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La Régale
Cet épisode souvent méconnu se déroule à la fin du 17éme siècle et concerne un conflit majeur entre Louis XIV et le diocèse de Pamiers entraînant de fortes tensions entre le roi de France et les papes successifs.
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Depuis les Mérovingiens, les rois de France possédaient le droit de Régale, cest à dire le droit de percevoir les revenus des évêchés ou des abbayes vacantes et de nommer aux bénéfices du diocèse qui étaient du ressort de lévêque non encore nommé. Cette nomination des évêques ou des clercs constituait, donc, une intrusion dans le pouvoir spirituel, dautant plus que Louis XIV pouvait, de ce fait, étendre linfluence des jésuites dans son royaume (par opposition aux jansénistes). Les évêques du Midi de la France, dans un premier temps, affirment que le droit de Régale ne pouvait sappliquer chez eux où il nexistait pas avant le rattachement de ces diocèses à la Couronne. La cour, sous influence des jésuites, prétend le contraire. * Sur 130 prélats français, 128 sinclinent. Seuls deux dentre eux sy opposent : Mgr Pavillon (), du diocèse dAlet (actuelle Aude), et Mgr François Etienne de Caulet () du diocèse de Pamiers. En 1675, le roi demande à tous les évêques de France de faire enregistrer leur serment de fidélité, faute de quoi leur temporel serait saisi et le diocèse déclaré vacant et soumis à la régale, cest à dire à la nomination dun évêque par le roi de France. Tous les évêques acceptent cette formalité, sauf Mgr Pavillon et Mgr de Caulet. Le pape Innocent XI tente un compromis tout en condamnant les prétentions du roi ; ce dernier ne voulant pas rompre avec le roi. Lévêque dAlet étant mort en 1677, Mgr de Caulet se trouve seul jusquà sa mort en 1680 pour sopposer à la Régale. *
Le roi, devant lobstination de Mgr de Caulet, fait saisir le temporel de lévêque et, considérant que le diocèse est vacant et soumis à la Régale, nomme des chanoines. Mgr de Caulet les refuse. Le métropolitain de Toulouse, Mgr de Montpezat, casse lordonnance de Mgr de Caulet. Lévêque de Pamiers en appelle au pape et publie le « Traité de la régale, imprimé par ordre de M. lévêque de Pamiers pour la défense de son église », afin de positionner son diocèse face aux demandes de Louis XIV Louis XIV donne lordre de saisir les biens de Mgr de Caulet et des chanoines restés fidèles à leur évêque. Mgr de Caulet envoie à Rome, larchiprêtre dAx, Dorat, pour rencontrer le pape Innocent XI. Louis XIV en profite pour nommer un nouvel archiprêtre à Ax. Mgr de Caulet excommunie les « régalistes ». Le pape Innocent XI prend la défense de lévêque de Pamiers. Larchevêque de Toulouse, Montpezat nétait pas en odeur de sainteté à Rome bien avant la mort de Caulet, mais avait le soutien de Louis XIV et de son entourage. Ses nominations contre lavis du pape vont accentuer le schisme. Déjà, le 17 juillet 1680, juste avant la mort de De Caulet, évêque de Pamiers, le pape Innocent XI écrit à lévêque de Pamiers :
« Vénérable
François,
larchevêque de Toulouse a osé attenter contre un décret du concile de Lyon
et contre les droits et la liberté de léglise de Pamiers
Si larchevêque de Toulouse, ou ceux quil commet, continuent à vous persécuter, vous ou vos chanoines ou les autres bénéficiers de léglise, sous prétexte quil est vote métropolitain, nous attendons que vous défendiez votre personne et votre église contre leurs attentats par les armes des sacrés canons et des constitutions apostoliques ». Mais, Mgr de Caulet meurt le 7 août 1680 dans le dénuement. A la session daoût 1680, les États du Pays de Foix, présidée par M. de Pailhès, abbé de Boulbonne, demandent que labbé de Boulbonne soit nommé évêque de Pamiers Cependant, les chanoines réguliers élisent trois grands vicaires pour assurer lintérim. Les pères Rech et dAubarède furent chargés, par leurs confrères, dadministrer le diocèse. Aussitôt, Foucault, intendant de Montauban et le marquis de Mirepoix, gouverneur du Pays de Foix, vont à Pamiers avec quatre compagnies de cavalerie et embastillent le vicaire capitulaire dAubarède (il restera 6 ans en prison à Caen où il devint aveugle). Pour le remplacer, le 31 août 1680, les chanoines réguliers nomment alors le père Jean Cerle vicaire général et official du diocèse (cest à dire en charge de la discipline du clergé) et Antoine Charlas. Jean Cerle, auparavant, avait été vicaire, à Tarascon, du prieur Caulet, frère de lévêque défunt. Rech est enfermé au château dAx. A linstigation des jésuites, larchevêque de Toulouse, Joseph de Montpezat de Carbon casse la nomination de Jean Cerle en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par Louis XIV et nomme Fortassin vicaire général de Pamiers. Le pape excommunie ce dernier en janvier 1681. Fortassin démissionne. La Cour nomme un évêque, Cosme Roger, évêque de Lombez, qui refuse le siège. Cosme dAnglure de Bourlemont, docteur en théologie, nommé par le roi le 4 juillet 1681, se voit refuser la bulle du pape et refusera lévêché en novembre de la même année. Les deux tiers des curés refusent les ordonnances de larchevêque de Toulouse. Foucault , intendant de Montauban, commence à emprisonner les curés rebelles au régalisme. Charlas doit sexiler à Rome. Simon Dandaure succède à Fortassin par la volonté de larchevêque de Toulouse. Quant au pape, il confirme les élections des chanoines restés fidèles à lesprit de Mgr de Caulet. Jean Cerle, ne voulant nobéir quau pape, résiste. Ainsi, lon verra « grand vicaire contre grand vicaire » Montpezat va au Parlement (où il siège) et déclare que les « intentions du roi étaient que lon condamne le père Cerle à mort ». La condamnation est prononcée le 16 avril 1681 : « condamnation par défaut de frère Jean Cerle, religieux réformé, se disant vicaire général de Pamiers, le siège vacant, à avoir la tête tranchée sur la place du Salin. Les livres et écrits séditieux dudit Cerle seront brûlés par lexécuteur de la haute justice ». Cerle devient clandestin, mais ne reste pas inactif. En 1682, afin de tempérer la discorde entre la cour de France et la papauté, Louis XIV fait paraître un édit qui a pour objet de préciser la limite des droits quil revendique et la manière dont il entend les exercer. Le 3 février, lassemblée du clergé, réunie à Paris, écrit au pape et lui rappelle ce qua fait le roi « pour léglise et contre lhérésie » (celle du calvinisme). Le même jour, cette même assemblée envoie au pape un « acte de consentement du clergé de France à lextension de la Régale » et proclame : « Nous avons résolu de mettre le droit de Régale universelle hors de doute et contestation ». François Decamps, qui sera nommé évêque de Pamiers par Louis XIV, en 1685, signe le texte. En mars 1682, 150 rétractations de régalistes, dont le curé de Dun, Berenguier, qui combattit vigoureusement Jean Cerle, furent envoyées à Rome en signant ce texte : « Beatissime Pater, Post humillima predum oscula. Peccavimus : nec satis est semel dixisse, addimus iteum iterumque : peccavimus ». Le 2 avril, le pape écrit à Paris pour annuler, casser tout ce qui sest fait dans lassemblée sur la Régale et exige une rétractation. Le pape finit par lancer une bulle dexcommunication contre larchevêque de Toulouse et les autres ecclésiastiques qui se sont pourvus en régale conformément aux ordonnances du roi. Le 6 mai, le clergé de France avait protesté contre « le glaive de lexcommunication sur lun des plus illustres métropolitains de léglise anglicane » (Montpezat). Il y est ajouté : « mais notre surprise naugmente t-elle pas lorsque nous sommes témoins que, contre la bonne foi des concordats, on continue, sans aucun sujet canonique, à refuser les bulles de lévêché de Pamiers, à la personne qui a été nommée par sa Majesté ». Le même jour, une lettre circulaire est envoyée aux membres du clergé dans toute la France pour expliquer la nécessité de la protestation, en particuliers sur les affaires de Toulouse et de Pamiers. Le pape y est accusé « de commerce avec le jansénisme ». A partir de là, la fracture sera évidente et la guerre ouverte saccentuera. Les cerlistes (partisans du père Cerle), seuls fidèles à la primauté du pape, seront isolés et pourchassés. Le confesseur de Louis XIV, le père de la Chaize, jésuite, (dont Fénelon dira au roi Louis XIV : « Vous avez fait de votre confesseur un ministre »), demande à Mr de Mirepoix de ne pas se mêler des « affaires de Pamiers ». Ce dernier, gouverneur du Pays de Foix, est accusé davoir pillé les biens de lévêque Caulet (meubles, 400 livres de sa bibliothèque, 2 mulets ). Dans le diocèse de Pamiers, Jean Cerle doit vivre dans la clandestinité, mais reste toujours en contacts avec les prêtres reconnaissant la primauté papale sur celle du roi en matières religieuses. Mai 1682 : larrêt du Parlement de Toulouse est pris : « Défense aux curés et aux prêtres du diocèse de Pamiers de déférer au mandement fait pour le jubilé par frère Jean Cerle, soit-disant vicaire général de Pamiers, de le copier, faire imprimer, vendre ni débiter » « Défense à toute personne de donner asile au dit Cerle, et de reconnaître, pendant la vacance du siège de Pamiers, un autre vicaire général que Mr Dandaure, commis par larchevêque de Toulouse ». Deux tiers des curés refusent de lire en chaire les ordonnances venant de Toulouse. Parmi eux, le curé de Celles, Saliès. En août
1685, dans une missive, des prêtres exposent au pape les persécutions quils
subissent, lui «demandent secours et directions et le supplient de mettre
fin au schisme en prononçant son jugement à propos de la Régale et des
affaires de Pamiers ». *
Deux clans vont se côtoyer ou saffronter : les cerlistes et les régalistes. De fait, seul Dandaure, nommé par le roi, peut agir et cela avec lappui des moyens royaux : ce quil ne se privera pas de faire (avec lappui des notables et des seigneurs proches de la cour)
En août 1685, vingt prêtres cerlistes écrivent un rapport détaillé sur la situation des prêtres du diocèse et demandent à Paignon, curé de Siguer, chassé de sa paroisse par Dandaure, de sentretenir avec le pape. Ce dernier, Innocent XI, recevra Paignon le 4 juin 1686.
Le 18 octobre 1685 : la Révocation de lÉdit de Nantes. Le roi Louis XIV, face à lEurope veut « se poser en protecteur du catholicisme contre les protestants ». Il sen suivra de cruelles persécutons exercées contre les protestants du Midi de la France ; ce qui entraînera la conversion (souvent forcée) dun certain nombre dentre eux ou leur expatriation. Pour ces derniers, le culte de la Vierge est proscrit. Par réaction, le culte marial fera lobjet de toutes les attentions, bien que chez les catholiques, les jansénistes critiquent ce quils appellent les « abus » de la dévotion.
François Decamps est nommé évêque de Pamiers par Louis XIV le 12 novembre 1685 : le pape refuse la bulle. Mais il viendra siéger à Pamiers à partir du 15 septembre 1687 jusquen 1693 .
Le 7 janvier 1686, Louis XIV donne à Versailles une « déclaration du Roy pour défendre les pèlerinages ». Il sagit de privilégier ceux existant en France, dautant plus, dit-il, que beaucoup prennent lexcuse dun pèlerinage à létranger pour laisser femmes et enfants et quitter le pays. Il sagit, aussi, déviter que des groupes de pèlerins allant à létranger se transformant en bandes rebelles : « Nous déclarons, ordonnons et voulons quaucun de nos sujets ne puisse aller en pèlerinage à Saint Jacques en Galice (Compostelle), ND de Lorette (Italie) et autres lieux hors de notre royaume, sans une permission expresse de nous à peine des galères à perpétuité ».
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Un mois après que le curé Paignon de Siguer soit reçu par le pape (4 juin 1686), Dandaure envoie le curé régaliste de Roquefixade, Clarac, et celui de Saint-Paul de Jarrat (Barrière) enquêter sur une apparition qui aurait eu lieu à Celles le 28 mai 1686.
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Cette période de confusion et de troubles prendra fin avec la venue de Jean-Baptiste de Verthamon, docteur en Sorbonne, vicaire général de Rouen, à Pontoise, promoteur de la Sainte Chapelle à Paris. Il est nommé évêque le 8 septembre 1693 et sacré le 3 janvier 1694. Jean Cerle est mort depuis 1689. Quelques jours après la nomination de J.B. de Verthamon, Louis XIV écrit au pape (le 14 septembre 1693) : « quil renonçait à lobservation de son édit touchant la déclaration faite par le clergé de France Je suis heureux de faire savoir à Votre Sainteté que jai donné les ordres nécessaires pour que les choses contenues dans mon édit de 1682 touchant la déclaration faite par le clergé de France ne soient pas observées ». Les relations de la Cour et du Saint-Siège reprirent leur cours normal. Cet épisode durant lequel le diocèse de Pamiers fut au cur du conflit entre Louis XIV et le pape aura marqué le XVII éme siècle. Le diocèse de Pamiers naura pas eu dévêque nommé par le pape et accepté par le roi de France entre 1680 et 1693 et aura connu une période trouble : conflits entre le clergé fidèle au roi ou obéissant au pape ; conflit déguisé entre jansénistes et jésuites ; conflits dintérêts dordre temporel où lusage de la force ne fut pas exempt *
Notons que si Mgr de Caulet nest pas né dans notre département actuel (puisque né à Toulouse en 1610), ses nombreux déplacements dans les paroisses (même les plus reculées) du diocèse de Pamiers ont certainement fait de lui un « ariégeois frondeur » dont notre département affectionne le statut...
(Étude: J.J. Pétris) |
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