autres nationalités.

 

L’histoire des « Enfants de La Hille » a à voir avec beaucoup de ces aspects de la Shoah qui ne sont pas encore assez soulignés. Peut-être pourrai-je ce matin apporter une petite contribution à cette question en vous racontant l’histoire de ce que l’on a appelé « Les enfants de La Hille ». Nous savons beaucoup de choses au sujet du Chambon, d’Isieu et d’autres sites liés à l’OSE. Pourtant, même en France, on sait très peu de choses à ce jour sur La Hille. Je considère donc que c’est un privilège pour moi de vous parler des Enfants de La Hille.

 

L’histoire de notre colonie en vérité est un malheureux exemple des « enfants en tant que victimes de la guerre ». C’est l’histoire de familles déracinées et détruites. C’est l’histoire de de sauvetages et de prises en charge par des Juifs et des non-Juifs généreux et honorés. C’est l’histoire de gens simples en Belgique, en France, en Suisse et aux Etats-Unis qui se sont préoccupés d’autres êtres humains et ont agi en conséquence. Mes amis, c’est aussi l’histoire d’enfants et d’adolescents qui sont devenus eux-mêmes des héros et qui ont souvent agi comme des adultes responsables, même s’ils n’étaient encore que des enfants.

 

Je viens de prendre positions de façon très téméraire et je pense donc qu’il faut que je vous dise maintenant comment je sais tout cela. Et tout d’abord, qui suis-je ?

 

Je suis né et j’ai grandi dans un petit village de Bavière d’environ 1000 habitants, près de Wurzbourg. Dans les années 1930, la population comportait environ 25 familles juives. La Nuit de cristal (j’avais 14 ans), mon père et moi avons été arrêtés ainsi que d’autres hommes et d’autres garçons de notre village.

 

J’ai été libéré de la prison locale au bout de trois jours mais mon père et tous les hommes de notre région ont été envoyés à Dachau et y sont restés pendant plus d’un mois. Croyez-le ou pas, c’est sans doute à Dachau que je dois d’avoir la vie sauve.

 

Après le retour de mon père, mes parents apprirent l’existence en Belgique d’un comité de sauvetage des enfants et s’arrangèrent pour m’y envoyer en 1939, alors que j’avais 15 ans. Mes parents et mes deux jeunes frères restèrent sur place et furent parmi les premières victimes de la machine de meurtres de masse des Nazis. Ils furent déportés et tués en Pologne en mars 1942.

 

La vie à Bruxelles, dans une maison pour garçons juifs réfugiés, était plaisante mais elle fut de courte durée. En mai 1940, les 50 garçons et 40 filles provenant de deux foyers différents que nous étions, partîmes par un train de marchandise vers le sud de la France, près de Toulouse et un an plus tard fûmes déplacés au Château de La Hille, près de Foix. Des membres de la famille et un comité de sauvetage à New York réussirent à arranger mon émigration vers les États-Unis l’été 1941 alors que j’avais 17 ans.

 

Jusqu’à ce jour, j’éprouve un amour particulier pour la France, pour son peuple et pour ses paysages. Vous allez bientôt comprendre pourquoi.

 

En 1943, alors que j’étais âgé de 19 ans, je fus appelé par l’armée américaine, débarqué en Normandie une semaine après le début des opérations, et passai le reste de la guerre en tant qu'examinateur des prisonniers allemands près des lignes de front – dans la région de la Sarre, dans les Ardennes et la région du Rhin.

 

A partir de 1998 –  il y a sept ans – je suis devenu le coordonnateur volontaire des quelque 50 survivants de La Hille qui vivent maintenant un peu partout dans le monde. Je connais de l’intérieur les expériences qu’ils ont vécues pendant la guerre et leur vie ultérieure. J’ai décidé l’an dernier d’écrire un nouveau livre sur l’histoire de La Hille. En faisant des recherches dans les archives en Suisse, en Allemagne, en Belgique, en France et aux Etats-Unis, j’ai eu la chance de trouver des documents remarquables qui apportent des informations sur le thème du livre prévu – « Les enfants, victimes de la guerre ».

 

Permettez-moi maintenant de partager avec vous, en quelques mots, l’histoire « complète » des Enfants de La Hille. C’est une histoire authentique de persécution, d’angoisse et de sacrifice des parents, de prise en charge de sauveteurs, de courage incroyable, de chance invraisemblable – et aussi de tragédie.

 

Résultat direct de la Nuit de cristal, un procureur et sauveteur belge très en vue qui s’appelait Max Gottschalk poussa un petit groupe de femmes juives belges à mettre sur pied le Comité d’assistance aux enfants juifs réfugiés (CAEJR).

 

Ce Comité persuada le gouvernement belge de fournir une subvention pour accueillir en 1938-39 plus de 500 enfants juifs venant d’Allemagne et d’Autriche, sans leur famille et pour une durée limitée (jusqu’à la fin de l’année). J’étais un de ces enfants.

 

 

Beaucoup d’enfants furent placés dans des familles belges tandis que 150 d’entre eux environ furent hébergés dans différents foyers de garçons ou de filles. Le Comité féminin agit littéralement comme l’auraient fait des parents et fournit une partie des fonds nécessaires pour constituer une équipe d’encadrement et pour répondre à nos besoins quotidiens. Certains parents et certains sponsors belges apportèrent une contribution mensuelle.

 

Ces efforts accomplis par les Belges pour sauver les enfants juifs ainsi que les membres du Comité demeurent pratiquement inconnus, même à ce jour. Mme Marguerite Goldschmitt-Brodski était la présidente, et Mmes Felddegen, de Becker, Wolf, Lévy et d’autres étaient des membres actifs. Ces femmes, ainsi que Max Gottschalk, font partie des sauveteurs héroïques auxquels j’ai fait allusion plus haut.

Quand la Wehrmacht envahit la Belgique (ainsi que la Hollande et la France) en 1940, nombre des 500 protégés du Comité avaient déjà réussi à émigrer aux Etats-Unis, en Angleterre et en Hollande. Le 13 mai, les directeurs respectifs de la maison des garçons et de celle des filles (la Maison Preyer et la Maison Général Bernheim) réussirent à faire partir 92 enfants des deux maisons et de familles particulières par un des nombreux trains de marchandises qui allaient en France.  Mme Elka Frank, directrice de la maison des filles, et Mr et Mme Gaspard DeWaay, directeurs de notre maison des garçons, accompagnèrent les enfants (les DeWaay n’étaient pas juifs et Mme DeWaay était enceinte de 6 mois).

 

Après avoir erré de ci delà en France pendant une semaine avec ce train de marchandises, les enfants furent débarqués à Villefranche-de-Lauragais et conduits dans une exploitation agricole qui appartenait à la famille De Capele, à Seyre par Nailloux. Les 92 enfants (âgés de 5 à 18 ans) vécurent là jusqu’au printemps 1941, dans des conditions très précaires, dans une grande grange et d’anciens bâtiments de ferme adjacents. La générosité et le soutien de la famille De Capele et des familles des fermiers du voisinage est un autre exemple (encore non reconnu à ce jour) de citoyens français altruistes qui soutinrent généreusement des enfants juifs réfugiés et menacés, dans un environnement très hostile. Nous connaissions l’existence du camp de Gurs et parmi les plus âgés des adolescents de Seyre plusieurs y avaient été.

 

Le mari d’Elka Frank, démobilisé dans la France de Vichy par l’armée belge, rejoint la colonie et en prit la direction en août 1940 quand les DeWaay furent rapatriés en Belgique.

 

En août 1940 également, notre protecteur belge, Mme Goldschmidt, fuyant elle-même les Nazis et réfugiée à Cahors, se servit des contacts qu’avait son mari avec la Croix Rouge pour négocier un accord avec le Secours suisse aux enfants et prendre la responsabilité de notre camp. C’est un autre exemple d’intervention altruiste à porter au crédit des Belges et des Suisses et de la protection dont nous avions gravement besoin à ce moment-là.

 

Je ne prendrai pas le temps de décrire les rigueurs de l’hiver 1940 pour ces 100 enfants et les adultes qui s’occupaient d’eux. Vous savez bien quelle était la situation. Les choses étaient si difficiles que Mr et Mme Maurice Dubois, responsables du Secours suisse à Toulouse, décidèrent de trouver un autre lieu pour ces quelque cent enfants.

 

C’est pourquoi, au début du printemps 1941, 25 garçons et filles plus âgés déménagèrent au Château de La Hille à Montégut-Plantaurel, dans l’Ariège, que le Secours suisse avait loué, pour y faire des réparations afin de le mettre en état pour que toute la colonie puisse s’y installer. C’est ce qui se produisit début mai. Comme je l’ai dit plus haut, en août 1941, je pus émigrer en toute légalité aux États-Unis.

 

Une des femmes de notre Comité belge, Mme Lili Felddegen, avait réussi à partir de Bruxelles pour se réfugier à New York en 1939. Dès qu’elle apprit notre fuite à Seyre, elle fit le maximum pour sauver les 100 enfants et de les faire partir de Seyre pour les États-Unis. Malheureusement, la politique restrictive du gouvernement américain l’empêcha de mener à bien son projet. Elle s’arrangea cependant pour que 16 enfants parmi les plus jeunes de La Hille fassent partie d’un convoi de sauvetage de 100 enfants de l’OSE organisé par les Quakers américains. Ces enfants arrivèrent aussi à New York l’été 1941 et quatre autres, grâce à ses efforts, purent arriver en 1942. On peut ajouter Lili Felddegen (qui n’était pas juive) à la liste de nos principaux héros. J’ai découvert il y a peu ses archives personnelles et pu voir que dans ses lettres elle se réfère toujours à nous en disant « nos enfants » ou « nos pauvres enfants ».

 

Vous vous demandez sans doute : « Mais qu’est-il advenu des autres enfants de La Hille après 1941 ? »

 

Nous avons la preuve que le Préfet de l’Ariège a procuré des châlits métalliques et a attribué un enseignant supplémentaire à l’école locale quand nous avons déménagé à La Hille. Et aussi qu’un nouveau directeur du camp, Mlle Roesli Naef, arriva de Suisse ainsi que plusieurs autres éducateurs et enseignants. Toutes ces personnes suisses, jeunes pour la plupart, étaient des volontaires et savaient que les conditions de la France de Vichy étaient bien pires que chez elles. Elles vinrent cependant et travaillèrent dur dans des conditions difficiles, avec des enfants réfugiés juifs en danger croissant. La nourriture était rare, comme tous les objets de consommation courante, vêtements, savon, etc.

 

Laissez-moi souligner que presque tous les quelque 100 enfants avaient un parrain et une marraine suisses, grâce au Secours suisse. Croyez-moi, nous connaissions tous en ce moment beaucoup de personnes suisses qui étaient « bonnes ».

 

Je dois souligner que jusqu’à 1942 beaucoup d’entre nous eurent encore l’occasion de communiquer avec leur famille restée en Allemagne et en Autriche, quoique nous ne sachions pas grand chose de leurs difficultés et rien sur leur destin éventuel. Toutes les lettres étaient censurées par les Nazis, celles que nous recevions et celles que nous envoyions. Pour les plus jeunes, qui étaient nombreux, avoir été arraché à sa famille était psychologiquement très difficile et nous, les plus vieux, compatissions évidemment.

 

En contrepartie, très spontanément, nous fonctionnions comme une grande famille et beaucoup des garçons et filles plus âgés prenaient sous leur coupe et protégeaient un ou plusieurs enfants plus jeunes. À Seyre, nous avons même mis en place pour eux des classes d’école informelles, et quoique je me demande aujourd’hui ce que j’ai bien pu enseigner à 16 ans, c’est bien ce que nous avons fait.

 

À Montaigut, comme à Seyre, les agriculteurs de la région cherchaient des aides pour leurs travaux et beaucoup d’adolescents travaillèrent chez des agriculteurs des environs, obtenant souvent ainsi une nourriture plus abondante et de meilleure qualité qu’à La Hille. Je dois dire que, à quelques exceptions près, les agriculteurs de la région, à Seyre et Montégut, n’étaient pas riches, eux aussi donc sont des héros pour avoir soutenu et protégé mes compagnons.

 

Quand les rafles commencèrent en août 1942, La Hille ne fut pas épargnée. Tôt le matin du 26 août 1942, 40 garçons et filles à partir de 16 ans furent arrêtés à La Hille et conduits au Vernet. La directrice, Mlle Roesli Naef, se rendit en vélo au Vernet et plaida auprès du commandant du camp, la libération de « ses » enfants. Faute d’avoir un ordre officiel, il s’y refusa. C’est alors que Maurice Dubois alla de Toulouse à Vichy et qu’il fit en sorte d’obtenir l’ordre de libérer tous les 40 enfants de La Hille. Avant de pouvoir revenir à La Hille, ils avaient pu observer avec horreur comment tous les autres Juifs, hommes, femmes et enfants, étaient embarqués dans des trains de marchandise en direction de Drancy.

 

Quand je parle de « bons » Suisses, je pense à ces Suisses qui ont sauvé des vies humaines. Maurice Dubois et Roesli Naef ont reçu la médaille des Justes de Yad Vashem pour leurs actions héroïques. Mais l’histoire du sauvetage ne fait que commencer. La suite est beaucoup plus dramatique.

 

Lorsque les 40 garçons et filles libérés furent revenus à La Hille, Roesli Naef les avertit qu’ils seraient sans doute à nouveau arrêtés et qu’elle ne serait peut-être pas alors en mesure de les sauver une deuxième fois. Elle leur conseilla de s’enfuir – illégalement – par petits groupes, et de traverser les Pyrénées et la frontière suisse.

 

Elle leur procura des cartes, des provisions, un peu d’argent et des adresses d’amis frontaliers. D’autres encore parmi mes amis s’enfuirent et furent cachés par des agriculteurs de la région. Les membres suisses de la direction de La Hille aidèrent ceux qui partirent pour la Suisse, en particulier Annemarie Imhof-Pinguet, dont le père était forestier près de la frontière française dans le canton de Genève. Elle aussi fut honorée par Yad Vashem comme « Juste parmi les nations ».

 

Ainsi, au cours de l’hiver 1942, 16 de mes compagnons au total et la cuisinière de La Hille, une Juive réfugiée d’Autriche, réussirent à franchir la frontière suisse, en prenant souvent de grands risques. Six des enfants les plus jeunes, ainsi que Mr et Mme Frank, les premiers directeurs, parvinrent avec succès et non sans risques à traverser en hiver autrement qu’à pied la frontière des Pyrénées pour aller en Espagne. Malheureusement, quatre garçons et filles furent attrapés à la frontière suisse, déportés et assassinés. Quatre autres garçons plus âgés furent livrés à la Gestapo par un passeur qu’ils avaient engagé pour leur faire traverser les Pyrénées. L’un d’eux, Werner Epstein, survécut à Auschwitz et à d’autres terribles difficultés et vit en Californie.

 

Au total, 10 garçons et filles de La Hille (et le mari de notre cuisinière née en Autriche) furent déportés en Pologne et tués.

 

Les paroles prononcées par Melle Naef qui avaient permis les actions de sauvetage parvinrent aux oreilles des chefs de la Croix rouge suisse à Berne et ils désapprouvèrent vigoureusement sa supposée violation de la neutralité suisse. Elle fut sommée de se rendre auprès de l’ambassadeur de Suisse à Vichy et rappelée à l’ordre pour sa « transgression ». Tous les Suisses n’ont pas été des héros. On enquêta aussi au sujet de la participation de Maurice Dubois, mais il ne reçut pas de sanction.

 

Vers 1942-43, le Secours suisse avait pris d’autres jeunes réfugiés, Français et Espagnols, à La Hille. Certains étaient juifs, d’autres non. Parmi les plus âgés qui restaient, 4 adolescents quittèrent La Hille pour rejoindre les FFI. L’un d’eux, Egon Berlin, fut tué à l’âge de 16 ans à la bataille de Roquefixade en juillet 1944, ainsi que 16 autres jeunes résistants français. Deux autres, Chaïm Storosum et Ruth Schuetz (Usrad aujourd’hui), rejoignirent également la Résistance et eurent une conduite héroïque. Ruth a rédigé un récit bouleversant de ses expériences. Plusieurs autres parvinrent à se cacher dans des familles dans le sud de la France et ont aussi des récits dramatiques à raconter. Le temps ne me permet pas de vous en parler aujourd’hui. Mais je sais que je leur ferai place dans mon livre.

 

Comme je l’ai dit au début, nous avons maintenant beaucoup d’histoires à raconter sur la Shoah. Elles se ressemblent toutes mais chacune est différente à sa façon. Si vous ne la connaissiez pas, peut-être ajouterez-vous maintenant celle des « Enfants de La Hille » à votre répertoire. »

 

 

 

 

 

*

 

Dans les rapports du Camp du Vernet, est fait part d’extraits de courriers envoyés depuis le camp. Ainsi, a été envoyé cet extrait de l’interné Perreira à Claude Baudouin, 6 rue de la Réforme à Limoges (rapport de la 1ère quinzaine de septembre 1942):

 

« Il y avait dans mon quartier (ancien C, actuellement E) une quarantaine de gosses de douze à vingt ans qui m’ont laissé un souvenir délicieux. Ce sont des gamins dont la famille n’a plus laissé de traces depuis la guerre. Ils ont été accueillis par la Croix Rouge Suisse dans un Château de l’Ariège. Travaillant la terre, la cuisine, couture ou autre, étudiant aussi, ils sont tous animés par une conception du devoir qui m’a stupéfié. Rarement j’ai vu des jeunes gens vivant ensemble posséder à ce point le sens de la collectivité, celui de l’altruisme, et surtout celui de la simplicité. Dévoués, travailleurs, droits, ils ont apporté au Camp un sang jeune, ardent, propre, de cette propreté que seuls les jeunes bien conduits peuvent posséder. On aurait cru une machine admirablement réglée et rodée, chaque rouage fonctionnant à plein, sans friction. Je suis en admiration pour leur chef, une Suissesse, qui a pu arriver à de tels résultats, sans cris, je le sais, sans brusquerie, tout avec calme aussi splendide que le résultat.

La France doit garder des jeunes de cette trempe »

 

 

 

NB d’Histariège :

Signalons à ce propos

- un documentaire relatant ces faits : « Un îlot dans la tempête ».  Ce film documentaire ANTEA – TLT de Neus Viala  de 52 mn est distribué (possibilité en DVD)  par :

« Les films de la castagne », 19, rue Déodora, 31400 Toulouse

contact@lacastagne.org

 

- « La filière » (évasion organisée vers la Suisse par A.M. Im-Hoff Piquet, éducatrice au Château de La Hille) : V.H.S. Auteur : Jacqueline Veuve. 37 mn (Disponible à l’ONAC de l’Ariège : 05 61 65 00 23, service réservé aux associations, enseignants et documentalistes)

 

- Une excellente synthèse de « l’épopée » des Enfants du Château de La Hille a été réalisée par l’ONAC (Ariège) : BP 61, FOIX Cedex. Tél. : 05 61 65 00 23

 

 

Mouchard Auguste

Abbé Auguste Mouchard (1913-2006)

Né le 19 juin 1913 à Mérens les Vals ; ordonné prêtre et nommé vicaire de St Girons le 29 juin 1938 ; curé de Malléon le 1er janvier 1942, il aide la résistance dans cette vallée du Douctouyre (en particuliers par l’intermédiaire de José Alonso dit le commandant « Robert » des Guérilléros avec qui il entretint des relations d’amitiés jusqu’à sa mort). Nommé curé de Raynaude (Mas d’Azil) jusqu’à sa prise de retraite le 3 novembre 2005 à Verniolle où il décède le 8 avril 2006 

 

Occupation (Réquisitions)

Réquisitionné pour les troupes :

 

Novembre 43 : 41 hôtels ; 54 maisons particulières ; 5 établissements publics, 5 garages

Août 43 : 40 hôtels ; 50 maisons ; 1 établissement public ; 6 garages

1944 : 41 hôtels ; 61 maisons ; 3 établissements ; 20 garages

Mai 44 : 47 hôtels ; 73 maisons et villas ; 25 garages

Juillet 44 : 49 hôtels ; 83 maisons ; 5 établissements publics ; 25 garages

 

 

Pamiers : tribunal populaire 

 

Du Procureur de la République à Toulouse (d’après un rapport de son substitut) en date du 2 novembre 1945 sur le tribunal populaire de Pamiers (août 1944) :

 

« La salle d’audience du Tribunal Civil fut réquisitionné mais ne servit que pour la 1ère audience de ce Tribunal, le 18 août.

Mon substitut n’a pu savoir officiellement dans quel local eurent lieu les audiences autres. D’après la rumeur publique, elles auraient eu lieu soit au PC des FFI, soit à la caserne, soit à la prison même.

Ces audiences ont été tenues dans le plus strict huit clos. A la suite de ces audiences, un grand nombre de personnes furent exécutées par fusillade entre le 18 et le 31 août.

A cette date, les détenus de la prison de Pamiers furent transférés à Foix et cette sanglante parodie de justice cessa de fonctionner.

Environ 55 personnes ont été fusillées.

Aucun dossier n’a été établi. Aucune liste officielle n’a été faite, aucun acte de décès n’a été dressé ;Aussi bien est-il impossible de préciser avec exactitude le nombre des victimes de l’insurrection, de définir leur innocence ou le degré de culpabilité.

La circulaire du 8 juin 1945 ne pourrait en l’espèce recevoir aucune application.

Des sévices innombrables ont été faits aux accusés dans les différents lieux de détention et des scènes d’une sauvagerie ont eu lieu soit pendant le transport des condamnés sur les lieux d’exécutions, soit sur les lieux même de l’exécutions ».

 

 

*

 

«  Inhumation des personnes exécutées en septembre 1944 : le 31 mars 1953 » :

 

En présence des docteurs Saint-Paul et Robert, de l’inspecteur Pierre (8ème brigade de police de Toulouse) et un certain nombre de familles. »

Un procès verbal a été établi par le Commissaire de police, un rapport par les médecins.

17 corps ont été identifiés par leurs familles

2 soldats allemands ont été identifiés

13 corps ont été « inidentifiables » ; soit 32 corps inhumés.

Ce procès verbal donne le nom des exécutés, note l’utilisation de « balles explosives », fait état, pour un certain nombre de morts d’un « jugement déclaratif de décès » du Tribunal (ce qui infirme le rapport du Procureur).

 

*

Lettre du préfet au chef de cabinet du Garde des Sceaux, suite à la requête d’une mère d’un milicien condamné à mort le 28 août 44 :

« Il parait difficile, trois ans après le décès, de procéder à une exhumation décente et de reconnaître un corps dans une fosse commune où sont ensevelis 47 cadavres »

 

*

Les chiffres des exécutions à Pamiers sont discordants… On a parlé (et écrit) 55, 90 voire encore plus… Claude Delpla, spécialiste de la seconde guerre mondiale en Ariège, en dénombre 36 : 34 personnes fusillées sous l’autorité du Tribunal populaire de Pamiers, auxquelles il faut ajouter 2 autres personnes tuées en prison dans le même temps. Ces 34 exécutions concernèrent 20 Français et 7 Françaises. 10 de ces tués sur 36 étaient des appaméens ; 11 résidaient à Varilhes.

 

NB : L’épuration à Pamiers a fait couler beaucoup d’encre… Les chiffres d’exécutés et les circonstances restent flous…  C’est pourquoi, il faut signaler l’étude du spécialiste de la seconde guerre mondiale pour notre région,  Pierre Laborie,  « Entre histoire et mémoire, un épisode de l’épuration en Ariège : le tribunal du peuple de Pamiers, 18-31 août 1944 » parue dans le Bulletin des Amis des Archives de l’Ariège « Pays Pyrénéens (XVI°-XX° s.) Pouvoirs centraux… » T. 2 (Archives départementales de l’Ariège, 59 ch. De la Montagne, 09000 FOIX. Prix : 27€ 50 les deux Tomes)

 

Préfet  à la Libération

Sur la nomination du préfet de l’Ariège :

 

- « M. Bartoli est chargé personnellement par le commissaire de la République de la Région de Toulouse de mettre en place le Préfet de l’Ariège ou, en attendant, de régler toutes les questions qui sont soulevées par l’absence d’une autorité officielle ; Toulouse, le 23 août 1944, le Commissaire de la République de la région de Toulouse.

Signé : Bertaux »

 

- «  Le comité départemental de Libération de l’Ariège, réuni à Foix, le 25 août 1944, a pris connaissance des deux notes qui lui étaient adressées par M. le Commissaire de la République à Toulouse transmises par M. Bartoli.

Après discussion, il a été décidé à l’unanimité :

1)      Que M. De Nattes Ernest, régisseur comptable au Ravitaillement général est nommé Préfet Intérimaire de l’Ariège

2)      Que M. Prosper, imprimeur est nommé Président du Comité départemental de la Libération de l’Ariège »

 

 

Récit de déportation d’un responsable Guérilléro

Récit sur sa déportation à Buchenwald d’un Guérillero ayant résidé à Celles…

 

 

Ce récit, écrit par José Campayo lui-même, a été recueilli par Robert Fareng (membre du Comité départemental de Libération de l’Ariège en 1944 et premier historien de l’Occupation en Ariège, dès 1946 où il soutient la première thèse en France sur cette période, et dont les travaux, depuis, demeurent la base des recherches des historiens).

Robert Fareng nous a confié ce document : nous le remercions, donc, de nous permettre de pouvoir le communiquer par l’intermédiaire d’Histariège…

 

 

Note introductive :

José Campayo avait été nommé chef de la 4ème compagnie du bataillon des Guérilleros en 1942 et habitait à Celles. C’est dans cette commune qu’il échappe à la Gestapo, le 2 mai 1943. Envoyé à Perpignan, il est arrêté, le 10 novembre 1943, par la Gestapo (alors qu’il était recherché et condamné à 10 ans de travaux forcés). Après avoir tenté de le faire parler sous la torture, José Campayo est condamné à la déportation…

 

Récit de José Campayo :

 

« …Je fus envoyé à Compiègne avec le matricule 21 564. Dans ce camp, nous mourrions de faim et de temps en temps, nous recevions des coups de bâtons par des Allemands et le chef du camp qui était un Français appelé « Le Séniorita ». Mais encore nous étions en France dans ce même camp s’organisait les expéditions pour le camp de Buchenwald ainsi le 19 janvier 1944 nous partîmes du camp de Compiègne dans un convoi de quelques mille hommes.

Enfermés dans des wagons où nous ne pouvions pas respirer un peu d’air. Dans chacun d’eux, nous étions cent hommes, nous y sommes restés deux jours et trois nuits, la respiration nous manquait Et nous cherchions une place près de la porte afin de respirer l’air qui pénétrait par les fentes. Nous nous tuions les uns les autres. Le bidon d’essence vide qui nous servait de WC se renversant et l’odeur des morts, nous ne pouvions plus résister. Une mauvaise odeur se répandait ce qui ne nous permettait plus de vivre, (ceci n’avait pas de limite) de telles souffrances mettaient notre vie en danger mais il y avait autre chose : Buchenwald nous attendait. Lorsque nous nous approchâmes de la gare de Feimar il y avait une ligne de chemin de fer qui était proche du camp. Le train s’arrêta là ; les SS étaient près à nous recevoir au moyen de projecteurs afin de nous éblouir. Quand les portes des wagons s’ouvrirent, ils poussèrent un cri « Raust » ; quelques uns montèrent dans les wagons accompagnés de leur chien policier qui n’avaient pas de peine à nous mordre vu que nous étions tous nus.

En effet entre Compiègne et Buchenwald nous fûmes déshabillés afin de ne pas nous évader car il y avait déjà eu quelques tentatives pour recouvrer la liberté. Du train où se formait la colonne pour entrer au camp, il y avait 300 mètres. Le passage que les SS nous avaient préparé pour nous acheminer au camp comprenait de chaque côté des piles de briques où ils se plaçaient pour mieux nous frapper. Le wagon où je me trouvais était le 2ème jusqu’à ce que je ne fus pas arrivé à ces quatre ou cinq camarades qui formaient la colonne, je marchais sur des morts : oui nous étions nombreux au départ, mais à l’arrivée nous nous retrouvions très peu.

 

Une fois tous alignés ils nous ordonnèrent de marcher, comme nous ne comprenions pas ils nous frappèrent à nouveau. Chaque quinze mètres, un homme tombait, mais ce n’était pas tout : En arrivant devant le portrait d’Hitler, la croix gammée et l’aigle, ils nous rouèrent de coups parce que nous n’avions pas regardé. Une vingtaine de camarades tombèrent sous leurs coups, mais nous continuâmes la marche et nous rencontrâmes à nouveau le même insigne. Cette fois nous regardâmes et ils commencèrent à nous battre nous disant de ne pas regarder puisque nous n’étions pas Hitlériens ; autant de nos camarades tombèrent. Nous n’étions pas encore arrivés ; il manquait environ 100 mètres.

De là, nous voyions une file de SS de chaque côté du chemin et la porte était grande ouverte ; ils nous ordonnèrent de rentrer et de courir. A partir de ce moment, ils nous donnèrent des coups et lancèrent sur nous leurs chiens. Il me semblait que c’était pour nous la fin du monde ; je ne trouve pas de parole pour décrire de telles horreurs : les hommes tombaient pour aller ensuite au four crématoire. Enfin, nous arrivâmes à l’intérieur du camp, nous fumes reçus par les internés lesquels avaient subi le même sort que nous ou pire.

Comme nous étions tous nus, ils nous rasèrent des pieds jusqu’à la tête. Nous passâmes à la douche, à la désinfection et plus ils nous donnèrent la tenue de bagnard. Quand tout cela fut terminé, il nous était impossible de nous reconnaître. Là, une nouvelle vie commença pour nous. Ils nous donnèrent un matricule, je ne m’appelais plus José Campayo, mais 40 631. Ils nous mirent dans des baraques de la « Quarantaine ». De là, nous voyions la fumée sortir du four crématoire des camarades qui étaient tombés en chemin. De ces baraques, nous sortions en commando ou bien pour travailler dans des camps.

 

Pendant tout le temps que nous restâmes à la « Quarantaine », tous les matins nous allions chercher une pierre à la carrière et une autre l’après-midi, ce qui provoquait la mort de certains camarades étant donné que nos chaussures en bois ne nous permettaient pas de pouvoir nous tenir sur la glace. On me sortit alors du camp et je travaillai à la scierie qu’il y avait dans ce même camp attenant au four crématoire. Ceci me permettait de voir les expéditions d’hommes qui arrivaient de tous les pays. Parmi ces hommes, certains russes furent jetés au four crématoire, d’autres furent conduits jusqu’au bloc qui servait à recevoir les prisonniers. Un quart d’heure plus tard, les déportés qui travaillaient au four crématoire emportaient les uniformes des Russes qui avaient été brûlés à la désinfection afin que ces vêtements puissent servir pour d’autres. Cela ne nous étonnait plus, car nous avions l’habitude de voir chaque jour la même opération.

 

Quand nous avions fini de travailler à 18 heures, nous rentrions au bloc pour nous laver un peu, sitôt après nous allions à la place d’appel pour voir si nous étions tous présents. S’il faisait beau, l’appel se terminait vite, mais s’il faisait froid nous restions trois ou quatre heures dehors, parfois jusqu’à 6 heures du matin, c’était alors l’heure de reprendre le travail. Un prisonnier allemand sentant sa vie en danger décida de rester cacher et de s’échapper pendant la nuit. Les SS s’en aperçurent : ils nous firent rester toute la nuit dehors et le jour suivant nous vîmes l’Allemand qui avait tenté de s’échapper, électrocuté au fil barbelé ; ceux-ci avaient trois mètres de haut et possédaient une forte tension.

Beaucoup mourraient de faim, puisque la ration que l’on nous donnait était faite pour que nous puissions mourir assez lentement. Le 24 août 1944, l’aviation alliée bombardait le camp, bien que le bombardement fut bien précis, des déportés furent tués. Autour du camp, se trouvaient des usines fabriquant du matériel de guerre, pour les bombarder les alliés utilisèrent des bombes puissantes, ils coupèrent les canalisations d’eau ce qui n’étaient pas intéressant pour nous. La scierie fut bombardée à l’aide de bombes incendiaires qui tombaient comme de la grêle, blessant et tuant beaucoup d’hommes. L’intendance fut brûlée ainsi que quelques blocs environnants.

Des pompiers déportés voulurent intervenir pour que le feu ne se propagea pas : quelques uns d’entre eux furent brûlés. Le bombardement terminé, on donna l’ordre de transporter les blessés dans les baraques. Ensuite, on enleva les morts pour les brûler au four crématoire : il fallut réparer ce dernier ; mais il ne marchait pas bien et ils durent les brûler avec de l’essence. L’odeur des cadavres brûlés, la fumée du bombardement et le manque d’eau, tout cela déclara le typhus ; nombreux furent ceux qui moururent. Mais grâce à la rapidité des médecins, l’épidémie fut vite stoppée ; ensuite ils nous firent assister à la pendaison de 6 prisonniers, et nous obligèrent à les regarder ; l’un d’entre nous s’évanouit en voyant cet horrible tableau : il fut fusillé sur le champ ; Les SS devenaient de plus en plus barbares. Ils nous frappaient et lors de l’attentat contre Hitler, le sang coula à nouveau et des vies périrent.

Les camps bombardés, il ne nous restait d’autres solutions que d’aller au commando. Je me trouvais dans un commando allemand : Anne, Itten. Les cruautés étaient de rigueur, les hommes revenant du supplice étaient tachés de sang.

 

Les Allemands ne tenaient pas à nous garder sur le territoire où les Alliés arrivaient. Nous partîmes donc ; nous mangions l’herbe qui bordait la route ; la faim nous tenaillait.

Dans le commando où je me trouvais, il y avait d’excellents hommes comme le colonel Peter, Georges Durand, Camille ; je ne me souviens pas des autres. Nous savions que les Allemands avaient peur : les Alliés arrivaient de plus en plus. Le colonel nous dit à mon ami Manuel Alvarez et à moi-même que lorsqu’il donnerait l’ordre, nous attaquions les SS qui nous gardaient ; la consigne serait la Madelon.

Le colonel suivait attentivement les évènements ; il jugea inutile d’exposer nos vies alors que nous allions être libérés. Ensuite, nous fûmes dans une grange afin que les SS puissent se reposer.

 

Un Français croyant le moment propice fit un trou dans la paille pour se cacher. Lorsque le jour arriva, ils nous ordonnèrent de sortir pour se rendre compte qu’il ne manquait personne. Cependant un manquait. Le commandant du commando commença à gronder les SS ; ceux-ci étaient furieux. Ils mirent les chiens sur ses traces et le trouvèrent aussitôt. Les SS le frappèrent à coups de crosse ainsi notre cher camarade cherchait refuge parmi nous ; ce qui occasionna beaucoup de morts. Lui fut touché à la tête, ainsi que beaucoup d’autres. Ils restèrent là jusqu’à ce que les fossoyeurs du village vinrent les enterrer.

Nous continuâmes ainsi de marcher. De temps en temps, certains tombaient étant à bout de force. Pour comble de malheur, nous nous aperçûmes que sur l’une des charrettes que nous traînions, il y avait du miel. La nouvelle se répandit rapidement et certains réussirent à attraper et distribuer quelques poignées de miel jusqu’à ce qu’il n’en resta plus.

A présent, nous attendions la revanche. Les coups de matraque commencèrent lorsque les SS s’aperçurent que le miel avait disparu. Ils nous martyrisèrent à coups de crosse et beaucoup payèrent de leur vie ; ainsi, nous nous contentâmes de manger l’herbe des bords de chemin, même recouverte de poussière, ainsi que de la graisse et de l’huile de certains véhicules qui stationnaient, des camions que l’aviation avait bombardés.

Nous continuâmes la marche et arrivâmes dans une grange qui était située à 6 Kms environ de la caserne d’un régiment allemand. N’ayant pas de force, transits de froid et de faim, nous fîmes des trous et là, nous trouvâmes du blé et des betteraves dont nous fîmes le repas. Le jour suivant, lorsque nous fumes appelés pour continuer notre route, le patron de la grange s’aperçut qu’il y avait quelques grains de blé et des bouts de betteraves à terre ; il en informa les SS. Nous fûmes prévenus que celui qui serait porteur de grains de blé, de betteraves serait fusillé. A la sortie, malheureusement tous ceux qui ne comprirent pas et furent porteur de blé et de betteraves furent mis à part et fusillés.

Tandis que nous continuions à marcher, la nuit venue, ils nous mirent dans une grande salle de cinéma d’un village s’appelant Listar ; là, nous fûmes abandonnés par les SS. Les Allemands, déportés comme nous, nous dirent que nous étions libres. Nous commençâmes à chanter la « Madelon », et d’autres la « Marseillaise » ; quelques uns l’hymne de leur patrie…

Ensuite, la police arriva et nous ordonna d’aller dans la rue. Les obus de l’artillerie américaine tombèrent près de nous, mais il fallait tenir malgré cela. Ils nous ordonnèrent de marcher. A 200 mètres se trouvait une place et un grand édifice où était la commandance allemande, en face desquels, nous fûmes interceptés ; Nous restâmes ainsi un bon moment ; ensuite, ils nous donnèrent l’ordre de faire demi tour, ce qui était dangereux puisque nous étions tournés face au mur, ce qui signifiait que nous allions être fusillés.

Je dis cela car les Allemands ne fusillaient jamais de face ; nous sommes restés dans cette posture un bon moment ; puis, ils nous ordonnèrent de marcher ; nous sentîmes la liberté toute proche vu que les gardiens étaient des anciens de la guerre de 1914 ; ceci était dangereux vu que l’armée allemande reculait en même temps que nous. Le colonel Peter nous commanda de ne pas regarder car nous courrions des risques ; quelques uns désobéirent et regardèrent les jeunes soldats qui battaient en retraite et certains d’entre eux furent abattus ainsi que ceux qui tentèrent de s’échapper.

Enfin, nous arrivâmes dans une petite forêt dans laquelle nous fîmes une halte, surveillés par des hommes âgés qui remplaçaient les SS. Tout à coup surgirent les tanks allemands et au même moment une voix retentit : « Les Américains ! » ; en fait ce n’était qu’une tromperie. Les gardes effrayés se sauvèrent à toutes jambes et nous restâmes seuls jusqu’au lendemain où arrivèrent les Américains. Nous furent bien traités par eux.

 

Ils nous ordonnèrent de retourner à Listar, malgré les risques courus ; nous y arrivâmes. Ils nous conduisirent dans une fabrique où l’intendance nous donna à manger. Celui-ci comprenait de la viande et des pommes de terre cuites. Le docteur qui se trouvait parmi nous nous conseilla de ne pas manger à notre faim. Certains désobéirent et moururent d’indigestion ; ainsi ils ne purent connaître ni respirer l’air de la liberté qu’ils avaient pourtant si bien mérité.

Le colonel Peter fut autorisé par les Américains à avoir un bureau et à remettre son uniforme. Ce fut pour nous une grande joie, puisque le colonel Peter organisa notre retour en France.

 

Effectivement, le 24 avril 1945, nous arrivâmes en France en autocar étant donné que les chemins de fer étaient impraticables. Je rentrai à Toulouse où je rencontrai un de mes chefs d’Etat Major, Vincent Lopez qui m’accompagna au général des Guérilleros, Louis Fernandez et me mirent entre les mains des médecins espagnols qui se trouvaient à l’hôpital Varsovie à Toulouse.

Je ne fus pas hospitalisé, mais je subis un traitement de piqûres puisque je ne pesais que 44 kilos alors que mon poids normal était de 70 kilos. Lorsque je fus rétabli, je consultai mes chefs afin de pouvoir travailler. Ils n’y virent aucun inconvénient et je partis à Celles (09) où je retrouvais mes anciens amis : Philippe Espino[2] et Antonio Santos[3], eux aussi déportés.

Ensuite, je partis travailler à Joucou où je fixais ma résidence.

Cette douloureuse partie de ma vie a laissé en moi un souvenir inoubliable et à la fois inexprimable ».

 

 

 

Rieucros : Pamplemousse

Le 1er parachutage eut lieu le 9 avril 1943 sur l’indicatif « Grand’père a cassé sa pipe ».

Il avait été demandé par Giret et Amouroux à la région « Combat ».

Reçu par Giret, Rivière, instituteur à Rieucros, Gouazé, l’abbé Blanchebarbe et deux autres.

Il consista en une vingtaine de « containers » renfermant 20 mousquetons, 20 mitraillettes, dont 2 Thomson, 60 charges de « plastics ». La moitié de cet armement partit à Toulouse, et l’autre, entreposée, attendit la Libération.

(Sources : Robert Fareng)

 

 

Rimont

Rapport de l’enquêteur de la Commission des Crimes de Guerre sur la journée du 21 août 1944 à Rimont:

 

« A onze heures quinze, les hommes sont obligés d’abandonner les abords du village qu’ils avaient protégés jusqu’à cette heure. Les troupes allemandes l’occupent immédiatement et s’emparent des civils qui étaient restés au village, hommes, femmes, vieillards. Au fur et à mesure qu’ils avancent dans le village, ils pillent toutes les maisons et mettent le feu partout, maison par maison, à la grenade incendiaire, avec de l’essence et même du papier et des bûchers faits avec des chaises. Systématiquement, ils détruisent tout. 142 maisons ont flambé.

Celles qui restent debout, 17, n’ont pas échappé à leur sauvagerie ; pour certaines, le feu n’a pas voulu prendre et d’autre part, il y en a qui ont pu être éteintes par les habitants du village. D’autre part, d’après les témoignages recueillis, six habitants ont été fusillés par les Allemands »

 

Compléments :

1)      Mr Alio Jean-Baptiste, 28 ans, instituteur en congé à Rimont a été amené par les Allemands et au bas de la côte de Rimont, au lieu-dit « La Fontaine de Marie », a été fusillé. (Mr Alio a été au préalable attaché et battu)

2)      Tolomei Jean, 62 ans, réfugié de Collioure (PO) a été pris devant sa femme et a été fusillé sur place.

3)      Rousse Jean, 53 ans, cultivateur au hameau de « Pas de la Plagne » près de chez lui, a été fusillé, sa ferme a été incendiée après. (Témoignage de Tort Emile : « J’ai été pris le 21 août au matin à 500 mètres du village par les soldats allemands commandés par un officier grand, brun, maigre portant des lunettes. Ils ont fouillé ma maison et pris du linge et du ravitaillement. Mon beau-père, Mr Soula Louis et mon oncle Rousse Jean ont été pris à 18 heures, emmenés à 300 mètres du village et fusillés. J’ai moi-même retrouvé leurs corps et celui de Rousse était fixé au sol par un piquet le transperçant de part en part »)

4)      Soula Louis, 43 ans, cultivateur au hameau de Terrac, fusillé le long de la voie ferrée en même temps que Mr Rousse Jean (sa ferme a été incendiée)

5)      Servat Joseph, 55 ans, maître valet de ferme fusillé par les Allemands dans le village. Son corps a été retrouvé trois semaines plus tard dans les décombres d’un mur.

6)      Soula Félicien Adolphe, 78 ans, au hameau de Bennet (Mme Soula déclare : « Mon mari a été pris dans la maison par les Allemands, traîné devant la porte et assassiné »)

 

D’autres hommes ont été mitraillés pendant qu’ils cherchaient à s’enfuir. C’est le cas de :

Mr Soum Antoine, dit Jean, 70 ans ; Mr Rousse Jean-François, 72 ans ; Mme Laffont Marie, 75 ans, a été tuée d’une balle perdue ; Mr Sentenac Adrien, 71 ans, est disparu : on le suppose carbonisé sous les décombres de sa maison.

Par ailleurs, 25 personnes avaient été prises comme otages dès la rentrée des troupes allemandes.

 

Témoignage de Mme Aliot Conte en date du 28 août 1944 :

« A Rimont, le 21 août vers 13 heures.

Les troupes allemandes et mongols (il n’y a pas de distinction à faire au moins à mon sens dans la conduite des uns et des autres) arrivent dans le village, pénètrent de force dans la maison, et, après des perquisitions par plusieurs groupes, mon mari amené, les autres membres de ma famille gardés dans la rue, tandis que moi-même tenant ma fillette de 3 ans par la main, suis invitée par un Allemand (accompagné de Mongols et d’autres Allemands) à monter au premier étage. Je les suis croyant à un complément de perquisition et désireuse de ne point exaspérer leur rage qui pourrait se tourner contre mon mari.

Arrivés dans la chambre, ils m’invitent par gestes à les satisfaire. Je proteste en criant, et l’enfant crie et pleure en m’entendant ; un énorme mongol la tire violemment pour la séparer de moi et ses pleurs redoublent. Je la reprends dans mes bras, affolée. Ils sont plusieurs et me courbent sur le lit tandis que je retiens mes cris et essaye de rassurer l’enfant en hoquetant quelques paroles. Je me souviens d’avoir répété éperdument « il était une fois, une petite fille… » ; mes vêtements déchirés, ils abusent de moi (mongols et Allemands, deux camarades complaisants me tiennent les jambes pour aider un troisième. Combien ? 5 ? 6 ?... je ne sais plus…

Un coup de feu ayant éclaté au premier, ils m’ont brusquement lâchée et oubliée dans la maison.

Je me suis réfugiée au grenier avec mon enfant et j’ai quitté la maison lorsqu’elle commençait à brûler.

En ce qui concerne mon mari que l’on a retrouvé fusillé, il était tuberculeux depuis son retour de la guerre de 1940. En traitement à Osséja, il était venu passer quelques jours auprès de moi, et se trouvait à Rimont depuis une dizaine de jours.

Témoignage sincère, à St Girons, le 28 août 1944.

Signé : Mme Alio Conte, 6, rue Charles Gounod, Perpignan »

 

*

 

Les habitants s’étaient réfugiés dans leurs caves. Ils durent les quitter et furent ramassés en plusieurs groupes par les Allemands.

Un premier groupe fut réuni au haut du village et amené à l’abbaye de Combelongue, transformée en colonie de vacances : elle fut pillée. Les habitants furent enfermés dans les bâtiments et gardés.

Un autre groupe d’une vingtaine de personnes fut formé au centre du village et aligné le long de la façade de la maison de Mr Cabau, marchand de vins. Ces personnes sont persuadées qu’elles auraient été fusillées sur le champ si Mr Sentenac François, risquant sa chance, ne s’était échappé en traversant la maison et en sautant par une fenêtre dans le parc, situé à 6 m en contrebas. L’officier et les soldats allemands encadrant les « mongols » se lancèrent à sa poursuite et ne revinrent pas.

Les « Mongols » conduisent alors les prisonniers du dernier groupe que l’on avait formé au bas du village, en face de la propriété dite « La Vignasse ».

Une sorte de tri eut lieu et les femmes âgées et les enfants furent autorisés par l’officier qui dirigeait l’interrogatoire à partir sur le Mas d’Azil.

Puis l’interrogatoire reprit. Plusieurs fois les soldats alignèrent des personnes le long d’un mur assurant qu’ils allaient les fusiller pour venger leurs camarades. Finalement, l’officier abandonna l’interrogatoire.

Vers le soir, leurs gardiens leur offrirent de partir. A 22 H 30, ils sont libres. Ils retrouvent leurs maisons soit pillées, soit incendiées.

 

Il y eut 236 immeubles entièrement détruits et 18 partiellement. Sur le nombre, 152 maisons d’habitations sont détruites (sur 169). Ce sont 95 familles soit 321 personnes qui sont sans abri. La mairie, les écoles, les archives sont anéanties.

 

Voir aussi : http://www.histariege.com/rimont.htm

 

Saint-Girons (Tribunal militaire)

Une semaine après la Libération, une trentaine de personnes sont dans les prisons de Saint-Girons.

 

Les FFI attendent des jugements rapides et s’impatientent…

Gardelle, comandant la place, fait remplacer les gardiens espagnols par des gendarmes français (ceux-ci effrayés, abandonnent rapidement la garde).

Le 30 août, un ultimatum signé des officiers et sous-officiers FTP (sauf Coumes) est remis au président du CLL, Rieu. Les maquisards demandent des exécutions avant un délai de 12 heures sinon ils assurent qu’ils feront justice eux-mêmes : « Nous faisons fort de parvenir en 3 heures à connaître le nom de leurs complices. En conséquence, nous serions heureux de leur exécution immédiate ou de leur livraison entre nos mains ». Onze signatures suivent…

 

Gardelle met aux arrêts les signataires de l’ultimatum.

« Aubert » ordonne de constituer un tribunal. Gardelle refuse et demande un ordre écrit.

 

Lettre de « Aubert » (Camille Souyris) à Gardelle :

« FFI

Le 1/9/44, le colonel « Aubert », commandant le FFI (sic) de l’Ariège au capitaine Gardelle commandant la place de St Girons ;

Je vous prie de convoquer d’urgence un tribunal militaire de 4 membres que vous présiderez pour juger sommairement tous les Français ayant collaboré directement avec l’ennemi et de faire exécuter les coupables dans les 24 heures.

Les coupables les plus dangereux et susceptibles de fournir d’autres renseignements seront dirigés sur la prison militaire de Foix.

Aubert »

 

Le président fut Gardelle, assisté du lieutenant Estaque. Le Ministère public fut assuré par le lieutenant Laballe. La défense le fut par des avocats commis d’office : Astier et Déjean (Astier se récusa).

 

 

Saint-Girons : Comité Local de Libération

Composition :

FN : Caujolle Gustave, chef d’usine électrique

MUR : J.P. Coste, marchand de vins

CGT : Degeilh Guillaume, ouvrier

FUJP : Okonoswki André, artiste peintre

PC : Rieu Joseph, commerçant

PS : Fernand Loubet, transporteur

Parti Radical socialiste : E… F…, fonctionnaire révoqué par Vichy

Union des Artisans : Bonnet Pierre, électricien mécanicien

Front Paysan : Descouens Pierre

Indépendants : Prat Henri, ingénieur des Ponts et Chaussées

 

Joseph Rieu est élu Président

 

Tendances politiques

Selon R. Fareng (1er historien de la Résistance en Ariège et en France) : Pour l’Ariège, tendances politiques des résistants :

 

25 % de communistes

20% de socialistes

8% de radicaux

5% de démocrates chrétiens ou assimilés

2% de droite

40% sans parti

 

Tribunal Militaire Permanent de l’Ariège

Création par arrêté ministériel du 16 septembre 1944, succède en Ariège à la Cour Martiale.

Même constitution, mais avec 2 juges de plus.

 

Prononce 13 condamnations dont 4 à la peine de mort ; 4 aux travaux forcés à perpétuité ; 4 aux travaux forcés à temps ; 1 à la réclusion et 5 emprisonnements. En outre, il ordonne 7 confiscations de biens.

 

 

Tribunal Militaire Spécial

De Nattes (préfet), couvert par une délégation législative, demande à Brossette, substitut du Procureur de la république, à Foix, de rédiger un arrêté instituant un « tribunal militaire spécial » pour faits d’intelligence avec l’ennemi, trahison, espionnage, atteinte à